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ASILE ALEXANDRE III

Il est situé à 10 kilomètres de Pétersboiirg, à la station Oudelnaïa, sur le chemin de fer de Finlande. Il faut 25 minutes pour s'y rendre. Il est tout à côté de l'asile Saint-Pantélémon.

Historique. — Alexandre III, lorsqu'il n'était encore qu'héritier du trône, fut atteint d'une longue et douloureuse maladie à laquelle il échappa miraculeusement. Désirant perpétuer le souvenir de sa guérison et attacher son nom à une œuvre de bienfaisance, il demanda au général Trépov de l'informer des besoins les plus pressants de la population. Celui-ci ne pouvait mieux faire que d'intéresser le tsaréwitch à la situation lamentable des aliénés qui, faute de place dans des établissements spéciaux, restaient dans les postes de police. Là, attachés et enchaînés, ces malheureux étaient en butte aux mauvais traitements que leur infligeaient les gens au milieu desquels ils

étaient forcés de vivre et qui constituaient naturellement le rci)iil (le lu société.

Accompagné du «général Trépov , Alexandre Aloxandréwitcli visita les commissariats et fut vivement imprcssiouM*' en face des souffrances des innocentes victimes qu'il y trouva. Il adressa au tsar Alexandre H un rapport circonstancié dans lequel il dépeignait le triste sort des aliénés croupissant dans les prisons, privés de tout traitement médical. Mais il ne se contenta pas de signaler les faits; il versa 70,000 roubles destinés à la construction d'un établissement qui devait contenir de 125 à 150 aliénés et il promit pour son entretien une allocation annuelle de 20,000 roubles pris sur sa cassette particulière.

L'autorisation, on le pense bien, ne se fit pas attendre; elle fut accordée le 26 février 1870. Le lendemain même on se mit à l'œuvre.

L'emplacement choisi non loin de Pétersbourg (9 verstes, environ 10 kilomètres), on décida de faire la construction en bois, sauf les salles de bains, sur des fondations en pierre, et d'établir une ligne de chemin de fer pour faciliter les communications.

L'établissement terminé le 23 octobre 1871 s'étendait sur une surface de 10 dessiatines et était disposé sur trois lignes : au centre, la chapelle et les bâtiments de l'administration; à droite, sur deux rangs, les pavillons pour les hommes et à gauche également sur deux rangs les pavillons destinés aux femmes.

Il abrita d'abord les incurables qui encombraient les hôpitaux où ils étaient hébergés provisoirement aux frais de la Commission sanitaire, ensuite les sujets envoj'és par la police.

Les bâtiments qui venaient d'être bâtis se complé-

tèroiit ultérieurement par d'autres constructions. Ainsi le général Trépov, en sa qualité d'administrateur de l'asile, fît construire de nouveaux pavillons destinés à recevoir des pensionnaires, des malades habitués au confortable et pouvant payer leur entretien. D'autres constructions furent encore édifiées par la suite.

L'établissement, dont les ressources augmentaient de jour en jour grâce à des dons particuliers et aux payements des pensionnaires, érigea également sur l'initiative de Trépov (1883-1885) un bâtiment pouvant contenir 30 lits pour les idiots et épileptiques mineurs de 5 à 18 ans. C'était donc encore un pas de plus fait dans une voie nouvelle, car Pétersbourg ne possédait aucun asile pour ces jeunes déshérités de la fortune.

En quinze ans l'établissement acquit un développement deux fois et demi plus considérable que celui qu'il possédait au début.

Disposition générale de Vasile ; bâtiments. — ■■ L'asile occupe aétuellement une superficie de 25 hectares environ dont une dizaine consacrés â la culture (pâturages, potager, etc.); il n'est pas entouré de murs. Les pavillons en bois, sauf un, en forme de chalets, sont disséminés dans un grand parc et entourés chacun d'un jardin, en sorte qu'on ne dirait pas un établissement hospitalier mais une série de maisons particulières.

En entrant, en face de la porte, se dresse le buste de l'empereur Alexandre, le fondateur de l'établissement; à gauche se trouvent un petit pavillon pour le concierge et les bureaux; plus à gauche, deux maisons : l'une est réservée au médecin-directeur, l'autre est occupée par deux médecins (pi. XI).

Les autres bAtiments sont ainsi disposés: au centre, sur une ligne perpendiculaire : l'église, un pavillon pour quatre médecins; la boulangerie, la boucherie et la cuisine avec au-dessus le logement des cuisiniers; les ateliers; le château d'eau avec la buanderie, le bain russe et la salle des machines pour l'électricité; enfin la salle des morts. A gauche sont les pavillons des femmes, à droite ceux des hommes.

Les pavillons ont de chaque côté les affectations suivantes :

1** Un pavillon pour les tranquilles et principalement les travailleurs;

2° Un pavillon de surveillance par où passent tous les malades entrants et où sont aussi les semi-tranquilles ;

3° Un pavillon pour les tranquilles ;

4" Un pavillon pour les pensionnaires tranquilles ; • 5° Un pavillon pour les agités ;

6° Un pavillon pour les gâteux ;

7" Un pavillon pour les idiots et les épileptiques.

Il n'y a pas de quartier cellulaire spécial ; au quartier des agités il existe seulement quatre cellules et encore restent-elles inoccupées la plupart du temps depuis qu'on emploie le traitement par le lit.

Les pavillons n'ont pour la plupart qu'un seul étage. On y accède par un perron en bois de quelques marches et on arrive sous une véranda; y aboutit un long couloir sur lequel ouvrent toutes les pièces. Celles-ci, salon, salle à manger, chambres à coucher, sont semblables à celles d'une maison particulière. L'aménagement et l'ameublement varient un peu suivant le prix de la pension. Les lits sont en fer avec

PI. XII. — Asile Alexiiiidre 111 iPétersbourg). — Pavillon spécial pour les maladies contagieuses et les alTeclions chirurgicales

fond en réseau métallique; les matelas sont de crin, d'herbes marines et de foin.

Dans chaque pavillon il y a une salle de bains et un cabinet pour le médecin.

Le chauffage se fait à l'aide de poêles russes. On a ouvert il y a trois ans, pour les malades qui payent 100 roubles par mois, un superbe bâtiment à trois étages luxueusement meublé. Les hommes occupent le rez-de-chaussée et les femmes le premier étage ; le second est l'appartement d'un médecin. Ce pavillon a coûté, construction et ameublement, 180,000 roubles; c'est ce que nous avons vu de mieux dans tous les asiles que nous avons visités.

Au premier, une immense salle de spectacle avec des fauteuils et des chaises en bois tourné; on y donne aussi des bals et des concerts; jolie salle à manger; confortables chambres à coucher contenant d'un à quatre lits ; au rez-de-chaussée une belle salle de bains et d'hydrothérapie dont les murs et le sol sont recouverts de carreaux en faïence bleus et blancs. Les water-closets avec lavabos sont bien installés, mais présentent une disposition particulière que l'on observe souvent en Russie ; dans chacun le siège est une sorte de banquette à plusieurs places et entre celles-ci il n'existe aucune espèce de séparation. Dans ce pavillon on remarque cinq cellules ou chambres peintes en rouge, jaune, bleu, violet. vert. On sait qu'on a essayé de la lumière colorée dans le traitement des diverses maladies mentales. Notre confrère M. Tolotschinov, notre aimable et obligeant cicérone, nous a assuré qu'à l'asile Alexandre 111 on n'avait obtenu aucun résultat

appréciable du séjour dans ces cellules.

Tu pf'tit pavillon à cinq chambres est occupé par un malade ([ui paye 3,000 roubles par an; ce pavillon a été construit spécialement pour lui et à ses frais.

Un autre pavillon pour deux malades a été bâti au compte de leur famille.

Près du château d'eau se trouve un pavillon spécial pi. XITi à un seul étage dont voici la distribution. Au centre, pour six gâteux, une chambre munie d'une baignoire. A droite et à gauche, une aile divisée en cinq parties comprenant chacune : un vestibule ouvrant sur un escalier spécial placé extérieurement; une salle de bains avec ^vater-closet, une chambre â coucher recouverte de linoléum. Ces cinq parties communiquent entre elles par une porte à droite et à gauche; ces portes fermées, chacune des cinq parties est complètement isolée. C'est dans ce pavillon que l'on met les malades atteints d'affections chirurgicales, de maladies infectieuses. Ce pavillon est réservé aux hommes; on doit en construire un pour les femmes.

Les services généraux sont pour la plupart de vieux édifices; ils vont être reconstruits.

Les ateliers sont peu importants.

La ferme située en arrière de l'asile a coûté 40,000 roubles ; elle comprend : une vacherie, une écurie pour les chevaux, une porcherie et une bassecour. L'asile tire des revenus considérables de la vente des produits de la ferme.

Près de l'asile existe une école pour les enfants du personnel et aussi pour ceux du voisinage.

A côté, une maison où logent les emplo^'és des bureaux.

L'asile possède une bibliothèque scientifique et une

bibliothèque à l'usage des malades qui contient plus de 3,000 volumes, un laboratoire pour les travaux histologiques et chimiques, une pharmacie.

Un petit chemin de fer Decauville parcourt tout l'asile.

Les divers pavillons sont reliés par le téléphone.

L'asile est éclairé à la lumière électrique.

L'eau est de très bonne qualité ; elle est amenée à l'aide d'une conduite spéciale d'un lac situé à deux kilomètres.

Direction. — L'asile est la propriété particulière de Sa Majesté l'Empereur. Le médecin-directeur actuel est M. le D' TimoféefT. Le médecin-directeur est comme dans tous les asiles de Russie le seul chef responsable de l'établissement ; il a un traitement de 4,500 roubles ; il est placé sous les ordres du curateur Son Altesse le prince Alexandre d'Oldenbourg qui est président du conseil de surveillance ; les membres sont: MM. Ratkoov, Rojnov, Ragozine, comte Nérod, Iliascherwitch, Borissovsky, Polowtzelle, Siemens et les professeurs Mierzejewskv et Bechterev.

Médecins. — Il y a sept médecins à l'asile: MM. Kousnetzov, Pirogowsky, Woskresensky, Tolotchinov, Semex, Pétrov, Stratsky; leurs droits et devoirs sont absolument les mêmes ; ils ont le même grade et ne dépendent que du médecindirecteur. Chaque médecin est à la tête d'une à trois sections comprenant ensemble de 50 à 60 malades, dont il est, sous le contrôle du directeur, le chef responsable. Dans le but d'assurer le bon fonctionnement des services, il y a chaque jour, après la visite du matin, une réunion, sous la présidence du

— IGO —

médecin-directeur, où chaque médecin rend compte de son service. Le traitement de ces médecins est de 1,500 roubles. Ils sont logés, chauffés, éclairés, mais non nourris. Au bout de trois ans, leur traitement est augmenté du vingtième et au bout de six ans du vingtième encore. Le directeur et les médecins sont nommés par le curateur.

Achninistration. — Il y a d'abord un fonctionnaire que l'on appelle surveillant chef et qui reçoit 1,500 roubles d'appointement ; il remplit les fonctions administratives dévolues à nos directeurs et économes. Il y a ensuite un chef des bureaux (fonction analogue à celles de nos secrétaires de direction) au traitement de 600 roubles avec deux employés au traitement de 240 roubles chacun. Tous sont logés, chauffés, éclairés et de plus nourris. Leur traitement est augmenté suivant le même système que celui des médecins.

Personnel secondaire. — Le personnel secondaire comprend : 5 surveillants, un par section ; traitement 360 roubles ; 6 surveillantes, une par section ; traitement 300 roubles ; 10 sœurs de charité remplissant les fonctions de surveillantes et aides-surveillantes dans les quartiers de femmes et dans le quartier des gâteux hommes. L'établissement paye 180 roubles pour chacune d'elles au bureau de leur congrégation.

Les gardiens ne sont employés qu'aux gros ouvrages : nettoyage, chauffage, etc. ; ce sont de véritables domestiques. En principe, ils ne doivent avoir et n'ont en réalité aucun rapport immédiat avec les malades ; ils n'ont le droit ni de les toucher ni même de leur parler sans permission ou ordre du médecin ou surveillant. Tout ce qui a rapport au traitement

des malades dans le sens le plus étendu du mot. (remèdes, bains, nourriture, couchage, habillement) est fait par les surveillants et leurs aides. Ceux-ci sont au nombre de trois ou quatre par section suivant le nombre des malades ; ils sont recrutés dans une classe plus élevée et plus instruite que celle des infirmiers ; la plupart ont reçu une éducation médicale élémentaire. Il y a deux classes d'aides, au point de \ue du traitement : ceux de la première reçoivent 300 roubles par an, ceux de la seconde 180 roubles. Ils sont nourris, etc.

L'institution de ces aides-surveillants ne remonte qu'à quatre mois. Elle a déjà donné les meilleurs résultats. Elle a transformé radicalement la vie des sections, suivant M. TimoféefT.

Les infirmiers reçoivent 84 roubles la première et la seconde année ; 120 à partir de la troisième ; ils sont logés, nourris, chauffés, éclairés et habillés (bottes exceptées) ; après dix ans de service, ils ont droit à une retraite de 60 roubles.

Les infirmières sont un peu moins paj'ées que les infirmiers ; elles leur sont cependant de beaucoup supérieures.

Dans l'asile on ne fait pas d'enseignement aux inlirmiers et infirmières.

Malades. — La population moyenne est de 350 malades ; chacun coûte environ 325 roubles par an. Le budget annuel est de 150,000 roubles. La moitié environ des pensions est payée par l'empereur. Il arrive souvent que les familles payent pendant un certain temps et ne peuvent plus continuer.

Les distractions sont nombreuses : jeux de toutes

sortes, séances musicales et littéraires ; tous les ffuinze jours, grande soirée ; plusieurs fois par an les artistes des théâtres impériaux viennent jouer ou chanter à l'asile.

Une grande partie des malades hommes et femmes se livrent à des travaux divers pour lesquels ils ne reçoivent aucun pécule.

Les parents sont admis à voir les malades tous les jours, de 0 heures du matin à 7 heures du soir, sauf le cas rare où les visites ont une intluence fâcheuse.

Nous remercions M. le D"" Timoféeff d'avoir bien voulu nous adresser le compte rendu (pour 1896) de l'établissement qu'il dirige avec tant de compétence ; nous lui empruntons les intéressantes données statistiques qui suivent :

Au i*"" janvier 1897, il y avait à l'asile 58 idiots, 40 du sexe masculin et 18 du sexe féminin ; depuis cette époque, l'admission de cette catégorie de malades a été supprimée.

Ces idiots se répartissaient ainsi d'après leur rang social :

Hommes Femmes

Nobles 24 5

Bourgeois 9 10

Ecclésiastiques. • 3 —

Commerçant 1 —

Paysans 3 3

Étranger 1 ' —

A noter la très grande proportion des nobles parmi les idiots ; cela n'est du reste pas spécial à la Russie.

Dans les statistiques empruntées à M. Timoféeff, nous laissons maintenant de côté celles qui se rapportent aux idiots comme n'ayant qu'un intérêt secondaire.

Statistique générale des aliénés traités pendant Vannée I89G

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