FEMMES
TOTAL
Les qiiulie guérisons se rapportent à des malades convalescents, auxquels le patronage servit de sortie à titre d'essai. L'aggravation de l'état mental des malades amène naturellement une réintégration à l'hôpital, les maladies physiques aussi. Quelquefois on procède à la réintégration par suite des réclamations des malades : dans ce cas, les nourriciers y sont pour quehjue chose: c'est que, ordinairement, ils ne savent pas intéresser les malades au travail, mais c'est surtout dans le caractère instable des malades qu'on doit chercher les vrais motifs de leurs réclamations. Les tendances aux évasions en raison de l'insufTisance de la surveillance des nourriciers obligent à réintégrer les malades. Parfois cette tendance sassocie à des tendances erotiques, tel un malade, excellent travailleur, mais qui cherchait à s'échapper à chaque moment pour faire des propositions aux
Accidents :
a) Brutalité des nourriciers envers les malades.
(1) Un nourricier revenu ivre à la maison et ayant appris que le malade K... n'avait pas donné de nourriture à un cheval le renversa à terre et lui porta des coups de pied.
(2) Une malade, M..., qui se plaignait continuellement à un nourricier de sa femme, fut battue par lui.
Dans les deux cas les coups portés n'étaient pas graves. Les malades furent immédiatement retirés de chez ces nourriciers et des poursuites judiciaires furent exercées contre ces derniers.
(5) Brutalité des malades.
1) L'idiot K.... interpellé par sa nourricière au
sujet d'un carreau cassé, lui porta, ainsi qu'à sa fille, des coups, à l'aide d'une botte.
(2) L'idiot B... porta des coups à sa nourricière parce qu'elle l'envoyait à la maison.
(c) Évasions :
Pendant l'année 1891, 8 malades se sont évadés ; 5 sont revenus dans leur village natal et y vivent encore ; le sort des 3 autres est resté inconnu. Le chiffre des évasions est beaucoup moindre que dans les premiers mois du patronage, époque où les nourriciers n'avaient pas l'habitude de la surveillance.
A proprement parler, ce n'étaient pas des évasions, vu que les malades revenaient le plus souvent à l'hôpital ; l'un revint à Ékatérinoslav et sut se procurer une place de portier ; un autre passa neuf jours à mendier.
Voilà la liste des accidents, et certes elle n'est pas faite pour décourager (1).
L'expérience du gouvernement d'Ékatérinoslav démontre la possibilité du patronage familial, malgré toutes les objections qu'on lui a adressés, notamment le peu de culture des paysans russes.
Les malades ont au patronage une situation satisfaisante ; ils ont un aspect bien portant et expriment leur contentement d'un pareil régime.
Exemples :
Un vieux dément est -assis sur un banc, le regard
(1) Voyez le rapport de Dalldorf, par A. Bothe (Zeitschrift 8, Pychiatrie, 1893, Band 49, Heft 5) : Exercice de deux ans, deux suicides (424 malades), un cas de traumatisme grave à un nourricier par un malade, quatre cas de grossesse (214 femmes), ce qui ne détourne nullement l'administration de préconiser le patronage.
fixe: des enfants jouent auprès de lui; nous lui demandons à plusieurs reprises s'il est content de sa nouvelle famille. Il nous répond en désignant la nourricière . « Elle est pour moi une mère.» Le vieux n'est pas bien propre, mais il est tranquille, la pension est sûre et c'est le profit personnel de la femme. On s'est facilement habitué au vieux. « Pourquoi lui faire de la peine ? Que le bon Dieu lui donne la santé ! Puisse-t-il vivre ! »
Un autre dément est propre et tranquille, mais il déchire ses habits ; on propose à la nourricière de le reprendre ; elle s'y refuse en disant qu'elle s'est habituée à lui.
En somme, les nourriciers prennent vite l'habitude de leurs malades ; ils préfèrent les travailleurs ; aussi ces derniers sont-ils en majorité. Les nourriciers s'efforcent de faire travailler les malades. Ainsi un idiot fut chargé d'apporter de l'eau, mais il cassait les seaux; on lui confia le soin de tenir un enfant, mais, pris d'un besoin subit, il le jeta à terre ; enfin on le fit bercer l'enfant, ce qui lui plut infiniment et il remue le berceau sans s'occuper si l'enfant y est ou n'y est pas.
C'est surtout le bon exemple des nourriciers qui fait travailler les malades. Parfois ce sont les enfants, toujours amis des malades, qui les poussent au travail.
Un dément, 0..., ne faisait rien; il finit par se laisser entraîner par un bambin de 10 ans. L'enfant lui disait au début : « Allons, oncle, viens chercher de l'eau », et le malade le suivait : peu à peu il reprit son métier de charpentier.
Lors de notre visite nous assistâmes à une scène touchante. La vache d'un nourricier s'était tuée en
glissant dans un ravin; toute la famille désolée la pleurait en compagnie de la malade qui versait de véritables larmes. Nous lui donnâmes quelque menue monnaie pour la consoler; elle voulait nous la rendre nous demandant d'acheter, avec cet argent, une autre vache pour la maison qu'elle considérait comme la sienne.
Ayant demandé à plusieurs malades s'ils regrettaient l'asile, nous n'avons recueilli pour réponse que les rires moqueurs des uns ou l'indifTérence des autres.
L'intérieur des nourriciers diffère assez de celui des nourriciers des environs de Moscou (asile Alexéiev). Les chambres sont spacieuses, bien éclairées ; le sol est recouvert d'un plancher ou simplement battu ; les murs sont faits de baguettes entrecroisées remplies de torchis. Les malades ont une chambre distincte où le poêle de brique est encore le meuble principal, mais leur lit est placé à côté du poêle au lieu d'être dessus comme en Grande-Russie. Le costume est également celui de la Petite-Russie, à savoir: pour l'homme, outre la chemise et le caleçon, une longue blouse de toile, sorte de chemise non rentrée dans le pantalon avec un gilet sans manches par-dessus, pantalon et bottes; pour coiffure la casquette ronde à visière.
Les femmes ont jupons et chemisette, blouse et gilet avec jupe de couleur (le plus souvent rouge) ; sur la tête une sorte de turban. Les malades ne sont pas faciles à distinguer des nourriciers.
La maison contient toujours une pièce particulièrement soignée avec la série des icônes dorées dans l'angle, face à l'entrée, avec une petite lampe toujours allumée.
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Il y a, parmi les icônes des nourriciers, des panneaux de bois peints d'une très grande ancienneté, car on ne se défait pas de ces images saintes qui se transmettent de père en fils. Nous avons vainement cherché à en acheter une qui rappelait par sa facture certains panneaux de l'école grecque d'Alexandrie.
Dans cette pièce se trouve un coffre sur roulettes de bois peint de vert et de rouge orné de fleurs et fermé au cadenas. Les vêtements et le linge propre y sont rangés. C'est le coffre qui plus ou moins rempli fait partie de la dot de toute paysanne qui se marie. Il constitue le meuble principal, et selon sa richesse et ses dimensions indique la fortune du ménage.
Les murs sont aussi ornés de plats disposés derrière des baguettes en forme de dressoir.
Ces plats sont en grès peint de dessins de couleurs assez semblables à ceux que nos anciens relieurs mettaient dans l'entre-page des livres et dont un instant on collectionnait les motifs décoratifs chez nous à l'instigation des Concourt.
Les aides-médecins habitant les deux villages où sont placés les malades soignent les nourriciers qui les rétribuent suivant un tarif de visite fort minime. L'agglomération formée parles villages où sontles aliénés comprend 612 feux habités par 1,700 personnes du sexe masculin (hommes et enfants) et 1,794 femmes ou fillettes.
Il serait donc facile de développer encore plus cette colonisation, mais pour cela il faudrait une infirmerie sur place ou un service de transport convenable ; ce dernier à notre avis ne serait possible que
]jar voie d'eau. Le Dniepr est navigable jusqu'à ces villages situés sur ses bords (après il y a des rochers dangereux), et les bateaux à vapeur qui le sillonnent au-dessus de la ville, avec une faible subvention, desserviraient les villages. Quant aux routes, elles sont très mauvaises l'été, abominables l'hiver, et avec les voitures du pays on se croirait sur un caisson d'artillerie lancé à travers champs, ainsi que nous en avons fait l'expérience. On conçoit qu'une pneumonie ou une fracture du col du fémur s'accommoderaient mal de pareilles conditions de transport.
Le nouveau médecin par lequel on a cru devoir remplacer le distingué et courageux fondateur de la colonie familiale est d'une santé délicate, rhumatisant; il supporte diiïicilement qu'on lui fasse ainsi faire des voyages pénibles alors qu'il serait suivant lui plus simple d'enfermer tous les malades dans une grande caserne où il lui serait très facile de les visiter.
Il est regrettable, cela est certain, qu'on ait cru devoir confier ce service à un homme qui en raison de son âge et du mauvais état de sa santé ne peut qu'en souffrir ; aussi est-il permis d'espérer qu'on lui confiera bientôt un service à la ferme-asile modèle qu'on est en train d'édifier à Odinkowka sur l'autre rive du fieuve et à quelques mètres de la station du chemin de fer de ce nom. Puisse cette satisfaction faire qu'il pardonne au régime familial les ennuis qu'il lui cause et permettre qu'un homme plus jeune et plus énergique continue la tentative si intéressante du D' Govseev.
Les médecins russes qui n'ont pas les mêmes motifs de rancune pour ce système nous ont affirmé
que le placement familial est excellent, que les malades renaissent au patronage ; bien mieux, le patronage est moralisateur pour les paysans : il éveille dans leurs cœurs de bons sentiments envers les malheureux malades qui leur sont confiés.
Côté économique :
La pension varie de trois à six roubles par mois.
En 1896, la somme payée aux nourriciers a atteint 4,573 roubles 49 kopecks.
Linge, vêtements, chaussures, près de 1,989 roubles (22 roubles 9 kopecks par homme, 21 roubles 32 kopecks par femme).
Le total du budget fut de 7,222 roubles, ce qui correspond à 22 kopecks 1/2 par journée ou 82 roubles 42 kopecks par an.
Appointements des deux aides-médecins par an, 660 roubles.
Comparaison avec les divers asiles et coloniesfermes.
Année 1801. . . Bourachev (colonie de Tver), la journée
— 60 kopecks (219 roubles par an).
Kherson (Sud), la journée 71 kopeeks
(260 roubles 85 kopecks par an).
— TamboY, la journée 48 kopecks
(173 roubles 88 kopecks par an).
— KolmoYO (colonie de Novgorod), la
journée 54 kopecks (196 roubles 34 kopecks par an).
— Pokrow'skoié Mestscherskoié (colo-
nie près de Moscou), la journée 36 kopeks (496 roubles 20 kopecks par an).
— Ékatérinoslav (hôpital mixte), la
journée 60 kopecks.
La moyenne du prix de journée est, comme on
le voit, de soixante kopecks dans les colonies ; au patronage, elle est trois fois moindre. Lors de notre visite, le patronage comptait 135 malades ; mais c'est là un chiffre qui peut être très augmenté.
Une partie du rapport officiel du D"" Govseev est consacrée à la critique des colonies agricoles. L'auteur ne voit pas la nécessité des colonies vastes et coûteuses ; selon lui, les malades chroniques travailleurs doivent appartenir au patronage. Quant au travail, envisagé comme moyen thérapeutique, son efficacité, chez les malades aigus, lui paraît discutable, surtout en présence des bons résultats du « bettbehandlung », dont il est grand partisan. La colonie, où les travaux sont toujours réglementés par l'administration, ne peut être préférable au patronage où les occupations sont dictées par les besoins de la vie et par suite plus variées.
A l'appui de sa manière de voir, M. Govseev passe en revue les malades du gouvernement d'Ekatérinoslav, assistés comme aliénés à l'hôpital, et qui était. pour le 16 mai 1895, de 450, à savoir:
Hommes Femmes Total
I. Malades aigus, agités, faibles, demandant des soins particuliers et spéciaux 61 58 119