‹ Les aliénés en RussieChapitre 36 sur 68 · SARATOV · texte numérisé non relu

SARATOV

L'hôpital psychiatrique de Saratov est situé au sud-ouest de la ville, à une demi-verste de la Volga, à égrale distance de la station des bateaux et de celle du chemin de fer, au sud de l'hospice général avec lequel il a beaucoup de services communs.

La façade donne sur la Volga, et les rues de la ville entourent presque de tous côtés l'établissement, d'où la difficulté de le mettre à l'abri des regards curieux des passants et de l'introduction d'objets en cachette.

Le bruit des sifïïets des bateaux et des locomotives ainsi que d'un moulin voisin n'est pas sans inconvénients.

Jusqu'en 1884 l'établissement d'aliénés de Saratov était une simple annexe de l'hôpital général de cette ville. Ne jouissant à cette époque d'aucune indépendance, aussi bien au point de vue administratif qu'au point de vue médical, il ne remplissait aucune des conditions nécessaires pour le traitement des aliénés ; partout régnait le plus profond mépris des règles de l'hygiène.

Maintenant que l'établissement psychiatrique est distinct de l'hôpital, il a son directeur, son administration et son fonctionnement à part ; mais, comme il reste des édifices communs aux deux établissements, il se produit souvent des difTicultés de toutes sortes, au grand mécontentement des deux parties.

Le bâtiment principal est en maçonnerie et à deux étages, avec toit en fer.

Les chambres de réception divisent tout l'édifice en deux parties : la droite est pour les femmes et la gauche pour les hommes. Ces deux parties sont exactement pareilles ; elles offrent, à chaque étage, deux rangées de chambres donnant dans un corridor central; aux deux extrémités de l'édifice se trouvent une aile qui contient les bains, les w^ater-closets, les offices et l'appartement des 'domestiques. Le rez-dechaussée est occupé par les agités, les gâteux et les furieux. L'étage supérieur est réservé aux tranquilles. Les chambres sont de deux sortes : chambres communes et chambres d'isolement. Du reste, à l'hôpital de Saratov, il n'y a pas de subdivision réelle des malades en catégories. Les portes des deux sections

sont la plupart à un battant et se ferment par des serrures spéciales avec roue dentée ; la clef ressemble à une clef de pendule ; d'autres portes sont en outre fermées par une clef qui se trouve seulement chez le médecin assistant. Le sol dans les corridors et dans les appartements des malades est recouvert d'asphalte ; les murs et les plafonds sont blanchis à la chaux.

Les fenêtres ne sont pas grillées, mais sont munies de nombreuses traverses. Les châssis d'hiver ne s'enlèvent pas et chaque fenêtre a trois vasistas qui peuvent s'ouvrir à volonté. La hauteur de la fenêtre est de deux archines, la largeur d'une archine et demie. Les cadres des fenêtres sont en bois solide ; les diverses parties de ces cadres sont unies par des ferrures et peuvent ainsi résister aux chocs d'un homme même robuste. Les vasistas s'ouvrent intérieurement et se ferment avec une clef spéciale.

Le chauffage se fait au moyen des poêles hollandais qui se ferment, une fois allumés, à l'aide d'une clef spéciale.

L'éclairage se fait par des lampes à pétrole suspendues.

Les cellules sont ainsi installées : la fenêtre a une grille scellée intérieurement et fixée en haut par des crochets; pas de meubles ; une couchette très basse, un peu relevée au chevet, remplace le lit; elle est en cuivre et contient du crin végétal ; en cas de nécessité elle peut être vissée au plancher.

Quelques cellules ont des doubles portes entre lesquelles on peut mettre un matelas de façon à amortir le bruit ; les portes contiennent des ouvertures permettant de surveiller les malades.

Les baignoires sont en fer avec fond en cuivre ; l'eau froide et l'eau chaude passent en bas par la même ouverture ; on peut mélanger à volonté l'eau chaude et l'eau froide ; il en est de même pour les douches. Les robinets s'ouvrent à l'aide d'une clef.

Les water-closets sont installés d'après le système de Djeunixe, où le bassin est toujours rempli d'eau à moitié, et c'est cette eau qui fait fermer automatiquement le robinet.

Si le robinet, pour une raison quelconque, ne se ferme pas hermétiquement et si l'eau remplit le bassin, elle ne peut en sortir, mais se rend dans le tuyau où vont les matières fécales.

La cour et les jardins de L'hôpital sont très petits. Non seulement ils servent de lieu de promenade dans le jour, mais encore un grand nombre de malades ont la permission d'y dormir en été sous des tentes.

Le cabinet des médecins se trouve pour le moment dans une salle des bureaux. Les médicaments sont préparés par un infirmier et une infirmière, sous la surveillance des médecins. La cuisine beaucoup trop petite est commune à l'hôpital du Zemstwo et à l'hospice, de sorte que le même fourneau sert aux cuisiniers de trois maîtres différents. La nourriture se prépare dans des chaudières en cuivre. La boulangerie et la chambre où l'on fait le kwass se trouvent à côté ; elles appartiennent à l'hôpital du Zemstwo, auquel l'hôpital psychiatrique achète le pain et le kwass qui lui sont nécessaires.

La buanderie, les bains et le séchoir sont communs avec l'hôpital.

A côté de la buanderie se trouve une chambre où

les malades examinent et raccommodent le linge sous la surveillance de l'inspectrice. Il existe un poêle en fej- pour la ventilation de la buanderie ; le tuyau à fumée pour aller au toit j)asse dans un autre tuyau en fer ; l'espace compris entre les deux tuyaux forme un canal de ventilation.

Au-dessus de la buanderie se trouve le séchoir; on a essayé de profiter de la vapeur pour sécher le liuge, mais la ventilation n'est pas suffisante ; aussi est-on obligé de sécher le linge au moj'en de poêles en fer avec tuyau de même métal : on le suspend dans la chambre sur de grandes perches.

Dans la buanderie travaillent : la lingère, cin([ blanchisseuses et un surveillant; en outre, les infirmières aident à laver le linge de l'établissement et le linge qu'elles portent elles-mêmes. Le linge sale est donné à la lingère par l'inspecteur ou par l'inspectrice ; celle-ci l'inscrit et remet en échange le linge propre.

Il n'existe pas d'ateliers spéciaux; les malades travaillent où l'on trouve de la place : l'atelier de couture se trouve, par exemple, dans la salle à manger des femmes ; la machine à coudre se trouve sur un palier, sous l'escalier du deuxième étage ; les cordonniers sont installés dans les cours, dans un chalet de bois qu'ils ont construit eux-mêmes.

Les médecins n'habitent pas l'établissement, mais ils y font des visites obligatoires le jour et quelquefois la nuit ; le reste du temps les malades sont confiés aux surveillants, aux infirmiers et infirmières et aux domestiques.

L'amphithéâtre est commun avec l'hôpital ; c'est un bâtiment à part, divisé en quatre parties : appar-

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temeut du surveillant, chapelle, cave pour les cadavres et salle de dissection.

L'eau de l'établissement est fournie par la pompe ^•énérale de la ville ; elle vient de la Volga.

Les matières fécales sont évacuées de la manière suivante : près de la clôture de l'hôpital se trouvent des fosses, avec une cage en bois ; les tuyaux des water-closets et des bains y aboutissent; d'autres tuyaux en partent emportant les matières dans l'égout général et de là dans la Volga.

L'établissement ne possède qu'un petit nombre de meubles.

La vaisselle se compose de tasses et cuillers en bois ; les aliments sont servis dans des vases en cuivre étamé ou en fer-blanc ; la vaisselle à thé se compose de théières en cuivre et de cruchos émaillées ; le thé est préparé dans une grande théière et porté ensuite dans les cruches. L'eau à thé bout dans deux samovars fixés au plancher et munis chacun d'une cheminée qui communique avec la cheminée du poêle.

Les lits sont en fer. La literie se compose d'un matelas bourré de crin végétal, de draps, d'une couverture piquée épaisse et d'un oreiller de crin et de poil de renne. On donne aux épileptiques des lits américains, composés d'un cadre en fer, sur lequel on tend une toile au moyen de vis ; si le malade est malpropre on ne lui donne aucune literie. Cependant on préfère pour ces malades des couchettes recouvertes de cuir qui se trouvent dans les chambres des furieux.

Le plus grand défaut de l'hôpital de Saratov c'est qu'il n'a pas assez de terrain ; les malades ne peu-

vent pas travailler ; cependant la régence provinciale a cédé à l'hôpital 2 dessiatines pour faire des potagers.

La direction de l'établissement appartient à la régence provinciale ; la direction immédiate est dévolue au médecin-directeur de l'établissement. Le conseil de l'établissement, formé des médecins et présidé par le directeur, est chargé d'examiner les projets de construction, de faire les comptes rendus administratifs et médicaux.

Le directeur peut donner un congé de sept jours aux employés ; il choisit le personnel et le révoque.

Les médecins dirigent leurs sections d'une manière indépendante; ils sont autorisés par le directeur à choisir les domestiques et les surveillants qui leur conviennent. Les aides-médecins, hommes et femmes, exécutent les ordres des médecins, dans leur partie médicale : ils préparent les médicaments sous la surveillance des médecins, veillent à ce que les bains prescrits aux malades soient donnés, notent les symptômes des maladies et communiquent ensuite aux médecins le résultat de leurs observations. Les employés habitent l'établissement ; ils ont de très modestes logements ; leur nourriture est la même que celle des malades.

Le personnel se compose de quinze hommes et douze femmes ; les hommes touchent de six à neuf roubles par mois ; les femmes, cinq à sept roubles ; il existe une haute paye variable.

Moyennes statistiques

Entrées annuelles 150

Sortis guéris 20 °/o

Décès 8 °/o

La comptabilité est assurée par un secrétaire et un expéditionnaire.

Les médecins font le compte rendu du service médical ; les bureaux donnent le compte administratif.

Une commission de surveillance de l'établissement vérifie et approuve les deux.

Le prix de la journée est de 43 à 45 kopecks.

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