PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VI
étaient « pires que des faux dieux, sourds et aveugles, pires que les Bési, les Juifs et les mécréants ; ils étaient les ennemis de Dieu. » Il les accusait de prêcher la désobéissance à l'autorité, de damner les riches , de mépriser les anciens, d'empêcher les serviteurs de travailler pour leur maître. Mais Cosmas, malgré ses efforts, n'arrêta point les progrès de la secte.
Les origines du Bogomilisme remontent donc plus haut que le pope qui lui donna son nom. Nous l'avons déjà dit , il ne fut qu'une nouvelle forme du Manichéisme. 11 importe de fixer sur ce point l'attention du lecteur ; car les Bogomiles sont comme le chaînon principal qui relie les Albigeois aux premiers Manichéens. A l'exemple des Manichéens, ils rejetèrent sans distinction l'autorité de l'Église et la tradition des saints Pères. De TEcriture, ils n'admirent qu'une partie du Nouveau Testament; d'après leur expression, le diable aurait régné dans l'Ancien. L'unique évangile bogomile, qui ait été conservé, contient, quoiqu'il ait été écrit en 1404, de très-vieilles formes de langage : c'est là une preuve qu'il existait chez les Slaves des manuscrits très-anciens, introduits chez eux par les Manichéens. 11 paraît qu'ils avaient un tel amour pour cet Évangile, qu'ils se rendaient à eux-mêmes le témoignage de le savoir par cœur. 11 en était ainsi des Taborites Bohémiens.
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« Outre les livres évangéliques , les Bogomiies avaient encore de vieux manuscrits qu'ils répandirent dans toute l'Europe, et dont le contenu plaisait à un peuple avide de rêveries religieuses. Ces écrits remontaient jusqu'aux premiers temps du Christianisme; le Concile tenu à Rome en 494 les avait déjà condamnés » (1).
Une remarque que nous ne devons pas manquer défaire, c'est que parmi les écrits dont se servaient les Bogomiies, peu avaient pour auteur un membre de la secte ; presque tous les apocryphes qu'on a trouvés plus tard et qui étaient écrits en langue slave avaient été traduits du grec. Le pope Bogomil lui-même, au lieu de composer de nouveaux écrits, se contenta de faire, pour ainsi dire, une collection d apocryphes : Du bois de la Croix, Gomment Jésus-Christ labourait avec la charrue, Comment V empereur Probus nommait Jésus-Christ son compagnon, et autres. Ses disciples se servaient beaucoup de La vision d'Isaïe, des Demandes de saint Jean, de Y Emigration de la Mère de Dieu dans la grotte, des Questions sur Adam et Abraham, du Récit de la mort de la Mère de Dieu.
Aussi rien de surprenant que le fondement de la doctrine bogomile soit le même que celui de
(1) M. Jirccek , op. cit.