‹ Les alchimistes d'autrefoisChapitre 2 sur 19 · CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1er

Aotions des Anciens touchant le feu.

Peuples qui en Ignoraient l'existence.— Moyens auxquels les Indiens araient recours pour le produire. — Température d’autrefois, et celle d’aujourd'hui.

Philosophes par le feu.

Voilà comment on se plaisait à

désigner les premiers alchimistes. Aussi ne sera-t-il pas ici hors de propos de rappeler sommairement les quelques notions historiques qui se rattachent à l’élément igné lui même, avant de nous occuper individuellement des divers sages qui travaillaient, pour ainsi dire, dans son sein.

Il fut un temps où les Grecs, les Phéniciens, les Perses et les Chinois n’avaient aucune idée du leu; Plutarque et Pomponius Mêla nous l’apprennent ;

DALTREI'OIS.

et ils ajoutent qu’à l’époque où ils écrivaient, plusieurs nations ignoraient encore cet élément. Dans Pline nous lisons que les premiers Égyptiens n’en avaient pas non plus connaissance; et lorsque Eudoxe, célèbre astronome, leur en montra la première étincelle, ils tressaillirent de joie. Les Perses ne se doutaient pareillement pas, pendant un temps, de son existence : de là vient que Zoroastre n’eut pas beaucoup de peine, par la suite, à les en

J LKS ALCHIMISTES

«ager à l’adorer, frappés qu'ils fiaient îles cll'els surnaturels, en apparence , de cette substance : le voyageur peut rencontrer, à l'heure qu'il est, elles ce peuple, des Guèbres, ou sectateurs de cc roi des Bac- I riens (Zoroastre). Le président Goguet nous fait remarquer que les habitants des îles Mariannes, ou des Larrons, découvertes dans la mer du Sud, en 1521, n’avaient jamais vu de feu avant l’arrivée de Magellan chez eux : ils reçu-

d'autrefois. r> lèrent d'effroi lorsque ce grand navigateur en alluma en leur pre'sence pour la première fois, s’imaginant qu’il y avait là un animal terrible, qui se nourrissait du bois , et qui pouvait par conséquent dévorer leurs cabanes, ou wig-wams.

Il en a été de mêmes des îles Philippines et des Canaries : et les observations des Mungo- Park , des Clapperton , et des Lânder, doivent faire présumer , par analogie , que ce même genre d’erreur se pré-

G LES ALCHIMISTES sentfiait maintefois à cehn qui pénétrerait aujourd’hui jusqu’aux régions non explorées, en Afrique, qui bornent a l'ouest les royaumes de Monomotapa. Mozambique, Zanguebar et Ajan, depuis les montagnes de la Lune jusqu’au pays des Hottentots.

Les Juifs faisaient grand cas •lu feu ; dans leur tabernacle une lumière brillait nuit et jour; dans le Lévitiquc, il y a défense formelle de l’éteindre jamais. Il n’est pas besoin de

d’autrefois.

rappeler à quel point eel usage, qui s’associe si bien avec les mystères de la loi nouvelle, a été conservé dans les sanctuaires du catholicisme. La fable de Prométhée, qui déroba au soleil un rayon de flamme pour animer son premier homme, semble avoir été basée sur la croyance qui regardait cette matière comme l’image de la vie, de telle sorte que les nouveaux mariés portaient entre les mains des torches enflammées, lesquelles, à leur n ort.

* LES ALCHIMISTES étaient déposées éteintes sur leur tombeau. N dm a bâtit à V esta, déesse du feu, un temple, qui plus tard a été rééditié avec une rare splendeur; en effet, les Romains avaient pour le feu sacré des vestales une telle vénération, que peu s’en fallut qu’ils ne l’adorassent. Chez cette nation, comme presque, partout ailleurs, c’était au silex-pyromaque, qui constitue nos pierres à fusil, que l’on avait recours afin de produire, par son choc contre

D AUTREFOIS. î)

un morceau de fer, les étincelles nécessaires pour alimenter les foyers : cette méthode fut en vogue, dans les pays les plus civilisés, pendant bien des siècles après la chute de l’empire de Rome ; car il n’y a pas fort longtemps que la chimie a enseigné la manière de créer à volonté cette belle substance explosive, le chlorate de potasse , sans laquelle vous ne sauriez fabriquer un briquet oxygène.

Mais Joseph Scaliger nous

H* LES ALCHIMISTES lait remarquer que le procède qui consistait à obtenir tm dégagement de feu par le frottement de deux bâtons secs est plus ancien que le précédent , et cela se conçoit. Aux époques les plus reculées, de redoutables incendies devaient quel- ' quefois éclater au milieu des forêts, ainsi que cela s’est vu par la suite des temps, et que ce phénomène se manifeste de nos jours, dans les déserts qui longent, en Amérique, les fleuves du Delaware , du Sus-

d’autrefois. lt qnehannah et du Patowmae.

L’humanité, quelque sauvage qu’elle fût, n’a donc pu s’empêcher de s’expliquer ces embrasements spontanés par la violence avec laquelle les branches des arbres se heurtaient les unes contre les autres : elle ne tarda pas à imiter la nature avec un succès parfait. Les natifs de la Nouvelle-Zélande, qui visitèrent Londres en 1830, prenaient plaisir à montrer aux Anglais comment, dans leur patrie de l’Océanie, on se pro-

1 - IES ALCHIMISTES cure du feu. Ces insulaires sillonnaient, avec des efforts inouïs, une planche de bois mou, qu ils touchaient dans le sens du tissu avec une cheville qui était , ou contraire, d’un bois des plus durs.

Les aborigènes du Nouveau- Monde, depuis le Labrador, au nord, jusqu'au cap Horn, au sud, adoptaient généralement ce mode de frottement : l’ingéniosité des Indiens, qui séjournaient au pied des montagnes Rocheuses, ou nord de la

d’autrefois.

Californie, mérite, en particulier, d’être signalée. Figurezvous un morceau de bois, en forme de planche ronde et épaisse, percé à son centre d’un trou, de part en part; une espèce de pivot qu’ils adaptaient à cette ouverture, et que l’on tournait ensuite avec une rapidité extrême, produisait sans retard l’effet désiré. D’autres peuples s’avisaient de rouler des cordes en spirale autour d’un b3ton : puis, en donnant, dans les deux directions, un

I l I.ES ALCHIMISTES

mouvement brusque à ces cordes, la masse s’enflammait.

En terminant cet aperçu historique sur le feu, vous tirerez avec raison la conclusion que la portion de la société qui était anciennement privée de cet élément , ou qui ne se le procurait qu'avec peine, devait sentir d’autant plus vivement son absence, que la température de plusieurs régions du globe était alors beaucoup plus froide qu’elle ne l’est aujourd'hui. Dans Diodore de Sicile,

d’autrefois. 15 dans Jules César, Hérodote, Virgile, etc., on trouve des preuves de cette assertion.

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