CHAPITRE XVI
Amateurs de la suie. - Habillemems de demi. Toge romaine. — Nappes de toblo. — Chapeaux de nos ancêtres. — Bas de Henri II.
La mode de porter de la soie était inconnue à Rome avant
256 LES ALCHIMISTES le commencement de l’empire. La fureur de s’en revêtir était déjà si grande, du temps de Tibère, , que cet empereur en défendit l’usage par une loi formelle. Les Grecs aussi y avaient pris goût ; et le manteau à'Amphion était certainement en soie; car l’historien Philostrate ( Icon ., liv. 1) nous dit que sa couleur changeait suivant les différentes manières dont la lumières s’y réfléchissait.
Pline nous donne à entendre
d’autrefois. 257 que les étoffes d’or des anciens n’étaient pas composées, comme celles de notre temps, d’un fil d’or ou d’argent roulé autour d’une trame de soie, mais qu’elles étaient tissées d’un or dépourvu d’alliage quelconque. Ce savant nous parle de la manière dont l’épouse de Claude se para pour assister à une naumachie ou combat naval, dans les termes suivants : « Nos vidimus Agrip-
pinam indutam paluda-
inento auro textili , sine aliâ
•>58 LES YLCHIMISTBS materiel." Il y a près de 50 ans, on a retiré, par la coupellation , plus de quatre livres pesant d’or pur de quelques vieux habits que les pères du collège Clémentin , à Rome , découvrirent dans une urne en basalte enfouie dans leur vigne. Tarquin-l'Ancicn est , parmi les souverains romains, celui qui portait le plus habituellement des vêtements d’or (t).
(i) Nos aïeux étaient plus de facilité
d’autrefois. 259 Du temps d’Homère , les Grecs mettaient, pour le deuil,
qne nous à (aire entrer de l’or dans la composition de leurs étoiles, les métaux précieux étant bien moins rares autrefois qu’ils ne le ont aujourd’hui. (Voyez Dlodore de Sicile, Pline, le premier livre des Rois , etc.) — Ce que rapporte Washington Irvlng (d’après le chroniqueur Entrando) dans son ouvrage sur la conquête do l’Espagne par les Maures, en 7M. vient confirmer cette assertion. " Le roi don (lodénlck , dlt-ll , so 'prépara à livrer aux Arabes la terrible bataille oùil devait perdre et le trône et la vie, en se revêtant d’une longue robe de brocart d’or. Ses sandales élaient brodées d’or, de perles et de diamants. Il monta ensuite dans un
260 I.ES ALCHIMISTES des habillements noirs. Ce ménestrel nous montre Tliétis prenant , après la mort de F*atrocle , le plus noir de ses vêtements ( Iliade , 24). Pendant de longues années , ce même usage s’observait chez les Ro-
cbtr d’irutre très-elero, dont les essieui euitont en or Kent, et dont les roue, et le timon etelenl consens d’une plaque d'or resplendissant. Au-dessus de la tète du dernier mooerquo des Goths, un dais en drap d’or, arec les armes des rois scandtneres relerées en bosse , formait une ro&te, dont le simple coup d’œil éblouissait la rue. „
mains; mais il se changea en partie sous les empereurs , de telle sorte que, lorsque Plutarque écrivait , les femmes en deuil ne pouvaient porter que le blanc. Aussi en avons-nous une preuve aux funérailles de Septime Sévère. «L’image de cet empereur, nous dit Hérodicn, faite en cire, était entourée , d’un côté , d’une rangée de femmes en blanc , et de l’autre , du corps de tous les sénateurs, vêtus de noir. A la mort de l’impératrice Plotine.
262 LES ALCHIMISTES poursuit l’historien, son époux Trajan se couvrit de force habits noirs , pendant l’espace de neuf jours. •
La loge recevait nécessairement autant de nuances que les autres vêtements ; mais , quant à la forme de cette espèce de robe, il serait impossible de la déterminer. Lorsque Denys d’Halicarnassc avauce que la toge offrait l’apparence d’un demi - cercle (>ï««xvx)iov), il ne veut nullement désigner sa coupe , mais
d’autrefois. 263 uniquement la forme qu’elle prenait, étant misesur le corps.
Strabon prétend que la chlamyde , dont se revêtaient les guerriers, avait une forme ovale, et que, chez les Athéniens, elle était souvent portée par les jeunes gens, même en temps de paix. La tunique, qui était la principale partie de l'habillement de dessous, n’était généralement reçue, parmi les nations de l’antiquité , que chez les Grecs et les Romains :
tous les philosophes cyniques
dédaignaient d’en faire usage.
Nous savons qu’ Auguste mettait jusqu’à quatre tuniques en hiver-
Le nom de ce grand empereur nous rappelle que c’était sous son règne , à peu près , que les Romains commencèrent à se servir de nappes de table. Montfaucon croit que la plnpart eu étaient en toile, rayée d’or et de pourpre.
En France, les anciennes nappes étaient destinées, suivant La Rrocqnière, à recueillir,
D’AUTREFOIS. 265 après le repas, jusqu’aux moindres miettes qui restaient, afin que rien ne se perdît ; et d’ Arcy vous apprend que , chez vos voisins les Anglais , le linge de table était fort rare au treizième et au quatorzième siècle.
De même qu’il existe de nos jours plusieurs peuples, surtout sous la zone torride, qui ne portent pas de chapeaux (mot par lequel il faut entendre toute couverture pour la léte, comme l’indique en par-
lie son étymologie), ainsi arrivait-il jadis que les nations ne songeaient pas toujours à y avoir recours. Aussi, une des plus civilisées, celle des Egyptiens, allait nu-tête, au dire du poète Hésiode. Parmi les Orientaux , et spécialement chez les Perses , le turban était en grande vogue; celui du souverain était formé de tout un ballot de mousseline. Ce fut de ce dernier peuple que les Juifs prirent également le turban. Les chapeaux des
Grecs devaient avoir des bords bien larges , à en juger d’après la racine du mot Tre-riaoi , qui les désignait. Les Romains accordaient à leurs affranchis la faculté de se coiffer d’une espèce de bonnet, ou plutôt de casquette , laquelle a été , en conséquence , adoptée plus tard comme symbole de la liberté. C’est à un Suisse , habitaut Paris, vers le commen- I cernent du quinzième siècle , I que l’on doit la première in- | vention des chapeaux en feu-
tre. Ils étaient généralement connus à la fin du règne de Charles VU :ce monarque luimême en portait lors de son entrée triomphale à Rouen , en 1449. Nous lisons dans Daniel que les bons citoyens de cette antique ville restèrent comme pétrifiés , tant ils s’étonnaient de voir le chapeau de Sa Majesté ; l’historien ajoute que sa doublure était en soie rouge, et qu’il était surmonté d’un superbe panache.
Avant l’époque dont il s’agit ,
D'AUTREFOIS. 269 il est probable que les Français se couvraient la tête d’une manière analogue aux Anglais, savoir, de casquettes tricotées, ou bien de capuchons en drap et en soie.
Les bas des anciens se composaient de quelques petits morceaux d’étoffe ou de drap cousus ensemble. On ne peut pas affirmer avec certitude dans quel pays le métier à bas fut inventé : la France , l’Angleterre et l’Espagne s’attribuent respectivement cette utile dé-
couverte. Peu de temps avant le malheureux tournoi crû le roi Henri II perdit la vie , il avait mis la première paire de bas de soie qui jamais eût été employée. Cinq ans plus tard, nous voyons en Angleterre William Ryder en présenter une paire, comme un article fort précieux , à Guillaume , comte de Pembroke. Ryder avait appris d’un marchand italien la manière de les fabriquer.