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CHAPITRE XVII

Ancienneté des sabots. - Souliers nionstrueui. Nature du cuir. - Témol- ,B"ag® do cllalo«ubriand. Animaux

4 neuI du Thl‘>«‘- - Vêtements des temps à venir.

Bien des personnes ignorent probablement que les sabots

remontent à une époque fort reculée , car les Juifs en portaient longtemps avant le siècle d’Auguste. 11 se peut qu’ils ne fussent pas formés précisément comme le sont les soulier» de bois, si répandus parmi les classes pauvres en France ; mais il n’en est pas moins vrai que cette espèce de chaussure fut généralement adoptée chez presque tous les peuples de la Judée ; quelquefois pourtant on y voyait des souliers de cuir ; et les soldats juifs

d'autrefois. 273 se chaussaient en cuivre ou en fer. Les souliers des Egyptiens étaient en papyrus ; les Chi-nois et les Indiens confectionnaient les leurs en soie , en jonc , en écorce d’arbres , en fer, en cuivre, en or ou en argent, selon que leur posi tion de fortune le leur permettait, ou que telle ou telle fantaisie l’emportait. A Rome, comme en Grèce , le cuir était la matière qui couvrait les pieds de tout le monde. Les femmes romaines portaient des souliers

‘274 LES ALCHIMISTES blancs: les citoyens ordinaires t>n mettaient de noir* , et les magistrats ornaient leurs pieds de souliers rouges , dans les occasions solennelles.

Il y a mille ans, les plus puissants souverains de l’Europe avaient des semelles de bois à leurs souliers. Sous

Guillaume - le- Roux , fils du grand-duc de Normandie, qui vainquit à Hastings en 1066 , une mode s’introduisit en Angleterre de donner aux souliers une longueur démesurée ,

d'autrefois. 275 la pointe qui les terminait se remplissait d'étoupe , et se courbait en haut comme une corne de bélier. Dans le quatorzième siècle, on s'imagina à faire communiquer ces pointes avec le genou , à l’aide d’unechaîne en oï. Grande devait être la surprise des bons Anglo-Saxons, en voyant pousser tout à coup, au milieu d'eux , cette étrange espèce de végétation ! Les uns se ressouvinrent de l’histoire des dents de serpent que sema Cadmus,

270 LES ALCHIMISTES desquelles il sortit une fourmillièrc de soldats ; les autres sc figurèrent que c'était là un costume de magicien ; et les petits enfants demandaient quelquefois en se couchant, à leurs mères, s’il n’y avait pas du danger que leur tète ne se métamorphosât dans la nuit en

celled’une horrible bête fauve!

Avant de quitter ce paragraphe des souliers , nous rappellerons à votre souvenir l’antiquité de l’art du corroyeur.

Ouvrez en effet Y Iliade, cl vous

d’autrefois. 277 trouverez, dans le dix-septième chant, des tanneurs préparant des peaux pour en faire du cuir. — Cette classe de manufacturiers constituait , il y a trois cents ans , un corps trèsimportant, puisque nous possédons le récit d’une féroce que relie qui éclata, sous la reine Elisabeth, entre eux et lescordonniers.Nousaimons àsignaler ici la perfection avec laquelle on fabrique aujourd’hui le cuir au Nouveau-Monde. Dans la Caroline du Sud, ainsi que

dans l’Etat de la Virginie, les femmes indiennes sont tellement adroites dans cette branche. de l’industrie , qu’une seule personne peut apprêter jusqu’à dix peaux de daim dans une journée.

De toutes les transformations qui s’opèrent dans les arts, celle de la substance animale en cuir est , sans contredit, une des plus curieuses. Le procédé au moyen duquel on est parvenu , dans les temps anciens . à s’en fournir, était

l’effet d’un calcul plus ingénieux encore que ne l’était celui de changer deux corps opaques en un corps transparent , pour fabriquer le verre , pai exemple ; ou bien , deux corps transparents en un corps opaque, pour faire le sa- 'on. Du reste, vous savez que la chimie nous apprend actuellement que le cuir est un véritable sel, un lannale de gélatine : cette assertion n’a été émise avec confiance que lorsque M. Pelouze eut extrait

du lai i , dans ces dernières années, l’acide tannique.dans un él it de pureté remarquable.

En outre , vous vous expliquerez maintenant un phénomène qui se reproduit de loin en loin sur l’Océan, lors de quelque naufrage lamentable. Le journal qui vous retrace l’histoire d’un de ces événements lugubres vous dit souvent que, dans la dernière période de la Taim, les survivants se mettent

à manger leurs souliers, et que

la vie est parfois prolongée par

d’autrefois. 281 ce moyen ! Assurément , car la gélatine possède des qualités nutritives, même quand ses caractères sont masqués, et qu’elle est souillée par mille impuretés , comme dans le cuir.

Le sujet sur lequel nous avons essayé, dans les quatre derniers chapitres , de donner quelques aperçus , est tellement susceptible de se ramifier qu’un gros volume in-8<> suffirait à peine pour contenir toutes les notions historiques

qui s’y rattachent. Mais une pareille'dissertalion, prolongée au terme où à la rigueur elle pourrait l'être, ne constituerait au fond qu'une espèce de catalogue ou simple énumération des milliards de modifications, qu’ont subies jusqu’à nos jours les vêtements humains. La mémoire du lecteur serait impuissante à retenir un nombre si prodigieux de minuties, et la curiosité de son esprit , fatiguée par tant de détails inutiles , s’éteindrait

D AUTREFOIS. 283 avant d’en avoir parcouru le tiers. Ces changements n’avaient souvent, il est vrai , pour objet que les parties accessoires et secondaires de l’habillement, ainsi que semble l’indiquer le passage suivant, que nous trouvons dans les Voyages de M. de Chateaubriand :

» Une chose m’a frappé et « charmé à la fois : j’ai re- « trouvé dans l’habit du « paysan auvergnat le vête- * ment du paysan breton.

284 LES ALCHIMISTES « D’où vient cela ? C’est qu’il

• y avait autrefois, pour ce

• royaume et pour l’Europe

• entière, un fond d'habille- « ment commun. • (Tome 11 , p. 290).

Sur un autre point aussi les hommes ont été toujours constants, en ce qu’ils n’ont jamais cessé de s’adresser, pour la matière qui devait composer leurs vêtements, aux animaux que le Créateur a placés dans leurs climats respectifs. 11 en sera probablement de même

d’autrefois.

jusqu’à la fin du monde. C’est ainsi que les nations sous la zone tempérée auront recours pour se couvrir, à de la laine, parce que, conduisant mal le calorique, elle empêchera celui-ci de se dégager du corps.

Dans la zone glaciale , les Russes , les Esquimaux et les Groënlandais , etc. se revêtiront de fourrures, matière qui est encore plus mauvais conducteur du calorique ; tandis que les natifs des pays sous

286 LES ALCHIMISTES l'influence de la zone torride confectionneront leurs habillements en crins ou en poils, dont les propriétés conductrices sont en raison inverse de cellcsdesfourrures. Il estdigne Je remarque que les animaux qui , dans les régions tempérées, sont couverts de laine ou de poil commun , se trouvent pourvus, dès qu’ils habitent les contrées réellement froides , d’une toison de dessous en laine très-fine : c’est le cas

d'autrefois. 287 (les chèvres, des moutons, des chiens, des chevaux et des vaches du Thibet.

Si, par un jeu de la métempsycose , il vous était réservé de revenir à l’existence dans deux cents ans d’ici , que de changements inouïs ne rencontreriez-vous pasdans les vêtements des individus! Transportez d avance votre ombre dans un point qui domine une des promenades publiques de la capitale ; supposez-vous au haut de la colonne Vendôme ,

288 LES ALCHIMISTES par exemple, par une belle soirée d’été; vous apercevrez peut-être les dandies du moment se pavanant dans des fracs , dont les manches à gigot sont aussi volumineuses que celles de nos sylphides d’aujourd’hui. Leurs chapeaux , quoique de castor ou de feutre , ont une forme analogue à ceux qu’adoptent nos dames de 1841. Pour les jeunes gens , un voile de dentelle 'sera de rigueur; les hommes d’un certain âge or-

d’autrefois.

lieront leurs chapeaux d’une superbe plume e'carlate.

Quant aux femmes, qui osera maintenant affirmer qu’elles ne se coifferont pas alors de perruques à la Louis XIV, surmontées de chapeaux à trois cornes; et (pic de leur menton il ne descendra pas un rabat à la procureur du roi ?

Plongez plus en avant dans les siècles votre regard de Pythagoricien, et vous trouverez peut-être une autre portion de l’humanité ajoutant à leur halo

liillcmeiif mie énorme paire d’ailes ! Il est permis de douter que les gnomes des sciences rendent jamais la tentative que l’on fera de s’en servir plus ellicace que celle du (ils de Dédale des temps anciens; mais, en revanche, la postérité pourra voler par un autre procédé , si toutefois les aéronautes parviennent à découvrir le secret de se diriger au milieu de l'air. Celle prédiction une fois réalisée, on pourra alors entendre une de vos ar-

rière - petites -nièces (qui seront les élégantes du noble faubourg), dire à son domestique en se levant du déjeuner : « Ganymède ! mon ballon avec sa nacelle , à une heure un quart; je veux aujourd'hui aller dîner chez ma cousine, à Florence.»

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