‹ Les aliénés en RussieChapitre 18 sur 68 · HOPITAL DE PSYCHIATRIE DE LA VILLE ET COLONIE DE SEMENOWSKOIÉ · texte numérisé non relu

HOPITAL DE PSYCHIATRIE DE LA VILLE ET COLONIE DE SEMENOWSKOIÉ

La visite de cet établissement faisait partie du programme de la section de psychiatrie du Congrès de médecine. Le 14/26 août, à dix heures du matin, des voitures sont venues au manège (palais d'exercice) et ont conduit à l'asile une cinquantaine de congressistes.

L'hôpital psychiatrique est situé près de la barrière de Serpoukhov, villa Kanatchikov; il a été fondé en 1894 par la municipalité en l'honneur de M. A. Alexiev, ancien maire de Moscou, mort d'une façon tragique. M. Alexiev avait recueilli une grosse somme d'argent, plus d'un million, pour la construction d'un hôpital d'aliénés, quand il fut tué par un fou. Cet aliéné, de la catégorie des persécutés-persécuteurs, pénétrant un jour dans la salle du conseil municipal, en pleine séance, déchargea son revolver sur le maire et le tua.

L'établissement contient 400 lits. Les médecins sont au nombre de huit, soit un pour cinquante malades: médecin-directeur, W.-R. Butzke; médecin principal (aide du directeur), A.-I. Malschine; médecins adjoints : en premier, M. -P. Potowsky ; en second, W.-I. Sémidalov, P. -P. Broukhansky, W.-W. Weidenhammer, P.-B. Nikitine et S. -S. Toupine. Les médecins sont de garde à tour de rôle; ils ont chacun un service dont ils sont le chef responsable; ils changent parfois de service de façon à étudier successivement toutes les variétés d'aliénation mentale.

Deux maisons sont affectées au logement des médecins, une pour le médecin-directeur et le médecin principal, l'autre pour les médecins adjoints.

Le personnel secondaire ne comprend pas moins de cent personnes, soit une pour quatre malades. Les gages varient entre neuf et douze roubles par mois.

Les infirmières ont un costume d'un agréable aspect : robe bleue avec bonnet, pèlerine et tablier blancs.

Le personnel secondaire couche dans des dortoirs. Il ne reçoit pas d'enseignement professionnel.

A chaque section est attaché un surveillant ou une surveillante qui tient un cahier sur lequel sont mentionnés tous les renseignements concernant les malades qui peuvent être utiles au médecin : sommeil, menstruation, agitation, querelles, coups, etc., etc.

La veille est faite à tour de rôle par les infirmiers et partagée en deux parties : la première allant de huit heures du soir à deux heures du matin, la seconde de deux heures à huit heures du matin.

Les infirmiers et infirmières ont une journée entière de congé tous les quinze jours.

L'asile dont nous donnons le plan et des vues (pi. I, II, III, IV et V) est un bel établissement construit entièrement en brique. L'entrée principale donne dans une grande salle de réception. Au premier se trouve la chapelle; en face, la bibliothèque où se réunissent les médecins; entre les deux, une salle carrée ornée de boiseries où se placent les personnes qui veulent suivre les offices. Le pope nous fait les honneurs de la chapelle et nous montre avec une satisfaction non déguisée ses riches costumes sacerdotaux.

•T-û/iicux

It?:.

do

Ce

• io'l II

il

■^ec^.

tc^

A ^^JC'ô.tiiiuin.b adDiioloitaiip»

B-«Jctv"i

ctvic«i

'ff dtaçe. Cr-OTzp'uii&a jzc convcicC:e)ce/2.ui .

PL I. — Plan général de 1

ital de Psychiatrie (Moscou)

L'asile est pour les deux sexes avec un nombre à peu près égal de malades de chaque sexe. Il existe deux services de réception avec chambres isolées où l'on place les entrants, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes.

Il n'y a pas d'épileptiques ou du moins si on en rencontre ce n'est qu'un ou deux par hasard. En 1896, il y a eu six cent six malades et trente-neuf décès.

Dans chaque section il y a un cabinet pour le médecin et une salle de bains en plus du bain général.

La plupart des dortoirs ne contiennent chacun qu'un petit nombre de lits, et sont par conséquent nombreux: ils communiquent par un couloir intérieur présentant ainsi la disposition de certains wagons. Il y a cependant un grand dortoir de vingt-quatre lits. Les lits affectent cette disposition particulière d'être fermés sur les côtés, non par des panneaux pleins, mais par des bandes de toile.

Dans les réfectoires, les tables sont pour huit personnes seulement, séparées les unes des autres et recouvertes de nappes.

Il y a un quartier pour les chroniques avec une salle de réunion.

Les cellules sont bien aménagées, nombreuses : vingt-quatre pour les hommes et autant pour les femmes; elles s'ouvrent sur un large corridor.

Les fenêtres sont garnies de grilles légères. Dans les escaliers, les rampes sont surmontées de grilles analogues.

Le jardin à l'usage des agités est entouré de hautes palissades.

On ne fait pas usage de la camisole de force.

On pratique le tout à l'égout. L'asile est relié à Moscou par le téléphone.

Le régime alimentaire des malades est le suivant : deux cents grammes de viande par jour, des légumes, des pâtes, du pain à discrétion avec du kw^ass pour boisson.

A sept heures du matin, thé.

A midi, dîner : potage, viande rôtie, cacha.

A quatre heures, thé.

A sept heures, souper, potage, cacha.

L'asile est très bien tenu; partout règne la plus grande propreté. A signaler un inconvénient assez sérieux, mais auquel le temps remédiera : les jardins pour les malades manquent d'ombre.

La visite de l'asile terminée, un confortable déjeuner a été servi aux congressistes sous un bouquet de grands arbres situé devant l'asile, puis on est remonté en voiture pour se rendre à la colonie.

Colonie familiale. — A deux kilomètres et demi de l'asile, à Semenowskoïé, se trouve un village où sont placés, dans les familles, de vingt à trente malades.

Cette colonie familiale a été fondée, en 1884, par notre distingué confrère russe, M. le D"" Bagenotî, ancien interne de l'asile Sainte-Anne, à Paris, 11 a fait là une tentative hardie, mais qui, malgré sa réussite, n'a pas été poussée plus loin et n'a trouvé d'imitateurs que dans ces dernières années. Actuellement on se décide enfin à développer l'essai et on projette la création d'une colonie semblable dans un village voisin.

A Semenowskoïé, comme dans tous les villages russes, les maisons sont construites en bois : de gros

madriers, des troncs d'arbres massifs placés les uns sur les autres et s'entre-croisant aux angles.

Chaque maison ou chaumière n'a qu'un rez-dechaussée auquel on accède par un petit escalier de quelques marches. L'espace compris entre le sol et le plancher fait l'office de resserre. La toiture est généralement en chaume; dans quelques maisons plus aisées, elle est en zinc .

Les pièces sont basses de plafond et petites. La plus grande partie de la pièce principale est occupée par un poêle en brique, volumineux, sur lequel est généralement déposé le lit pendant la saison froide.

Quand il y a plusieurs lits dans la même chambre, l'un est sur le poêle, les autres tout à côté.

L'été on couche dans une autre pièce sur des nattes étendues par terre.

Les fenêtres sont petites, simples ou doubles.

Dans chaque chaumière, il y a une glacière.

Chaque nourricier a généralement deux pensionnaires, quelquefois trois.

Les colons sont choisis, à l'exclusion des gâteux, parmi les aliénés chroniques tranquilles des deux sexes; il se trouve quelques imbéciles et même des aliénés à peu près guéris, mais qui sont sans famille ou que les parents ne peuvent reprendre pour une raison ou pour une autre.

On donne au nourricier quatre-vingt-dix roubles par an pour chaque colon; avec les vêtements, le linge, etc., celui-ci revient ainsi à cent vingt roubles, alors qu'à l'asile il coûte de quatre cents à cinq cents roubles.

Ceux des colons qui en sont capables se livrent à divers travaux. Le colon est considéré comme faisant

PI. YI — Plan irùiiéral de l'asile de Pokrovsk

JXMaX\x>vl 'YU' Zo y^-owt ^0 XufAM'vweA (XdiMlA

s if 3 Z 1 <

k S^ 6 yi % ^ lO

i^iVUU^ Y^ia y^ &^^ )

PI. Yir. — Asile de Pokrovs'.v

partie de la famille; sa présence, de l'avis des médecins russes, humanise le pa)^san.

Les malades préfèrent généralement la colonie à l'asile.

Un surveillant habite le village, et, en cas de besoin, va chercher un médecin à l'asile ; celui-ci vient d'ailleurs régulièrement visiter les colons une fois par semaine.

Le costume des paysannes est assez pittoresque et des plus sommaires, au moins en été : une chemise, une jupe retenue par des bretelles, un tablier rouge, grenat ou violet, un lîchu sur la tète ; les pieds sont nus.

Dans chaque chaumière, même la plus misérable, on voit dans un coin de la pièce principale au moins une icône, image sainte devant laquelle brûle une lampe. 11 n'y a pas non plus de chaumière qui ne possède un samovar pour faire le thé. Le nombre et la richesse des icônes d'une part, la grandeur et l'élégance du samovar d'autre part, indiquent la situation de fortune des habitants. Icône et samovar sont certainement les meilleurs signes extérieurs de la situation de fortune des habitants ; ils pourraient constituer une excellente base d'appréciation si un jour on voulait établir en Russie l'impôt sur le revenu.

HOPITAL PSYCHIQUE DE POKROVSK A 3IESCHERSK0É

L'hôpital psychique de Pokrovsk, du Zemstwo gouvernemental de Moscou, se trouve à cinquantecinq verstes de Moscou et à dix de la station Modoly

du chemin de fer de Moscou-Koiirsk. Il faut, pour V parvenir, une heure trois quarts de chemin de fer et trois quarts d'heure de voiture. ;

La visite de cet établissement était au nombre de celles portées sur le programme de la section de psychiatrie du Congrès de médecine. En raison du temps nécessaire pour cette excursion (dix heures environ), la mairie gouvernementale avait fixé la visite de l'asile au 27 août, c'est-à-dire au lendemain de la clôture du Congrès. Un train spécial était à la disposition des congressistes le matin à 8 heures à la gare de Koursk. Au moment du départ, il y a bien une trentaine de médecins russes, mais en fait d'étrangers nous sommes seuls. Les uns ont reculé devant une aussi longue course par une température tropicale ; d'autres ont été retenus par la crainte de ne pas être rentrés assez tôt pour assister au garden party donné par Son Altesse impériale Monseigneur le grand-duc Serge Alexandrovitch.

Les wagons comme de coutume sont des plus confortables ; ils communiquent tous par des couloirs avec un wagon-salon qui se trouve au milieu du train ; aussi le voyage s'exécute-t-il dans les meilleures conditions possibles.

Du paysage, rien à dire : des plaines avec quantité de bestiaux et de chevaux; nous traversons un pays d'élevage.

A la station de Modoly, nous attendent de nombreuses voitures. Mais quelles voitures ! A l'avance, du reste, la mairie « avait demandé l'indulgence, prévenant qu'une partie des voitures, vu l'impossibilité d'en avoir de plus commodes, seraient très simples, sans ressorts, sans le confort désirable »,

La plupart des voitures sont à deux places ; quelquesunes, assez semblables à deux banquettes adossées, peuvent porter de six à huit personnes. Nous nous embarquons gaiement. Quelques rares initiés se sont munis de cache-poussière. Bientôt en effet nous sommes enveloppés d'un véritable nuage de poussière si épais que l'on distingue à peine les voitures qui précèdent ou qui suivent ; il faut fermer les yeux et la bouche. Nous croyons galoper à travers champs ; pas du tout, il paraît que nous sommes sur une route. N'étaient les ornières produites par le passage de chariots, on ne s'en douterait guère. Nous arrivons enfin à l'asile, véritable oasis dans le désert ; des drapeaux partout. Nous sommes reçus par le médecin-directeur, M. le D'" Wladimir Ivanovitch lacovénco, entouré des autres médecins de l'établissement. On nous conduit dans une grande salle où nous pouvons procéder à une toilette indispensable ; nous sommes littéralement couverts de poussière ; nous en avons plein la gorge et les narines. Mais comment se plaindre? Nous avons parmi nous un aimable confrère, M'"" Marcowa, médecin adjoint de l'asile Saint-Nicolas de Pétersbourg, qui a fait le voyage sans sourciller et qui, joignant à la grâce féminine un entrain tout viril, nous donne l'exemple de la belle humeur.

Après le verre de thé obligatoire, la visite de l'établissement.

L'asile est un ancien château autour duquel on a construit et l'on construit encore des pavillons. Il est loin d'être achevé. Les bâtiments se dressent sur une colline peu élevée, au bas de laquelle coule une petite rivière. Un de ces bâtiments (l'ancien château)

— lUG —

est en bois, tous les autres en brique. Ils sont disséminés à une assez grande distance les uns des autres et séparés par des touffes d'arbres. C'est le système des pavillons isolés.

Provisoirement, l'asile possède seulement les divisions suivantes :

1° Hommes : service d'admission (surveillance continue), 30 à 36 places; agités, 36 places; tranquilles et infirmes, 46 places.

2° Femmes : service d'admission (surveillance continue), 26 places ; agitées, 36 places ; tranquilles, 30 places.

L'asile achevé aura les divisions suivantes : admission, agités, agités gâteux, infirmes (^tranquilles gâteux), tranquilles, convalescents, colons (chroniques travailleurs).

Les cellules ne diffèrent en rien des chambres ordinaires et cubent de 40 à 50 mètres ; les fenêtres sont sans grilles; les vitres ont une épaisseur de 20 millimètres. Les portes sont percées d'une grande fenêtre à vitre épaisse et à volet. Les murs jusqu'à une hauteur de deux mètres et demi sont cimentés et peints à l'huile. Toutes les boiseries sont à angles arrondis. L'éclairage se fait au moyen d'une lampe placée dans une niche, au-dessus de la porte. Il n'y a pas de cellules capitonnées.

Les pavillons sont bien distribués. Les salles de réunion sont vastes. Les dortoirs bien aérés et éclairés ne contiennent qu'un petit nombre de lits chacun.

Dans chaque pavillon, il existe une salle de bains, un cabinet pour le médecin et un pour le surveillant ; ce dernier est très ingénieusement placé dans un

Cabiuft du iurreillant

angle à côté de la salle de bains, de telle sorte que, de son intérieur, on peut | voir facilement tout ce qui se passe dans la section et dans la salle de bains.

Les malades n'occupent que le rez-de-chaussée (excepté les convalescents qui sont au premier). Les dortoirs sont au même étage que les réfectoires et les salles de jour.

Partout des doubles fenêtres disposées de telle façon qu'on peut permettre à l'air extérieur d'entrer largement sans que les malades puissent sortir par cette issue ; pour cela on ouvre un côté de la fenêtre extérieure, le droit par exemple, et le côté opposé de la fenêtre intérieure. Aux fenêtres, ni grille ni treillage ; les vitres sont grandes et épaisses là où il y a lieu de craindre qu'elles soient brisées. Beaucoup de lumière partout; nulle part de corridors centraux et de recoins mal éclairés. Le cube d'air pour les salles de jour et de nuit, sans compter les closets, antichambres et cellules, est de 40 à 50 mètres par malade.

Dans chaque dortoir, des lavabos bien installés ; dans chaque salle de réunion, une fontaine dont l'eau ne coule que quand on presse sur le bouton.

Les lits sont en fer (massifs et pesants) ; les matelas sont bourrés de paille ; les coussins, de plume. Les meubles sont très massifs, en sciure de bois agglomérée. Pour sièges, des bancs tenant aux tables.

A côté de chaque pavillon se trouve un jardin; dans la section des agités il y a un grand préau

entouré d'une haute palissade avec saut de lou|;.

Il y a à l'asile une salle de fête, avec scène, pouvant contenir 200 personnes. Tous les dimanches on organise pour les malades de petites soirées (conférences avec lanterne magique, chants, danses, jeux divers, etc.); de temps en temps, des spectacles; à Noël, un arbre de Noël, des promenades en traîneaux, etc.

L'asile possède une bibliothèque médicale et scientifique (on reçoit vingt journaux spéciaux, russes, français, anglais, allemands); une autre bibliothèque ordinaire pour le personnel médical secondaire; enfin une bibliothèque pour les malades, contenant des ouvrages de littérature, d'histoire, etc. Un musée et un laboratoire sont projetés; même on a déjà construit le local spécial et fait l'acquisition d'un bon microscope. Une salle d'autopsie vient d'être construite.

L'asile possède les ateliers suivants : menuiserie, tailleur, lingerie, tapisserie, cordonnerie, serrurerie.

La buanderie fait contraste avec le reste de l'établissement : là, ce n'est pas le progrès comme partout ailleurs, mais le système ancien ; rien ne s'y fait mécaniquement. Contiguës à la buanderie, une salle pour le repassage et une pour le raccommodage.

Il y a une buanderie à part pour le linge provenant de personnes atteintes de maladies contagieuses.

On est en train de construire une étuve à désinfection.

Les water-closets, du système « Unitas », avec siège en bois, sont très propres. Les murs sont peints, un tuyau armé d'une lance permet de les laver facilement.

On pratique le tout à l'égout ; les eaux d'égout sont conduites dans des champs d'irrigation. L'épandage se fait à l'aide de rigoles en bois avec bondes. Pendant l'hiver, les matières sont accumulées dans une grande fosse carrée creusée dans la terre. Sur les terrains qui reçoivent les matières on cultive surtout du chanvre ; ce sont des terrains très sablonneux et par suite très perméables.

L'asile possède 445 dessiatines de terrain (environ 500 hectares) dont 35-40 dessiatines sont occupés par les bâtiments de l'asile et le parc ; 100 dessiatines servent à l'agriculture, 10 dessiatines pour le potager, le reste est occupé par les prés et la forêt. La ferme possède de vingt à trente vaches et de trente à quarante porcs. La ferme sera agrandie au fur et à mesure du développement de l'asile.

L'eau est fournie par deux puits artésiens.

L'eau de la petite rivière, une fois filtrée, peut remplacer celle des puits en cas de réparation de ceux-ci.

Le chauffage se fait à l'aide de calorifères d'un système perfectionné donnant de l'air chaud à la fois purifié et rendu humide. Chaque calorifère est muni d'un auto-régulateur avec sonnerie d'appel.

La ventilation est très bien faite.

Au centre de l'asile se trouve une usine électrique qui fournit la lumière à tout l'établissement.

L'asile est relié à Moscou par le téléphone; les différentes parties de l'asile sont également eu communication les unes avec les autres par le téléphone.

Actuellement, pour deux cents malades, le personnel médical est le suivant : un médecin-directeur,

deux médecins chefs de service, deux médecins assistants, un pharmacien. Quand l'asile sera achevé, sa population sera de six cents malades ; il y aura douze médecins, soit un pour cinquante malades.

Le personnel administratif se compose de : un économe, un mécanicien en chef, un teneur de livres, un commis préposé aux écritures, une surveillante de la cuisine, une surveillante des dépôts de provisions, une lingère en chef, un prêtre.

Le traitement du personnel varie avec l'ancienneté.

Les médecins reçoivent une augmentation de traitement pour la première et la deuxième période triennale de service et touchent ainsi successivement: le médecin-directeur, 3,000, 3,500 et 4,000 roubles ; les médecins chefs de service, 1,500, 1,750 et 2,000 roubles; les médecins assistants, 800, 1,000 et 1,200 roubles (ces derniers sont, en plus, nourris).

Tous les fonctionnaires sont logés, meublés, chauffés et éclairés.

Actuellement, pour deux cents malades, il y a trois surveillants et surveillantes en chef (ayant des connaissances médicales, « feldschers »), dix sous-surveillants et huit sous-surveillantes, vingt-sept infirmiers et vingt-quatre infirmières (dans ce Hombre un baigneur et un buffetier). Quand l'asile sera achevé, ce personnel secondaire sera dans la proportion de un pour six malades.

Provisoirement, l'asile ne reçoit que les malades aigus, les chroniques turbulents et dangereux. Dix idiots sont entretenus aux frais d'une donation spé-. ciale. On va construire incessamment et également à l'aide d'une donation particulière un quartier pour dix épileptiques.

Il y a des cours spéciaux de médecine élémentaire pour les surveillants et surveillantes. Tout ce personnel secondaire en outre du traitement est losré, meublé, chauffé, éclairé, nourri et habillé. Les gardiens font la veille à tour de rôle.

Aucun moyen de contention n'est employé. 11 n'existe pas à l'asile de camisole de force, ni d'autres moyens de contrainte (tels que maillots et bottines avec fermoir). Vu le caractère spécial des malades (pour la plupart des cas aigus), on emploie comme traitement surtout les bains et le séjour au lit. Les hypnotiques sont rarement prescrits. Le travail des malades n'est employé qu'à titre de traitement ; son revenu est à peu près nul : 15 7o à 30 % des malades travaillent.

On calcule que l'asile une fois terminé, le lit reviendra à 1,200 roubles environ.

Le budget général est actuellement, pour deux cents places, de 12,000 roubles ; il sera de 15,000 roubles quand l'asile aura 585 places.

La dépense en 1897, tous frais comptés, était de 375 roubles par malade. Quand l'asile sera achevé, cette dépense ne dépassera pas 250 roubles.

11 existe une consultation externe pour les habitants de la région.

D'une façon générale, quand un asile d'aliénés est placé à la campagne, loin de toute ville, il devient un centre d'assistance médicale, l'aboutissant et le point de départ de routes ; des écoles pour les enfants se construisent dans son voisinag-e.

Les placements se font de la manière suivante. La famille s'adresse au médecin du Zemstwo de sa circonscription. Celui ci remplit une feuille et l'en-

vcle au iiiéciccin-directour de l'asile, qui décide s'il y a lieu d'admettre le malade, et fait connaître sa décision au médecin du Zcmstwo. En ce moment, on n'admet que les aigus et ceux des chroniques qui sont très dangereux. Si le malade admis ne guérit pas, mais devient tranquille, il est renvoyé dans sa famille, laquelle si elle est indigente reçoit une subvention du Zemstwo (jusqu'à cinq roubles par mois) ; c'est le médecin du Zemstwo de la localité qui distribue ces secours et qui contrôle leur emploi en visitant le malade.

On a l'intention de créer un patronage familial, dans le voisinage immédiat de l'asile, destiné aux chroniques qui pour une raison ou une autre ne peuvent être renvoyés dans leur famille.

Tel est l'asile de Pokrowk, c'est-à-dire un établissement en voie de construction et d'organisation. Le très compétent médecin-directeur qui est à sa tête, aidé de ses distingués collaborateurs, préside à son achèvement avec un zèle et un soin admirables. D'ici peu la Russie possédera là un très bel établissement.

La longue visite que nous avons faite à l'asile a été heureusement coupée par un plantureux déjeuner. De nombreux toasts ont été portés à la France et à Russie et une fois de plus nous avons pu constater ramal)ilité de n os confrères russes.

Le retour s'est effectué sans incident. Nous sommes arrivés à Moscou à 7 heures du soir, très fatigués, mais très satisfaits de notre visite. Le garden party offert par le Grand-Duc était terminé. De l'aveu de tous ceux qui y ont assisté, la réception a été superbe.

HOPITAL FONDÉ EN l'hONNEUR J)E S. M. l'empereur ALEXANDRE III.

Fondé en 188i. Nombre de lits : 235.

Destiné au traitement : 1" des personnes des deux sexes atteintes de maladies mentales; 2° des personnes mordues par des animaux enragés; 3** des personnes souffrant de maladies internes chroniques.

Médecin-directeur : M. J.-O. Goldendach.

Médecin principal : M. S.-W. Poutchkov.

Assistants : MM. S.-N. Dmitriev, J.-O. Matsuschewitch,A.-N.Tolokannikov,J.-O.Fomine,T.-W.Sapryguine, K. Bary et J.-B. Gannouschkine.

En 1897, il a été traité dans toutes les sections, y compris les personnes venues pour morsures d'animaux enragés, 2,764 malades. Il y a eu 281 décès.

Les malades sont divisés en trois classes, non pas d'après le prix de la pension, mais d'après leur éducation et le caractère de leur maladie. Les tranquilles forment la 1" et la 2^ classe ; les agités, les furieux et les malpropres, la S"".

Il y a 60 places pour les enfants idiots, 40 pour les garçons et 20 pour les flUes.

Les malades pensionnaires payent de 50 à 60 roubles par mois, quelques-uns davantage ; les enfants, de 20 à 50 roubles. Cent malades sont traités gratuitement ou plus exactement leur pension est payée par l'empereur. C'est le directeur qui décide de l'admission des malades payants ; mais, pour occuper une place gratuite, il est nécessaire d'avoir la permission du curateur. La pension doit être payée dans le délai de sept jours et pour un mois d'avance.

Pour l'admission, on exige en outre dos papiers concernant l'état civil du malade, des renseignements fournis par les personnes de sa connaissance et, s'il a été traité par un médecin, un certificat de celui-ci. Tous les malades admis sont vus par l'inspecteur du Collège de médecine.

L'entretien de l'établissement est assuré par une subvention annuelle de 20,000 roubles fournie par l'empereur, par les fonds versés pour les pensionnaires, par des dons et enfin par les revenus d'un capital formé en partie par des dons et en partie par les économies réalisées par l'administration. L'établissement possède actuellement un capital d'environ 500,000 roubles ; les postulants pour les places de pensionnaires ne manquent jamais.

L'hôpital occupe une superficie de 12 dessiatines. Au centre se trouvent : l'église, les appartements des médecins, les services généraux, cuisine, etc. A droite, la division des hommes et l'école ; à gauche, la division des femmes et le bureau. Chacune de ces divisions se compose de trois rangées de pavillons séparés les uns des autres par des jardins. La première rangée est occupée par les tranquilles ; la seconde par les agités, les malpropres et les furieux ; la troisième encore par des malpropres du côté des hommes, et du côté des femmes par des malades privilégiées.

Tous ces pavillons sont construits à peu près sur le même type : la porte ouvre sur un corridor coupé perpendiculairement par un autre corridor qui s'élargit au centre ou aux extrémités, en salles servant de salles de réunion et de réfectoire. Sur ce corridof s'ouvrent les dortoirs. Chaque pavillon est pourvu

d'un buffet (office), d'une salle de bains, de water-closets avec cabinet de toilette. Les pavillons ont les uns un rez-de-chaussée seulement, les autres un premier étage ; les deux étages sont alors semblables.

Les tranquilles occupent trois pavillons : un est réservé aux pensionnaires, l'autre aux malades de la T classe.

Il n'y a dans l'aménagement de ces différents pavillons que des différences de détail. Le pavillon des pensionnaires est plus confortable que les deux autres: les meubles sont rembourrés ; les fenêtres sont munies de grands rideaux, les murs sont recouverts de papier au lieu d'être peints ; il y a un piano et un billard.

Devant ces bâtiments se trouve un bâtiment pour les enfants idiots.

Les agités et les malpropres sont dans le même bâtiment. Un corridor divise ce bâtiment en deux parties, l'une pour les malpropres, l'autre pour les agités. A côté de ce bâtiment se trouve une petite construction contenant quatre chambres d'isolement pour les furieux. On y accède par une galerie fermée. Le mobilier de ces chambres se compose d'une couchette fixée au sol d'une salle et d'un tabouret également fixé. Les fenêtres sont munies de grilles. Les water-closets sont du système de Djénix ; l'eau s'écoule par la pression des pieds sur une pédale.

Les surveillants et surveillantes ont leur logement à l'extrémité de chaque pavillon de malades ; les domestiques habitent à l'étage supérieur.

L'école que nous avons signalée du côté de la division des hommes sert pour les enfants des employés.

L'ainphitlK'àtre occupe un petit bâtiment isolé ; le garçon d'amphithéâtre y habite.

La pharmacie est très petite ; son budget est minime : 115 .roubles par an. C'est un aide-médecin qui remplit les fonctions do pharmacien.

Il existe une grande glacière comprenant un grand nombre de compartiments, un pour chaque employé ayant un ménage.

11 existe des ateliers de tailleurs et de cordonniers où quelques malades seulement sont occupés.

L'éclairage se fait à l'aide de lampes à pétrole.

L'eau vient du lac de Pargolowo qui se trouve à une verste de l'établissement ; cette eau n'est pas fdtrée et sa qualité laisse beaucoup à désirer, surtout en été. L'eau est puisée par une pompe qui fonctionne toute la journée.

Les lits sont en fer, sauf dans la section des furieux. La literie comprend un matelas en crin végétal qui est en trois parties dans la section des gâteux, des draps, des oreillers et des couvertures.

Les malades faibles sont vêtus de robes de chambre en poil de chameau ; les autres portent : les hommes, des paletots et des pantalons; les femmes, des camisoles et des robes ; ces vêtements sont en toile pour l'été, en drap ouaté pour l'hiver. Chaque malade a trois rechanges de linge ; les malpropres en ont cinq.

Les chaussures consistent en souliers, bottines et sabots.

La haute surveillance de l'établissement appartient à un conseil d'administration présidé par un curateur, mais c'est le médecin-directeur qui est chargé de la direction et de l'administration dans les limites des prévisions budgétaires. Si une dépense non prévue

devient nécessaire sOu s'il y a lieu de changer l'affectation d'une somme inscrite au budget, le directeur ne peut prendre de décision lui-même; il doit demander une autorisation spéciale au conseil d'administration.

Tous les employés sont placés sous l'autorité directe du médecin-directeur ; c'est lui qui lait les propositions pour tous les emplois ; le curateur les confirme simplement. Pour le personnel d'église, il faut en outre une autorisation de l'autorité diocésaine.

La discipline intérieure est très sévère ; les médecins eux-mêmes ne peuvent quitter l'établissement sans l'autorisation du médecin-directeur. Les médecins ordonnateurs dirigent le service médical dans la section qui leur est confiée et y assurent l'ordre. A tour de rôle les médecins ordonnateurs sont de service pour assister à la réception des vivres et vérifier leur qualité et aussi pour surveiller la préparation des aliments.

Les surveillants et surveillantes, chacun dans sa section, veillent à l'ordre et à la propreté. Ils sont libres la nuit ; ils ont en outre un après-midi de congé tous les quatre jours.

Les domestiques sont engagés par le directeur; ils font alternativement le service le jour et la nuit ; ils ont une journée de liberté par semaine. Leur engagement se fait aux conditions suivantes : les hommes reçoivent mensuellement la première année, du mois de mai au mois de septembre, 5 roubles ; à partir du mois de septembre, 8 roubles ; au bout de deux ans de service, 9 roubles ; les femmes touchent de 5 à 6 roubles par mois. Les domestiques qui restent en place pendant dix années consécutives ont

droit jusqu'à la fin de leurs jours à une pension annuelle de 60 roubles ; au bout de 15 ans, la pension est de 120 roubles. Ils sont logés, chaulîés, éclairés, nourris et habillés. Leur situation est, paraît-il, très bonne ; néanmoins, malgré ses quinze années d'existence, l'établissement ne possède j)as un personnel stable ; aucun domestique n'a encore droit à une pension.

Tous les employés et domestiques reçoivent chaque année une gratification en argent déterminée par le directeur et le curateur.

A l'établissement est annexée une ferme où se trouvent 13 bêtes à cornes dont 8 vaches laitières, 3 chevaux, des cochons et des oiseaux de basse-cour. Outre l'enclos de 12 dessiatines occupé par les bâtiments, l'établissement possède 14 dessiatines de terrain dont 3 en potager et le reste en prairies.

Une partie des produits de la ferme est destinée à l'alimentation des malades ; une autre partie est vendue aux malades riches et aux employés.

La ferme et le potager donnent à l'établissement un assez gros revenu

Budget

Page 1