PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V
en Afrique et par les G'oths en Italie, les Slatgs purent sans peine envahir tout le Danube. En 558. ils étaient , pour ainsi dire, définitivement vainqueurs et maîtres du pays. Quelques années plus tard , pour si terriblesque fussent les Avares, qui, à leur tour, tentèrent d'occuper ces riches contrées, les Slaves de la Dacie jouissaient de leur pleine et entière indépendance. A la vérité, ils surent la conquérir, cette indépendance. Le Chanàes Avares leur ayant fait dire de se soumettre, ils répondirent fièrement : « Qui de tous les peuples , réchauffés par les rayons du soleil, pourrait s'assujettir notre puissance? Nous sommes habitués à conquérir la puissance sur d'autres, mais en aucune manière à nous soumettre à d'autres. Nous en resterons là aussi longtemps qu'il y aura des armes (1). » Dans une bataille désespérée les Slaves furent en effet vainqueurs.
Vers 575, ils recommencèrent leurs expéditions guerrières et parcoururent la Thrace ; trois ans plus tard, forts de cent mille hommes, ils descendirent jusque dans la Grèce. Un historien contemporain, témoin de cette invasion, nous en a laissé un effrayant tableau : « Dans la troisième année qui suivit la mort de l'empereur Justinien, dit- il, et après que Tibère le Victorieux fut monté
(1) Cité par M. Jirecek.
sur le trône, le terrible peuple des Slaves se leva et inonda tout l'Hellas, les environs de Thessalonique et toute la Thrace ; ils conquirent beaucoup de villes et de forteresses, dévastèrent , incendièrent, pillèrent , établirent leur domination sur le pays, et y vécurent aussi librement que chez eux. Cela dura quatre ans, aussi longtemps que l'empereur guerroya avec les Perses ; ils eurent ainsi libre jeu dans le pays; Dieu enfin les en chassa. Mais le ravage qu'ils avaient exercé s'étendit j usqu'aux confinsles plus reculés ; tous les troupeaux impériaux devinrent leur proie. Aujourd'hui encore ils sont établis et reposent dans les provinces • romaines sans souci ni crainte, pillant, menaçant, incendiant; ils sont devenus riches : ils possèdent de l'or, de l'argent, des troupeaux, des chevaux et des armes. Ils ont appris à conduire la guerre mieux que les Romains (1). »
De 582 à 602, Byzance fut gouverné par l'empereur Maurice, excellent caractère, disent les historiens, mais homme d'état médiocre, auteur d'un ouvrage estimé de stratégie , qui existe encore, mais sans coup d'œil et sans décision sur le champ de bataille. Cependant l'année qui suivit son avènement, lesSlaves furent trois fois vaincus : d'abord près de l'Erginus , ensuite près d'Andri-
(1) Jean d'Éphèse, Hist. eccl.