‹ Les aliénés en RussieChapitre 26 sur 68 · H. F. II. F · texte numérisé non relu

H. F. II. F

(1) Ce tableau est emprunté à une lirochure du D"" Smolenski avec prc- *face de M. Tsehij sur Thopital Saiut-Pantélémon (Pétersljourg, 1888).

ASILE DE MALAYA-OKTA

L'asile de Malaya-Okta est situé dans un faubourg très éloigné de Pétersbourg, de l'autre côté de la Neva, sur le bord de la rivière Okervel. C'est une ancienne demeure seigneuriale assez délabrée dont la description n'offre par conséquent aucun intérêt. (pi. X) Il a été ouvert en 1885 et donne abri à 250 malades du sexe féminin (aliénées chroniques faibles et une vingtaine d'épileptiques). C'est un établissement sacrifié, avec des services généraux rudimentaires, mal meublé, encombré, pourvu de crédits tout à fait insuffisants et qui serait par suite dans un fâcheux état, n'était l'activité et le dévouement sans bornes de M™" la D"" Nicolskaya, médecindirecteur. Depuis quatre ans qu'elle est à la tète de cet établissement, M'"'' Nicolskaya seule, sans" le secours d'aucun collaborateur, pourvoit à tout avec un zèle infatigable et fait des prodiges d'habileté pour que ses chères malades ne manquent de rien. Malaya-Okta montre ce qu'un bon ouvrier peut faire avec un mauvais outil.

M'"" la D^'Markowa, de l'asile Saint-Nicolas-le-Miraculeux, avait bien voulu annoncer notre visite et nous présenter à son collègue ; nous n'oublierons jamais notre réception à Malaya-Okta (3 septembre).

A notre arrivée, faute de fanfare, un piano joue successivement la Marseillnise et l'Hymne russe; les malades poussent des hourrahs bien nourris et des cris de : Vive la France ! la plupart dans leur langue; quelques-unes ont appris pour la circonstance ces trois de mots de français. Après la visite de l'éta-

blissement, lunch dans l'ancien salon de la demeure seigneuriale. C'est une pièce circulaire qui a encore bon air avec ses fresques et ses vieilles peintures. En notre honneur, distribution générale de friandises vpAtisseries et melon d'eau). Puis bal : mazurkas; valses, rondes, danses russes. 11 nous faut faire danser successivement la plupart des malades ; toutes veulent danser avec le médecin français. Les danses sont coupées par des intermèdes de chants : chœurs et solos ; les airs de l'opérette de Lecoq, Madame Angot. sont bien connus de beaucoup de pensionnaires. Une romance avec chœur a été apprise et est chantée à notre intention ; c'est une œuvre de Lermontov, poète lyrique : Napoléon /"'■, Je célèbre empereur^ à Sainte- Hélène. « La nuit, sur un navire aérien, sur un vaisseau magique. Napoléon quitte Sainte-Hélène et vient sur la côte de France ; il appelle son fils, il appelle sa vieille garde.» La malade chante avec émotion; on sent quelle y met toute son âme. M^^Nicolskayanous traduit les paroles à mesure, et c'est pour nous une impression étrange, seul au milieu de cette cinquantaine d'aliénées, dans ce faubourg perdu de Pétersbourg, d'entendre célébrer les hauts faits du grand capitaine français.

Mais tout a une lîn ; il est dix heures du soir ; nous sommes à l'asile depuis cinq heures ; il est temps de partir. Pour terminer, un vin d'honneur, puis de nouveaux hourrahs en l'honneur de la France.

Au moment où nous allons sortir, les malades se précipitent vers nous, nous embrassant les mains; il faut nous arracher pour ainsi dire à leurs démonstrations amicales. Nous sommes déjà loin que nous entendons encore les hourrahs.

PI. X.— A-ile <lc .Malava-Oki;

ilu'oniques femmes), ancienne demeure suii,'neuria,lc anlieue de Pélorsbourgl

Page 1