PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VI
corps. Le Sauveur Ta enseigné aux hommes ; sa doctrine a opéré la rédemption ; de même sa doctrine, et non les sacrements qui sont une œuvre de Satan, en applique le fruit.
Les Bogomiles regardaient leur enseignement comme le seul vrai. Ils méprisaient par conséquent les évêques orthodoxes ; ils appelaient les prêtres vipères, et les moines renards; pour eux, ils se regardaient comme étant la vie céleste, le 56?/ de la terre, la lumière du monde, les lis des champs, les saints sans tache ni péché.
L'adulte seul était admis dans leur société ; mais ils n'administraient point de baptême, car d'après eux l'eau provenait de Satan. Après des jeûnes et des prières, ils se contentaient d'imposer l'évangile de saint Jean sur la tête du nouvel adepte. Les Grecs n'en appelaient pas moins cet acte Baîma/jux, un baptême ; il n'avait cependant dautre ressemblance avec le sacrement que de donner à l'élu le nom qu'il devait porter le reste de sa vie.
Les simples Croyants étaient reçus de la sorte ; mais au-dessus du Croyant il y avait les Parfaits, appelés aussi Chrétiens, Bons hommes, Elus. Tout parfait, homme ou femme, avait le droit de prêcher, car ils ne reconnaissaient pas de hiérarchie ecclésiastique. Cependant ils admettaient des supérieurs ; ils les élisaient, de telle sorte que ceux-ci
n'avaient d'autres pouvoirs que ceux que lui conférait la communauté. Ces supérieurs formaient une hiérarchie à trois degrés. A la tête du district était YÊvêque (Djad, vieux père), sous lequel étaient le Diacre et le Fils. Mais, même à l'époque où ils s'étendirent de Constantinople à Bordeaux, ils ne semblent pas avoir placé à la tête de leur société, alors très-développée, un pouvoir supérieur et central semblable à celui des Papes. Quelques auteurs cependant ont pensé le contraire : l'organisation des Albigeois, telle que nous l'étudierons, leurs relations fréquentes avec les Églises dualistes d'Orient , rendent cette dernière opinion plausible et plus que vraisemblable.
Le nombre des supérieurs diocésains était trèslimité. Ainsi, daprès M. Jirecek, il n'y eut jamais qu'un évêque et douze diacres en Bosnie où le Bogomilisme fut pendant longtemps la religion dominante. Les fonctions des diacres consistaient à aller de ville en ville, pour affermir le peuple dans la foi, passer les contrats et conclure la paix, car des querelles éclataient fréquemment.
Les Bogomiles n'avaient point de temple pour le culte. Comme les anciens Slaves et les premiers Manichéens, ils invoquaient Dieu partout, en plein air, dans les montagnes, dans les forêts et dans leurs huttes. Ils considéraient les églises chrétiennes comme le siège de Satan, et les cloches,