ASILE NOTRE-DAME-DES-AFFLIGÉS
L'asile Notre-Dame-des-Afïïigés ou Notre-Damede-Toutes-les-Douleiirs, on de la Miséricorde, est le plus ancien des asiles de Pétersbourg. 11 a été fondé en 1832 comme nous l'avons indiqué dans l'historique de l'assistance des aliénés à Pétersbourg. Organisé sur le modèle des asiles de l'Angleterre, il comptait à cette époque au nombre des meilleurs établissements de l'Europe. 11 est situé sur la chaussée dePéterhof, comme l'asile Novosnamenski, à onze verstes de Pétersbourg. Il s'étend sur une superficie de 160 dessiatines au nord-ouest du golfe Finski; au nord-est il va jusqu'au fleuve Ligovka; la chaussée de Péterhof passe devant la porte principale; d'un côté est l'asile, de l'autre, des prairies et des jardins qui lui appartiennent. On voit donc que la situation topographique a beaucoup d'analogie avec celle de Novosnamenski.
L'endroit est très mal desservi; le tramway s'arrête à deux kilomètres au moins. L'asile fait partie des œuvres de l'impératrice Marie ; il est entretenu à l'aide des fonds provenant de cette institution auxquels il faut ajouter les intérêts d'un capital de 140,000 roubles qui lui appartient et enfin les sommes versées par les pensionnaires.
Il y a 300 pensionnaires et 100 indigents. Les pensionnaires payent de 30 à 60 roubles par mois; ceux qui payent le plus cher ont une chambre à part. Pour les indigents, la Couronne verse une mensualité de 10 roubles.
L'asile est pour les deux sexes et comprend
toutes les catégories d'aliénés aigus et chroniques. La direction voudrait diminuer le nombre des chroniques pour augmenter le nombre des aigus; des pourparlers sont engagés à ce sujet avec la municipalité de Pétersbourg.
Le bâtiment principal qui donne sur la chaussée de Pétcrhof a un aspect imposant; il est en pierre; la façade ornée de quatre hautes colonnes est peinte en blanc.
Les hommes sont logés dans un bâtiment à trois étages, les femmes dans un bâtiment à deux étages. Ces bâtiments entourent de grandes cours intérieures rectangulaires. La disposition générale est celle-ci: à chaque étage, deux corridors centraux, se rejoignant à angle droit, vont d'un bout à l'autre du bâtiment; sur ces corridors, à droite et à gauche, s'ouvrent toutes les pièces. On accède aux étages par un escalier carré dans la cage duquel de distance en distance est tendu un filet de corde.
Au rez-de-chaussée, une très jolie salle de spectacle avec une scène et un piano à queue. Le parloir est très richement meublé; on y remarque un portrait de l'impératrice Marie, femme de Paul l""", la fondatrice de l'établissement, morte aussitôt après la fondation.
La colonnade de la façade forme une sorte de véranda où les malades viennent s'asseoir. A côté, une salle à manger bien meublée. Aux étages, pas de grands dortoirs ; quatre ne contiennent même que six lits chacun.
Les salles de réunion sont garnies de fleurs et de tableaux. Un grand nombre de chambres d'isolement, vastes, spacieuses, bien aérées et bien éclairées, avec
un judas permettant de voir ce qui se passe dans l'intérieur. Plusieurs malades sont en cellule; on ne fait pas le traitement par le lit.
Chaque section a une salle de bains contenant trois baignoires.
Les lits sont bas et capitonnés dans la section des gâteux. Les couvertures en drap de Sibérie pour les agités sont indéchirables.
Quelques grilles aux fenêtres.
La cuisine est au centre, munie de marmites à la vapeur et de fourneaux se chauffant au bois. A côté, la boulangerie et la pièce où l'on fabrique le kwass. En outre des salles de bains de chaque section, il existe un bain russe général.
L'asile est éclairé à l'aide de lampes à huile, c'està-dire d'une manière insuffisante. 11 est mal approvisionné d'eau; il faut aller chercher celle-ci dans la Neva.
Il y a une ferme où travaillent les malades. Les hommes s'occupent encore de reliure ; les femmes, de couture et de tapisserie. Pas d'autres ateliers.
Au moment de notre visite, on achevait un nouveau pavillon pour les femmes, contenant de quarante à cinquante places. 11 est dû à la libéralité de l'empereur Nicolas P*" ainsi que le rappelle une plaque de marbre apposée sur un des murs. Ce pavillon est des plus confortables. Les chambres sont à un ou deux lits seulement ; la salle à manger est très jolie ; les meubles en bois sont élégants. Il y a une salle de bains bien installée avec une douche en jet. C'est la seule installation hj'drothérapique que nous ayons remarquée dans tout l'établissement. Toutes les pièces sont chauffées par un calorifère. 11 existe une véranda où
il est facile de rouler les malades au lit. Un petit jardin très coquet avec de jolis bancs en l'er est attenant au pavillon. Il est entouré d'une palissade un peu trop haute.
Un pavillon semblable est projeté pour les hommes.
Le médecin-directeur est M. Tcheremchansky ; les autres médecins sont : M™" Rosenstein-Borozdina, MM. Tchevkoff, LubinofT et Dmitrevsky. C'est ce dernier qui a été notre guide obligeant. Son défaut de connaissance de la langue française, notre ignorance complète du russe auraient rendu impossible toute conversation si M'"" Dmitrevsky, qui parle très bien le français, n'avait eu la grande amabilité de nous servir d'interprète.
Le personnel secondaire est très nombreux; il loge dans une grande maison à part. Les infirmiers gagnent par mois de 12 à 13 roubles et les infirmières de 3 à 4 seulement.
A l'asile, nous avons rencontré parmi les malades une Française venue autrefois en Russie en qualité d'institutrice. Quelques jours auparavant, à l'occasion de la visite du Président de la République française à Pétersbourg, on avait donné une fête aux malades, et notre compatriote avait reçu des fleurs et autres cadeaux. Elle nous a dit combien elle avait été touchée de cette attention délicate et nous a exprimé sa satisfaction pour les soins dont elle était entourée. Elle est morte depuis.
Statistique. — De 1886 à 1895, la moyenne des guérisons a été de 28,8 % ; celle de la mortalité, de 10,5 »/o.
Le tableau suivant indique le mouvement des malades de 1886 à 1896 :
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des malades à l'Asile
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