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HISTORIQUE

Depuis les travaux de R. Bright, l’albuminurie était considérée comme l'expression d’altérations rénales et il faut venir à la fin du siècle dernier pour voir paraître une série de travaux tendant à isoler du cadre des albuminuries symptomatiques une classe d’albuminuries où les lésions rénales sont minimes ou même échappent à l'examen.

Gull (60) en 1873 avait noté l'apparition d'albuminurie intermittente chez des adolescents débiles et anémiques, surtout au moment de la puberté, et l’attribuait à une atonie cardio-vasculaire.

Leube en 1878 examinant les urines de 119 soldats, trouve l’albuminurie au lever dans la proportion de 4,2 0/ des sujets examinés. Dans le courant de l’aprèsmidi cette proportion monte à 46 %, donc 12 © des sujets présentaient une albuminurie dite de fatigue. L'auteur s’appuyait sur ces recherches pour établir la notion de perméabilité rénale, et classer les individus en individus à rein perméable, semi perméable ou non perméable.

Mais c'est Dukes qui en 1878 (32) signala le premier le rôle de la station debout dans l'apparition de certaines albuminuries. Il publie en effet 10 observations de sujets entre 13 et 17 ans et note à ce propos

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que la station debout n’est pas toujours une cause suffisante d’albuminurie et n'est parfois que la cause révélatrice d’une albuminurie digestive, Ainsi dans ses observations III et IV les sujets levés ne présentent d’albuminurie qué s'ils sont soumis au régime ordinaire, et ne présentent plus d’albuminurie s’ils sont au régime lacté. |

Morley Rookes (110) Moxon, Fergusson publient de nombreuses observations mais le rôle de la station debout n'y est pas spécialement étudié, ces cas se rapportant principalement à l'albuminurie intermittente de l’enfance.

Furbringer (29) publie en 1879 une série de faits d’albuminurie intermittente et on retrouve dans ses observations quelques-uns des symptômes signalés dans l’albuminurie orthostatique : jeunes gens chez lesquels on découvre par hasard l’albuminurie, celle-ci survenant dans la matinée parfois même immédiatement après le lever et manquant dans les urines de l’après-midi et après une marche. Il songe à faire rentrer ces cas dans le cadre des albuminuries physiologiques que décrivaient alors Leube et Senator (153).

Capitan (22) et Chateaubourg (27) publient de nom- “breux cas d’albuminurie intermittente chez des individus ayant toutes les apparences de ia santé, et notent l'influence de la fatigue, des bains froids, de la digestion sur l’apparition ou l’accentuation du symptôme.

Pavy (120) au Congrès de Cardiff de 1885, décrit en même temps que Teissier au Congrès de Grenoble de la même année, l’albuminurie eyclique intermittente des adolescents. Il relate à ce propos 3 cas où le rôle de la station debout et du décubitus sont forts nets.

Maguire en 1886, et Klemperer 1887 (29) publient des observations où l’on voit l'influence très nette de la station debout.

Lécorché et Talamon (87) dans leur traité de 1888 réunissent dans un même groupe à la fois les cas concernant la simple statian debout et ceux qui ont trait à

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l'albuminurie de fatigue. Sans contester l'influence du repos ou de la fatigue sur une albuminurie dejà existante, ils affirment que ces influences spéciales ne peuvent la provoquer sur des reins sains.

Dubreuilh dhns une étude d'ensemble de la question, répartit l'albuminurie sans signes cliniques appréciables de néphrite en trois types : albuminurie transitoire, aiguë, accidentelle. Albuminurie chronique sans ‘périodicité. Enfin albuminurie périodique intermittente, comprenant les albuminuries à cycle diurne, et les albuminuries rythmées par la position debout.

Stirling (29) dégage de ce groupe des albuminuries intermittentes l'albuminurie dite de posture, exelusivement provoquée par la station debout. |

Pierre Merklen en 1888, puis Bertrand (14) dans sa thèse, se séparent de l'opinion de Lécorché et Talamon, pour eux il s’agit d’une congestion rénale à répétition, celle-ci serait régulièrement provoquée par la station debout ou l'exercice musculaire en vertu d'une atonie habituelle du système circulatoire.

Pierre Marie (100) en 1896, à propos d'un malade rapporté dans la thèse de Bertrand, rappelle dans une clinique toutes les théories en cours sur le mécanisme des diverses sortes d'albuminuries, et émet l’hypothèse dans le cas du malade en question que les diverses manifestations morbides sont liées à un trouble du grand sympathique.

J. Teissier en 1900 (163) dégage définitivement parmi les albuminuries intermittentes de l’adolescence,un type clinique particulier dont il précise les caractères : l’albuminurie de la station debout ou albuminurie orthostatique. Il en étudie la pathogénie, et la considère comme une manifestation congestive d'ordre névropathique, une sorte de maladie de Reynaud du rein, cette conception faisant la synthèse des théories de Merklen et de Pierre Marie.

Vire (170) vers la même époque se rallie également à l'hypothèse de troubles fonctionnels sans lésion rénale,

Puis Nivière (413) en 1901 publie une observation d'albuminurie orthostatique avec rein mobile, albuminurie influencée nettement par le port d’une ceinture. Cette notion sera reprise quelques années plus tard par Sutherland (16) qui publie une quinzaine de cas analogues.

Edel en 1903 (36) et 1904 (37) recherche les rapports entre l’albumine de volume et la composition de l’urine d'une part, et les variations de la tension artérielle d'autre part, il note que divers facteurs qui font disparaître l’albuminurie s’accompagnent, de même que le passage de la position debout à la position couchée, d’une élévation de la tension artérielle. Ces recherches sont reprises par Porges, Pribram (130), Stejskal (160), puis la question des albuminuries orthostatiques fait l’objet d’une étude d'ensemble par Courcoux (29), dans sa thèse inaugurale en 1904.

Les rapports entre albuminurie et tension artérielle sont l’année suivante exposés dans un travail d’'Erlanger et Hooker (71) qui insistent tout particulièrement sur les variations de la pression différentielle et retrouvent une chute de cette différentielle dans, tous les cas où les sujets en expérience présentent de l’albuminurie.

Dès 1900, Aubertin (7,8), Achard (2), Lœper (3), Lemierre, Hirtz et Salomon, avaient remis en valeur la notion de lésions rénales minimes dans la pathogénie de l’albuminurie orthostatique et ces idées inspirent en 1904 la thèse de Guiblain (37).

Linossier et Lemoine (91, 92, 93) de 1903 à 1909 étudient le rôle de l'orthostatisme sur le fonctionnement des reins et montrent que l'épreuve de l’orthostatisme peut constituer une méthode d'exploration fonctionnelle du rein.

Teissier de Lyon reprend en 1905 (164) la classification des albuminuries orthostatiques et précise les caractères de l’albuminurie orthostatique vraie. Au Congrès de la tuberculose de la même année, il montre la fréquence de la tuberculose ou du terrain tuberculeux dans

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les albuminuries intermittentes de l'enfance. Cette notion sera par la suite reprise et appliquée à l’albuminurie orthostatique par de nombreux auteurs, notamment Rheyer (138, 139), Challier (24), Hinz et Sorin (68), Holst (69) et Jagié (75), ces deux derniers avec résultats d’autopsies.

Il faut arriver en 1908 pour voir apparaître avec Jehle (77) une notion nouvelle dans la pathogénie et la symptomatologie des albuminuries orthostatiques. Cet auteur trouve sur une série de sujets une lordose de la colonne lombaire et pour lui la position debout détermine l’albuminurie par la lordose qu’elle provoque.

Cette albuminurie lordotique fit l’objet de nombreux travaux et de multiples discussions, les uns soutenant le point de vue de Jehle, tels Bingel (15), Northmann (118), Weiïntraud (176), les autres formulant des réserves ou répétant cette notion, tels Bruck (19) qui ne peut reproduire l’albuminurie par lordose provoquée en position couchée. Fischl (44, 45) qui propose le terme de albuminurie lordotique des prédisposés, enfin Vas (169), Bury et Ward (20), Pinckerle (126), G. Schreiber et Hutinel (152) remarquent à leur tour les résultats contradictoires auxquelles aboutissent leurs recherches sur cette question.

En 1915, Jeanneret (76), à la suite de Weith et Scholder (149) montre que l’orthostatisme peut chez tout sujet sans distinction d'âge, de sexe, ni d’antécédents, produire l’albuminurie à la condition d'être accompagné de lordose et d'immobilité. F

L'époque actuelle est marquée par les travaux de Hempelmann (65), Barker et Smith (9), sur l'élimination de la phénol sulfone phtaléine, de Sonne (155) sur plusieurs cas d’albuminurie orthostatique unilatérale vérifiée par cathétérisme des uretères, de Beckmann-Schlayer (13), Uyeda (167) sur le tonus vago sympathique de tels malades. Les leçons cliniques de Lereboullet (88), du professeur Nobécourt, les recherches de Nassau, Scheel, Lauener, Sylvest, Fladde, Abraham, Zubert, Fox, Moor,

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les observations de Hanns et Cuny, Clarence Quinan, Blanton, W.etS. Rieser, J. W. Russell, Montes Pareja, apportent leur contribution à l'étude d’une question sur laquelle l’accord n’est pas réalisé entre tous les auteurs en ce qui concerne l’étiologie et la pathogénie de l'affection. Sous la même dénomination d’albuminurie orthostatique on englobe d’ailleurs des faits différents.

Aussi est-il nécessaire pour éviter les confusions de bien délimiter le sujet en le définissant de façon rigoureuse : l’albuminurie orthostatique doit s'entendre de toute albuminurie dont la facteur nécessaire et exclusif, selon l'expression de Teissier, est la station verticale. Ainsi se trouvent éliminées les albuminuries influencées par la station debout. Les albuminuries cycliques, digestives, intermittentes, irrégulières, où la station debout ne joue qu'un rôle de second plan. Il faut remarquer d’ailleurs que les diverses formes d’albuminuries peuvent emprunter secondairement des caractères les unes des autres, comme nous le verrons plus loin. Raison de plus pour s’en tenir à une définition précise en présence de faits aussi complexes.

SYMPTOMATOLOGIE ET DIAGNOSTIC

Chez un sujet présentant ou soupçonné de présenter une albuminurie à caractère orthostatique, il conviendra d'étudier d’abord l’albuminurie : on éliminera l’influence de facteurs autres qué la station verticale. L’attention ést ensuite tout naturellement attirée du côté des fonctions rénales, dont on appréciera la valeur par un examen clinique et des épreuves fonctionnelles. Un passera à l'examen général du sujet, enfin une enquête étiologique et pathogénique conduiront à un pronostic justifié et dicteront une thérapeutique appropriée à chaque cas.

C'est dans cet ordre que l’étüde de la question sera entreprise.

L'albuminurie a été reconnue au cours d’un examen comme il doit se pratiquer chez tout malade, où bien certains symptômes subjectifs et objectifs amènent à en effectuer la recherche. Quelquefois encore, le malade déclare spontanément que l’albumine a été plusieurs fois déjà recherchée dans ses urines, et s’y rencontrait de façon irrégulière. Il ne s'agira bien entendu que de l’albuminurie appréciable par les procédés ordinaires : précipité par l'acide nitrique ou Île réactif d'Esbach à froid, précipité par la chaleur en liqueur faiblement acétique.

1° On récherchera les variations posturales de l’albuminurie :

Le malade sera invité à rester debout de 8 heures du matin à midi. Il urine au début de l'expérience, puis toutes les démi-heures ou toutes lès heures. A

midi, il urine une dernière fois, se couche et prend son déjeùner au lit.

À 4 heures de l'après-midi, il se lève de nouveau, urine toutes les heures en position debout jusqu’à 7 heures du soir, il se couche, diîne au lit et les urines de la nuit sont recueillies séparément.

On examine les divers échantillons d'urine ainsi prélevés : les échantillons correspondant aux périodes où le sujet est demeuré couché ne contiennent pas d’albumine.

Les seuls échantillons renfermant de l’albumine sont parmi les échantillons émis en position debout.

On répétera l'expérience un autre jour, en faisant lever de 40 heures du matin à 6 heures du soir, enfin on répétera ces recherches en modifiant le régime. Tou'ours on constate que l’albumine n'existe que dans

‘les urines émises en position debout.

Le diagnostic est posé par là même. En effet, ces diverses épreuves ont en même temps éliminé certaines albuminuries obéissant à d'autres facteurs, telles que :

a) L'albuminurie digestive, décrite par A. Robin et qui apparaît pendant le travail digestif : mais, dans notre cas, le sujet couché ne présente pas d’albumine après les repas.

b) L’albuminurie cyclique, décrite par Pavy (185) et Teissier (de Lyon) qui en a minutieusement précisé le cycle. Elle survient à une certaine période de la journée, présente un maximum vers À à 3 heures de l'après-midi et disparait parfois dans la soirée. Dans notre cas, rien de tel si le malade demeure couché pendant cetle période.

c) Les albuminuries dites de fatigue, car ici le sujet debout reste immobile ou n’accomplit aucun effort.

d) Enfin les albuminuries intermittentes sans caractères précis, survenant irrégulièrement ne sont pas commandées non plus par la position du sujet.

La confusion est facile dans tous ces cas, et bien des

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