NOVGOROD
Les établissements de charité de Kolmovo sont situés à peu près à trois verstes de Novgorod et à une verste d'un village bâti sur la rive gauche de la rivière Volkhov, entre elle et la route menant à
Pélersboui'g. Les voies de communication sont magnifiques : ce sont les chaussées de Pétersbourg et de Novgorod. Le terrain sur lequel sont édifiés ces établissements est bas et marécageux, de nature argileuse, mais les couches d'argile ne sont pas profondes ; sous elles se trouve une nappe d'eau, de sorte que dans les cimetières voisins les cercueils sont plongés dans l'eau.
L'établissement contient quatre bâtiments.
Le bâtiment principal a un aspect magnifique ; il est à deux étages. Dans le sous-sol sont situés les chambres des domestiques, le garde-meuble, le chauffage central, les cuisines, la boulangerie et la pièce où l'on fait le kwass; des chaudrons pour bouillir l'eau employée soit pour les bains, soit pour le thé.
Au premier étage il y a un corridor central très large, servant de salle de jour aux malades ; des deux côtés se trouvent des chambres occupées à droite par les gâteux et à gauche par les agités. Ces dernières présentent quelques dispositions particulières : ainsi les fenêtres sont munies de volets qu'on peut fermer et fixer à volonté par des loquets.
Le second étage a la même disposition que le premier.
Les autres bâtiments ne méritent pas une description spéciale.
Les salles de bains sont très ordinaires ;. les baignoires sont placées sur le plancher recouvert d'une feuille de tôle. Les baignoires sont en zinc, aux coins arrondis, avec robinets ordinaires. L'eau est chauffée dans le sous-sol et conduite par des tuyaux ; elle vient d'un réservoir situé au grenier. 11 arrive
parfois que dans ce réservoir l'eau gèle très vite et se précipite dans la chaudière, ce qui produit une grande vapeur. Un hiver, un accident de ce genre a occasionné l'explosion du réservoir.
Les water-closets sont à siège, avec des cuvettes émaillées ; dans la section des gâteux l'eau arrive par la pression d'un ])outon ; dans la section des agités et des tranquilles, l'eau est amenée automatiquement : le malade en s'asseyant presse sur un cercle qui fait ouvrir un robinet. L'inconvénient est que le jet d'eau n'est pas assez fort pour laver la cuvette.
L'éclairage se fait par des lanternes contenant des lampes à pétrole et entourées de grillage ; le chauffage à l'aide de poêles hollandais.
Le cabinet des médecins sert de salle de réception pour les malades. 11 est grand et bien éclairé, mais présente l'inconvénient d'être au-dessus de la cuisine.
Le mobilier du cabinet est simple : une armoire contient des instruments pour les recherches scientifiques et aussi des appareils pour le traitement des malades tels que coussins, sacs à glace, etc.
Les médecins habitent tous à côté des malades, excellente garantie de l'ordre ; mais il leur faut une grande patience à eux et à leur famille pour vivre dans un pareil voisinage.
11 n'y a pas de pièces spéciales pour les ateliers; entre les dortoirs se trouvent des chambres dans lesquelles les malades font de la couture, de la tapisserie, des meubles et de la chaussure, mais il faut dire que les malades travaillent surtout la terre ; quand parmi eux se trouvent par exemple un cordonnier, l'atelier de cordonnerie s'organise, et quand il part, l'atelier se ferme; il en est de même pour tous
les autres ateliers ; dans la section des femmes les travaux sont plus continus. '
L'établissement est très mal alimenté deau, tout eu étant situé au bord du Volkhov. L'eau du Volkhov est toujours sale ; la prise se fait au milieu de la rivière, puis l'eau est conduite dans trois puits d'où elle est distribuée, en passant à travers deux filtres épais ; mais, malgré toutes ces précautions, elle n'est pas suflisamment pure.
Les eaux ménagères s'écoulent par des tuyaux spéciaux partant des différents bâtiments, et se réunissent dans un même conduit, qui se déverse dans la rivière, plus bas que l'endroit où se trouvent les tuyaux qui puisent l'eau. Un des égouts se déverse cependant plus haut que la prise d'eau; l'infiltration de l'eau sale dans le conduit de l'eau propre est certaine, en été, quand les eaux sont basses.
Les water-closets ont des conduits spéciaux qui aboutissent dans des trous entourés de bois, et situés au pied des murs de clôture; les immondices sont transportées dans des tonneaux.
Les salles à manger contiennent des tables peintes à l'huile et des bancs.
Les lits sont en fer avec des planches. Dans la section des furieux, et dans quelques chambres d'isolement on se sert de lourdes couchettes fixées aux planchers, formées d'un sommier à ressorts recouvert de toile à voile, peinte à l'huile. On met sur le lit la paillasse avec des draps, et des oreillers bourrés de paille. Les couvertures sont en piqué ou en drap gris ordinaire.
Le trousseau des hommes se compose de chemises de toile et de caleçons ; pour les femmes, une che-
mise de toile ; les hommes et les femmes portent des bas de fil, de coton ou de laine. La chaussure se compose de pantoufles pour l'intérieur, de bottes et de bottines en cuir ou en feutre.
Les malades portent à la maison des robes de chambre ou des blouses de toile à voile ; ceux qui le désirent peuvent porter leurs propres habits.
Quand on envoie les malades aux travaux, ils changent d'habits dans des chambres spéciales qui se trouvent dans le sous-sol de la section des femmes et de celle des hommes ; ils mettent des habits différents selon la saison de l'année.
Les blanchisseuses donnent le linge propre à la lingère, et cette dernière aux surveillants. Le linge déchiré se donne aux agités et furieux, le bon linge aux malades calmes. La réparation du linge d'un malade coûte 18 roubles par an et un trousseau neuf 50 roubles.
La nourriture des malades se donne en portions découpées. Le médecin marque sur une liste spéciale la quantité et la qualité des portions à délivrer et envoie cette liste au bureau ; l'inspecteur de l'hôpital calcule combien il faudra de denrées pour toutes ces portions, puis donne les produits demandés par la cuisine.
Jusqu'à 1868, dans les établissements de Kolmovo, il ne se faisait point de travaux; le journal de la régence provinciale de cette époque qualifie la vie des aliénés de désœuvrée.
En 1868, le D"" Kouzmine a dressé la liste des travaux qui peuA'ent être exécutés par des malades, et la régence l'a approuvée. On ne sait pas comment avant se faisaient les travaux ; car c'est seulement à partir de
cette année que le Zemstwo n'a plus. eu peur de mettre un balai entre les mains d'un malade.
D'après les comptes rendus du D*" Chpakovsky, on voit qu'à partir de 1876-1877 les travaux agricoles sont déjà bien organisés. Depuis ils ont pris une grande extension.
En été, les malades se lèvent avant cinq heures ; ils prennent le thé avec du pain blanc ou noir; à sept heures, les uns vont aux travaux, les autres à la promenade; à onze heures, ils sont de retour des travaux et de la promenade ; ils dînent à onze heures et demie ; après le dîner, ils se reposent deux heures et ensuite prennent le thé; de deux heures à sept heures, de nouveau travaux et promenade, puis à sept heures souper et coucher. Pendant la saison des travaux aux champs, parfois les malades prennent le thé et mangent aux champs. En hiver, ils se lèvent un peu plus tard et ne commencent pas à travailler avant neuf heures; à deux heures de l'après-midi, ils vont aux travaux ; à quatre heures, ils en sont de retour, prennent le thé et soupent aussitôt après. T'ne cloche indique le moment de chaque repas et de chaque occupation.
Les malades ont comme distractions : la lecture, les jeux, le billard, la pèche à la ligne et la promenade au jardin. Quelques-uns ont la permission d'aller à l'église les jours fériés. Cette permission est donnée par le médecin.
L'hôpital possède des champs étendus de petits blés, de vastes prairies et de grands potagers. Pour cultiver tout cela il n'y a en outre des malades que deux ouvriers, un cocher qui est laboureur et porteur d'eau en même temps.
Quelques malades remplissent les fonctions de domestique ; on leur donne de cinquante à deux cent cinquante kopecks d'appointement mensuel.
Les femmes ne reçoivent point d'argent pour leurs travaux, mais seulement du café et du thé.
Il y a vingt-sept domestiques (dix-sept hommes et dix femmes). Tous les domestiques reçoivent la même nourriture que les malades et le même thé. Les hommes touchent de six à sept roubles d'appointement par mois et les femmes de cinq à six roubles.
La plus grande partie ne reste pas plus d'une année ; aussi l'hôpital est-il pauvre en bons agents. Pour empêcher la désertion des gardiens, qui a lieu surtout l'été, on leur fait des retenues le reste de l'année fun rouble par mois). Ces retenues sont perdues pour ceux qui quittent à l'époque des moissons et servent à donner des gratifications à ceux qui restent.
Le nombre des malades n'est pas fixé et souvent on en reçoit plus qu'on ne le désirerait. 11 est obligatoire d'accepter les malades envoyés par l'autorité judiciaire et par l'administration ; la réception des autres malades se fait de la manière suivante : les médecins du Zemstwo dans les régences provinciales ont de petits imprimés contenant des questions auxquelles ceux qui veulent placer un malade doivent répondre; ces réponses sur l'état du malade sont ensuite envoyées par l'intermédiaire de la régence au médecin-directeur de l'asile, et c'est ce dernier qui accepte ou refuse le malade. Au pis aller, il est permis d'amener le malade sans avoir envoyé les renseignements préliminaires, mais ceux-ci doi-
vent riro communiqués à son entrée. Ces précautions aident à éloigner les malades qui ne conviennent pas à rh<)pital et empêchent son encombrement.
Les habitants du gouvernement de Novgorod ont le traitement gratuit dans l'hôpital et c'est le Zemstwo qui paye les frais de voyage. Ceux qui veulent mw noun'iture meilleure et une installation plus confortable doivent payer vingt-cinq roubles par mois. Les habitants des autres gouvernements payent pour la pension ordinaire, douze roubles cinquante kopecks, et pour la pension dite des officiers vingt-cinq roul>les. On ne paye pas régulièrement pour tous les malades.
L'hôpital possède un terrain d'une étendue de soixante dessiatines, dont six occupés par les bâtiments, six par le potager, treize par les petits blés, près de huit par les prairies ; le reste est en partie en pâturage et en partie en friche. Outre cela l'hôpital de Kolmovo loue près de huit dessiatines de prairies pour faucher le foin. Le bétail comprend : dix-sept bœufs, quinze vaches, six chevaux, six brebis, deux cochons et des oiseaux de basse-cour.
Deux vachers, deux vachères, deux ouvriers, un cocher, forment le personnel. Le plus grand revenu se tire du lait qui presque tout est fourni à l'hôpital.
La comptabilité est tenue par un inspecteur.
Le médecin en chef fait le compte rendu du service médical ; la régence fait le compte rendu des recettes et dépenses de l'établissement.