Les alchimistes d'autrefois
Tout ce qui so rattache à l’histoire des alchimistes offre, à coup sùr, un bien vif intérêt ; car, si ces adeptes d’autrefois n’eussent jamais existé, nous n’aurions peut-être, à I heure qu’il est, ni chimistes, ni chimie; et , sans chimie, où en se- 1 “t-on pour les choses les plus né cessaircs à la vie? - En effet, considérez au hasard quelques-unes des nombreuses branches d’industrie qui aujourd’hui relèvent la civilisation des peuples. — Dans Tart de la teinture , par exemple ,
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et de 1 impression sur calicot , tous les procédés que l'on emploie ont été enseignés par la chimie. C’est cette science qui nous a présenté les mordants les plus propres à s'emparer des diverses couleurs qu'il s’agit d'appliquer sur les étoffes.
Comment est-on parvenu à fabriquer à Sèvres cette magnifique espèce de porcelaine qui surpasse de beaucoup en beauté celle de la Chine cl du Saxe?— C’est qu'un Wedgwood et d’autres chimistes sont venus nous dire : — « Prenez telle ou telle espèce de sable et de terre : pesez-les dans les propor-
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lions que voici, etc... Pour dorer et. colorier vos vases , renoncez a l’ancienne méthode, et ayez recours à la nôtre. »
Pourquoi confectionne-t-on avec tant de perfection ces glaces merveilleuses, dont les grandes dimensions frappent d’étonnement les étrangers qui visitent la ville de Paris? — C’est parce que la chimie a fait pour nous le choix des matériaux qui entrent dans leur composition , — qu’elle nous a appris .1 distinguer les bonnes espèces d'alcalis des mauvaises , et à ajouter avec justesse une portion d'oxyde de plomb, toutes les fois que nous
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développât, et qu'ensuite il fermentât convenablement avant d'étre mélangé aver le houblon, qui communique à la bière son goût amer.
Il y a trente ans, dans la fabrication dupnpter.ron jetait les chiffons sales, comme n'étant bons à rien , ace que l'on croyait, ou bien ne pouvant servir qu'rt constituer une mauvaise espèce de papier brun ou gris. Depuis lors, la chimie a tracé la recette pour blanchir si complètement ces mêmes chiffons, qu'ils se transforment aujourd'hui en papier a lettre de première qualité.
La manière de raffiner le sucre, a partir de son extraction de la
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canne jusqu'à son terrage et à la cristallisation de son sucre-candi , est chimie tout entière. Personne n’ignore que ce fut un chimiste (I) qui, le premier, a dit que la betterave contenait dans ses tissus cellulaires un sucre parfaitement analogue à celui des lies; et maintenant l’on en relire de cette racine des quantités si notables qu’il n'y a plus dans le commerce qu'une proportion assez petite de véritable sucre des colonies.
Présentement les rues des prin-
i Voyei, dans cet ouvrage, la page 1 7a, chapitra XI.
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cipalo* ville» de l'Europe sont éclairées chaque nuit par la chimie .
c'est-à-dire par le gaz ; et , dan* l'intérieur des maisons , surtout en France, les classes les moins aisées peuvent remplacer lu chandelle par la laïu^ie , dite de Yctoi/e, qui ne renferme pas un atome de cire; elle est composée tout simplement du suif ordinaire, qui a élé purifié préalablement par les chimistes.
Les phénomènes de la panification ne sauraient être compris sans chimie. Les fabricants de vinaigre, de vernis, d'amidon, d'acide sulfurique ( huile de vitriol , n existeraient pour ainsi dire pas s'il n'avait
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pas plu à cette science de leur dire comment s’y prendre pour donner naissance à ces articles.— Si ce n'était par scs conseils, les propriétaires des mines d’or et d’argent n’auraient pas réussi «1 économiser les milliers de livres de mercure, qui auparavant se perdaient tous les ans dans l'exploitation du précieux minerai , si bien qu'il était à craindre que les filonsd'Idria ( 1) et d'AImaden ne s'épuisassent sous peu, et
(l) Itlria , ville cto la Basse-Autriche ; Almnden , bourg d'Espagne; c’est dans ccs deux localités quo se trouvent les mines les plus abondantes en mercure que l'on connaisse.
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n<> cessassent à jamais de fournir du vif-aqjeiit.
Nous avons passe1 sous silence les services signalés qui ont été rendus par la chimie à l'art de fjuérir.
Ouand la mort subite d’un de nos semblables est enveloppée de çlrr constances mystérieuses, n'est-ce l>as un médecin-chimiste que l’on s’empresse d'envoyer quérir, aliu qu’il prononce s'il y n eu , ou non, empoisonnement par l'arsénie, etc.?
— Et , parfois, ne le consulte-t-on pas pour s'assurer que , dans du lutin , du vin , ou d'autres objets d'une consommation habituelle, une matière capable de porter at-
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leintc à la santé n'ait pas été introduite par un marchand dont on soupçonne la probité? — Et quant à vous-méme, si une maladie vient fondre sur vous , lorsque vous êtes loin de lout secours de médecin, quelques légères connaissances chimiques ne mettront-elles pas à votre portée beaucoup plus de ressources et de chances d’échapper au danger, que n'en aura celui qui en est dépourvu ?
Il serait inutile de pousser plus loin cette énumération : pour peu qu'un homme doué d'une intelligence même bornée considère ce qui se passe autour de lui , il ne
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lardera pas a sentir la nécessité où est tout le monde, sans exception, d'acquérir au moins une su|)cr(icie de chimie. Ce que pensait avec raison Fourrroy, il y a cinquante ans, est mille fois plus vrai de nos jours. — » Tout homme , dit-il , qui re- « çoit une éducation libérale
* compte aujourd'hui la chimie « iKiriui les objets les plus indis-
* pensables de ses éludes. «—Et sur ce point le plus illustre astronome de notre époque est d'accord avec lui: — • La chimie, dit sir
* J. Ilerseliel , est sans contredit,
* de toutes les sciences, la plus
* utile et la plus populaire , A
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» cause de l’étendue de ses appli- « cations. Depuis un siècle nous « n’en voyons aucune qui se soit « avancée avec une rapidité si in- « croyable, ou qui ait contribué si 4 puissamment au progrès des au- » très sciences (1) » — El certes » un chimiste voit littéralement à
(i) The mo>l popular, as U is i lie
most cxtcnslvoly useftil of lhe sciences ; and \vo shall , accordingly, flnd none which havesprung forward, during tho lusi cenlury, with such exirnordlnary vlgour, and hâve had such innuencc in promoling corrosponding progrès* in olhcrs. (Herschel , Discourse on lhe S fu<l y of Natural Ptiilosop/iy.)
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travers les murs , ■ pour nous servir de l'expression d'un autre savant. — A l'aide de sa science , vous sillonnez maintenant l'Océan houleux sans voiles; — vous parcourez sur terre des centaines de lieues en un clin d'œil , sans chevaux ; et vous volez au milieu de l'air sans ailes. Ce qui n'est pas moins surprenant, vous arrachez aux nuages leur foudre , au moyen du paratonnerre. — Vous forcez les rayons solaires à orner vos albums de dessins admirables, grâce au daguerréotype,— et vous répandez le soir, sur toute la face du firmament, une lumière qui ne le cède guère en
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splendeur à celle du grand astre lui-même , en faisant éclater ces bombes tricolores et autres brillants? feux d’artifice que la chimie vous a mis entre les mains.
Cette facultédont nous jouissons de manier et de façonner fi notre gré la plupart des corps créés, et de maîtriser en quelque sorte les éléments eux-mêmes, — cette facilité étonnante d'effectuer les choses les plus difficiles, et que nos aïeux envisageaient comme tout à fait impossibles , — ne conslituenl-ellcs pas une pierre pliilosoph<tle pour le moins aussi utile que celle que recherchaient jadis les visionnaires?
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Mais les premières étincelles de ee feu vivifiant , — les premiers jets de rette flamme philosophique qui enveloppe comme dans une atmosphère lumineuse tous les nris et toutes les industries, et au milieu de laquelle plane, en grand principe fécondant, lu chimie moderne , ne sont-ils pas émanés jusqu'il un certain point, de l'Ame des alchimistes (T autrefois 1
Château du Luart.
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