‹ Les Aliénations De Terres Et La Colonisation Libre Agricole En Nouvelle-CalédonieChapitre 1 sur 26 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

A toute colonie, il faut des colons, et à ces colons il faut des terres. Et, selon que les terres sont aliénées dans des conditions favorables et pratiques, ou que les règlements sur la matière abondent en formalités taquines et n'offrent que d’insignifiants avantages, un courant d’émigration s'établit vers la colonie ou celle-ci se voit totalement délaissée. Le mode d’aliénation du sol est donc d'une énorme importance pour tout établissement colonial, surtout si cet établissement en est à ses débuts.

Nous nous proposons d'examiner cette question en ce qui concerne une de nos possessions d'outre-mer les plus favorisées quant au climat et aux ressources naturelles, et qui semble posséder toutes les qualités requises pour être une excellente colonie de peuplement : nous voulons parler de la Nouvelle-Calédonie. Et il nous semble que, pour ces raisons, l'étude de l’aliénation des terres y sera particulièrement intéressante.

« La Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Galle du Sud, » dit M. de Beauvoir, « semblent avoir été placées face à face pour faire ressortir davantage, d’une part l’état d’enfance où est la première, d’autre part, le magnifique déve-

loppement qu'a atteint la seconde (1). » Cette appréciation, qui date de la fin du Second Empire, était malheureusement encore, il n’y a pas longtemps, à peu près l’expression de la vérité. Nous aurons à rechercher quelle fut la part de responsabilité du régime des aliénations foncières dans ce fâcheux état de choses.

Voici de quelle manière et suivant quel ordre nous entendons traiter notre sujet.

Avant de dire comment les terres sont aliénées, il est utile de savoir à qui elles appartiennent. Nous exposerons donc, dans ses diverses phases, la question du Domaine, laquelle, on le sait, divisa durant des années l'État et la colonie. Maiscomme cette matièrene fait pas rigoureusement partie de notre sujet, nous nous contenterons de l’indiquer assez brièvement et d'une facon purement historique, sans prendre parti dans les nombreuses controverses qu’elle a suscitées.

Nous étudierons ensuite minutieusement quelles règles ont tour à tour présidé à l’aliénation des terres, et seulement des terres rurales, aux colons libres, depuis la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France, en 1853, jusqu’à nos jours. Nous diviserons ce laps de temps en plusieurs périodes, et, pour chacune de ces périodes nous considérerons : d’abord, les textes, puis, la mise en pratique de ces textes, c’est-à-dire les faits, en notant tout ce qui se rattache à la colonisation agricole; enfin, dans un court résumé, nous décrirons les caractères généraux de la période.

Nous verrons ensuite quelles sommes ont rapportées

(1) Voyage autour du monde, Australie (1868).

ces aliénations, locations ou amodiations du Domaine, et quelle affectation budgétaire leur a été attribuée.

Nous examinerons finalement deux questions qui, chacune dans son genre, se rapportent de très près à notre sujet : d’une part, l'élève du bétail et la question de la clôture des pâturages; d'autre part, les diverses difficultés soulevées par la remise récente à la colonisation libre de certaines terres choisies parmi les réserves indigènes.

Nous aurons ainsi fait un exposé détaillé des divers régimes d’alénation des terrains ruraux qui furent employés dans la colonie, et des résultats qu’ils ont successivement donnés ; ce dernier point constituera, en quelque sorte, un historique, assez rapide il est vrai, de la colonisation libre agricole en Nouvelle- Calédonie.

Il ne nous restera plus alors qu’à définir l’enseignement général qui se sera dégagé de cette longue étude.

Lt + R -

L … < ï . ee e l à 4 è

Page 1