‹ Les AlbigeoisChapitre 87 sur 313 · PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE VI

stitua pas une philosophie ou une religion nouvelle : elle ne dut pas sa grandeur à cet enthousiasme des foules affolées et avides de nouveautés, qu'excitent parfois, pour l'épreuve des hommes . ces génies qui se séparent violemment de l'Eglise orthodoxe : ses fondements étaient en dehors du Christianisme lui-même. Que fut donc l'œuvre de Bogomil? Pour l'apprécier à sa juste valeur, nous ne devons la considérer que comme une nouvelle phase du développement continu des doctrines dualistes, nées du mélange des doctrines syriennes, persanes, grecques et chrétiennes.

Ce ne fut pas pour Bogomil une tâche bien difficile que de gagner un peuple depuis longtemps converti à une religion qui. semblable au vieux mythe slave du Bozi et du Besi, enseignait qu'il existe deux êtres supérieurs et contraires . l'un bon, l'autre mauvais. D'ailleurs les disciples de Bogomil s'acquirent une estime soutenue. C'est l'honneur de la vertu d'appeler à elle partout où les hommes prennent ses dehors. Les Bogomiles étaient d'un esprit conciliant et pacifique ; ils ne riaient jamais avec éclat : ils se faisaient remarquer parla pâleur extrême de leur visage, qu'avaient amaigri des jeûnes nombreux. Cette vie sévère leur acquit une réputation de grande sainteté. Us se gardèrent, au reste, de se séparer publiquement de la communion de l'Église ; ils se

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contentaient de dire que, de toutes les doctrines, celle qu'ils enseignaient était la plus conforme à l'Évangile. Ils ne se nommaient jamais Bogomiles, mais simplement chrétiens ; là où ils étaient peu nombreux, ils visitaient les églises orthodoxes; et c'est ainsi qu'ils parvinrent à vivre et à s'étendre. Les Grecs les nommèrent Boyop).ot, en se servant d'un mot slave, ou bien Evxcrat, Moujactliavot. Parmi les Slaves , ils se nommaient Babuni , ou bien Manichœi, et dans la Bosnie, Paterini.

Les Bogomiles, cependant, ne tardèrent pas à s'organiser ; bientôt deux Eglises florissantes s'élevèrent dans la Bulgarie, X Eglise Bulgare, et Y Eglise Dragovicienne. Cette dernière, appelée dans les documents latins, Dragavetia, Dugunthia, Dugranica, comprenait, d'après Racki, la Dragovicie macédonienne. Golubinski la place dans la Dragovicie, dont Philippopolis était la capitale (1).

Quoi qu'il en soit de ce point, ces deux Églises furent comme les mères de toutes celles qui se formèrent plus tard, qui acceptèrent leur autorité et leur direction, et qui se développèrent rapidement, malgré les prédications du prêtre Cosmas. Les discours de cet apôtre zélé de la foi orthodoxe sont parvenus jusqu'à nous. D'après lui, les Bogomiles

(1) M. Jireeek , Gesch. der Bulg., passirn.

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