‹ Les AlbigeoisChapitre 83 sur 313 · PREMIERE PARTIE. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. CHAPITRE VI

vérité est que les Pauliciens , qui n'empruntèrent à Paul de Samosate que leur nom, étaient, comme les Priscillianistes, des fils directs du Manichéisme, mais des fils prudents qui , par ce pseudonyme, semblèrent renoncer à leurs origines. L'empereur ne s'y trompa pas ; aussitôt qu'il entendit parler des Pauliciens , il manda , comme étant manichéen, devant le patriarche de Constantinople, Genésius leur chef (722). Mais à toutes les interrogations qu'on lui posa , celui-ci répondit dans un sens catholique. Il fut donc renvoyé ; il se réfugia en toute hâte à Episparis , en Arménie; là, il réunit tous ses disciples, et avec eux, il s'enfuit bientôt à Mananalis, autrefois métrople des Manichéens, actuellement soumise aux Sarrasins, devenus plus tolérants ou moins soupçonneux (1). Pendant quelques années, ils restèrent à Mananalis dans le plus grand secret : le silence seul pouvait les sauver. Toutefois, le premier danger passé, ils cherchèrent à se répandre, et, en 810, sous l'empereur Nicéphore, hostile à l'Eglise, ils étaient, sous le nom de Pauliciani et iïAtingani, dans la Phrygie et dans la Lycaonie (2), où le pouvoir impérial facilita leur établissement et leur développement (3j.

(1) Petrus Siculus , Histor. Manich.

(2) Theophanius, Chronog. Venise, 1729.

(3) Theodorus Studita , Patrolog. grecq., t. xcix.

Le Manichéisme reprit donc un nouvel accroissement. Au reste, les lois rigoureuses portées par les empereurs contre les sectaires , tout en constituant un obstacle à leur liberté , n'étaient point parvenues à les éloigner à jamais. Ils savaient se faire une vie ignorée; ils savaient de même donner le change par la multiplicité et la différence des noms : ainsi , en Arménie , les disciples du manichéen Sergius s'appelaient Astati (1) ; ils avaient enfin Thabileté hypocrite de présenter leurs doctrines sous les faux dehors de la vérité. C est ce qui explique comment ils devinrent puissants, non-seulement en Arménie et sur les rives du Danube , mais presque sur les terres de l'Empire , jusque dans la ville de Constantinople elle-même. En vain l'empereur Michel (812) ordonna-t-il qu'on les poursuivît. Tantôt soutenus, tantôt condamnés par les empereurs , ils se maintenaient dans les circonstances les plus difficiles. Bien plus , en 870, ils occupaient l'Arménie et une grande partie de l' Asie-Mineure. Les empereurs durent même traiter avec eux : Pierre de Sicile fut chargé auprès d'eux de la délicate mission de délivrer les prisonniers de l'Empire (870).

Aussi se produisit-il dans l'Église un nouvel

(1) Petrus Siculus , Histor. Manich,

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