‹ Les aliénés en RussieChapitre 45 sur 68 · KAZAN · texte numérisé non relu

KAZAN

L'hôpital d'arrondissement de Kazan fondé en 1862 a commencé à fonctionner le 1" juillet 1869.

La création de cet établissement est le résultat des larges idées qui régnaient dans les sphères gouvernementales vers 1844. A cette époque on avait formé le projet d'organiser en Russie, d'une manière rationnelle, l'assistance des aliénés, en créant toute une série d'hôpitaux d'arrondissement ; mais jusqu'à présent l'hôpital de Kazan est l'unique représentant des hôpitaux ainsi projetés.

La destination de cet établissement, d'après le règlement, est la suivante :

1° Permettre aux personnes atteintes de maladies mentales, de préférence à celles dont la guérison est

encore possible (1), de suivre un traitement régulier ;

2" Donner le moyen d'examiner, sur la réquisition des institutions d'État, les personnes dont l'état mental est douteux ;

3** Fournir les éléments nécessaires aux études pratiques des étudiants des facultés de médecine et de droit de l'Université de Kazan et des médecins envoyés par le Ministère de l'intérieur pour étudier les maladies mentales.

D'après le règlement, il doit y avoir 200 places, 100 pour les hommes et 100 pour les femmes. En organisant cet établissement, on a pris en considération aussi bien les besoins des malades qui possèdent de la fortune et une instruction supérieure que ceux de la classe pauvre.

A l'asile sont attachés cinq médecins dont un est directeur et l'autre vice-directeur.

Les bâtiments sont disposés de la façon suivante : au milieu, le pavillon d'administration ; au rez-dechaussée, la cuisine, marchant à la vapeur ; les aliments sont montés à l'aide de monte-charges à l'étage supérieur où les domestiques viennent les prendre, ce qui évite l'encombrement; à côté de la cuisine, une salle à manger pour les domestiques, la boulangerie et la salle où l'on prépare le kwass. Dans les étages, les appartements des cinq médecins; ceux-ci sont confortables ; celui du directeur est même luxueux.

Les bâtiments pour les malades sont disposés à droite et à gauche.

(1) Depuis 1871 ou y accepte 10 p. "/o de malades incurable.-.

Un bâtiment à trois étages est occupé parle prêtre, l'intendant et les employés.

Quant aux surveillants, surveillantes, aides-médecins, ils habitent dans les sections des malades.

Les pissoirs sont en fonte émaillée; à côté se trouve généralement un cabinet de toilette renfermant : un lave-mains avec robinet à vis et les objets nécessaires pour la toilette.

Chaque section a sa petite cour entourée d'un mur en pierre, de telle sorte que les malades ne peuvent pas voir ce qui se passe au dehors.

Les cours sont dépourvues de plantes et d'ombre ; il existe encore une cour générale avec jardins réservés pour l'administration et les malades dont la conduite n'inspire aucune inquiétude.

L'église n'est pas grande, mais possède un iconostase et des peintures élégantes. Pour aller à l'église les malades doivent avoir la permission du directeur : hommes et femmes sont admis dans le chœur.

Le service funèbre impressionnant d'une manière désagréable les malades, l'administration a placé l'église dans un endrpit retiré.

Les cabinets des médecins pour l'inspection des malades sont pourvus des instruments nécessaires aux recherches cliniques et microscopiques ; il existe une bibliothèque médicale.

En outre des instruments et appareils qui appartiennent à l'État, les médecins ont à leur disposition le cabinet très riche de M. le directeur de l'hôpital.

Les meubles des cabinets, chaises, tables, armoires et divans, sont en bois de chêne très ordinaire, mais solides et propres.

La pharmacie occupe une seule pièce assez vaste :

elle possède tous les médicaments usités actuellement.

Les dépenses sont de 1,500 à 2,000 roubles. Le nombre des ordonnances atteint jusqu'à 20,000 ; les employés de l'hôpital reçoivent les médicaments gratuitement comme les malades.

La pharmacie est dirigée par un aide-pharmacien secondé par un élève.

11 n'}'^ a pas d'ateliers bien installés ; l'hôpital possède seulement des ateliers de lingerie et broderie placés dans la section des malades tranquilles.

La salle d'autopsie est pourvue de tous les instruments et meubles nécessaires ; c'est une pièce très bien éclairée ; un domestique spécial est attaché à ce service.

L'aqueduc de la ville fournit de l'eau pour l'hôpital à raison de quatorze kopecks les cent seaux ; l'hôpital en dépense trois mille cinq cents tous les jours; de l'aqueduc général l'eau entre dans un récipient d'une contenance de huit cents seaux, situé dans le bâtiment d'administration d'où elle est distribuée dans tous les bâtiments.

L'hôpital possède des bouches d'incendie pouvant être mises en communication avec les pompes.

Les matières fécales et les eaux ménagères sont dirigées vers les potagers; sur leur chemin se trouvent des puits en brique cimentés qui retiennent les matières solides ; les liquides coulent dans un ravin ouvert sur la distance d'un quart de verste, et tombent dans un petit étang qu'on vide partiellement au fur et à mesure du besoin à l'aide de petits canaux ; ceux-ci aboutissent à des récipients en forme de tonneaux enfoncés dans le sol des potagers ; on puise le

liquide à l'aide de seaux et l'on s'en sert pour l'arrosement.

La blanchisserie et les bains sont bien installés, dans le sous-sol d'une bâtisse à deux étages ; une moitié est occupée par la blanchisserie et l'autre par les bains.

La blanchisserie est vaste et bien éclairée avec un sol asphalté. Le linge est pressé à l'aide d'une machine spéciale mise en action par la Aapeur ; un égout conduit les eaux dans la canalisation générale. Un ascenseur monte le linge lavé du premier étage dans le séchoir; il est séché en hiver à la vapeur, en été par l'air venant des fenêtres ouvertes. A côté du séchoir se trouvent la chambre à repasser et la calandre. Un fourneau en fonte à surface inclinée chauffe les fers à repasser sans les salir. Dans la blanchisserie travaillent la châtelaine, son aide, et six blanchisseuses.

Les bains (bains russes) sont à côté de la blanchisserie ; ils sont composés de trois parties : chambre où l'on se déshabille, chambre où l'on se savonne et chambre à vapeur. Les deux premières pièces sont sufTisamment éclairées, mais la troisième même dans la journée exige un éclairage artificiel; dans les deux premières le sol est* recouvert de planches très grosses qui peuvent se soulever ; sous ces planches, une cave dont les murs et le sol sont cimentés ; au fond, un égout. Quand les bains sont donnés, on soulève les planches et on les lave ainsi que les caves de telle sorte que toutes les impuretés tombent dans la canalisation générale.

La chambre à vapeur a son plancher en asphalte et son plafond en bois. Dans le plafond est disposé

un système de tubes percés de petits trous à travers lesquels passe la vapeur.

Les bancs de l'étuve sont cliaufîés par des batteries spéciales.

Autrefois les salles de bains n'existaient pas dans toutes les sections. Les malades tranquilles étaient obligés de descendre à l'étage au-dessous pour prendre un bain; mais cet état de choses a changé. L'eau pour les bains est chauffée par la vapeur de la chaudière centrale dans des cylindres spéciaux placés dans la salle même ; le chauffage des cylindres donne une telle quantité de chaleur que la salle des bains resseml)le plutôt à un bain russe.

Les robinets d'eau chaude se manœuvrent à l'aide de barres mobiles pour empêcher les malades de les ouvrir eux-mêmes et éviter ainsi les accidents.

Les baignoires des agités et des gâteux sont basses et encastrées dans le sol.

Les cylindres sont cachés dans les gros murs de telle sorte qu'ils chauffent en même temps la pièce voisine, qui est ordinairement le water-closet. Celuici est du système à pédales.

La vaisselle dans les sections des tranquilles est en faïence ; on y fait usage de couteaux, fourchettes, et cuillères métalliques ainsi que de verres à boire.

Dans les autres sections la vaisselle est en métal étamé ; il n'y a pas de couteaux ni de fourchettes.

La vaisselle pour le thé est composée de verres et de soucoupes en terre ; l'eau chaude est distribuée dans des théières de cuivre. Les samovars placés dans le buffet sont chauffés par la vapeur.

Les meubles sont en chêne ; ceux des malades de première classe sont recouverts de cuir ou

d'étoffe ; les fenêtres ont des rideaux ; à côté des lits sont placés de petites tables en forme d'armoires à rayons et sans tiroirs.

Dans la section des malades agités il n'y a pas de meubles, sauf des couchettes basses. Ces couchettes sont lourdes avec matelas de tille ou de crin, recouvertes de toile solide peinte à l'huile.

Les lits des autres malades sont en fer.

Les malades de première classe ont un matelas de crin, des oreillers de plume; les autres des paillasses, des oreillers garnis de paille ou de foin, des draps; des couvertures de toile en été et de laine en hiver complètent la literie.

Le linge se compose de chemises, de caleçons et de chaussettes tricotées ou en toile pour les hommes; les femmes portent, outre des chemises, des caleçons, des jupons et des bas de coton ou de toile. Les chemises ont leur col et poignet brodés, ce qui donne une certaine élégance.

Le costume des malades de première classe comprend une veste, un gilet et un pantalon de tricot. Les malades de deuxième classe portent les jours de fête une veste boutonnée sans gilet et les jours ordinaires une blouse à ceinture. Comme coiffure, des chapeaux de paille et des casquettes en été, des bonnets en hiver.

Les femmes portent des robes en laine les jours de fête, en coton ou en toile les autres jours.

Pour les malades faibles on a des robes de chambre de drap, de laine ou de tricot de coton.

La chaussure est composée de pantoufles, bottes et bottines. La chaussure des pensionnaires de première classe est cirée tous les jonrs.

Les hommes aussi bien que les femmes ont des caoutchoucs. En automne et en hiver, les malades portent des pardessus de drap, des demi-pelisses, des mitaines de laine ou des moufles.

La nourriture pour tous les malades n'est pas la même. La première classe reçoit tous les jours trois plats, la deuxième classe deux.

La liste des plats est composée par le directeur pour quelques semaines d'avance ; conformément à cette liste et au règlement, l'intendant détermine la quantité totale journalière de vivres qui doit être délivrée par l'entrepôt.

D'après le devis, chaque malade de première classe reçoit : un cinquième de zolotnik de thé, onze zolotniks de sucre, trois quarts de livre de pain blanc, trois quarts de livre de pain noir, une demi-krouchka de kwass, environ une livre de viande (bœuf, veau, salaisons, poisson) ; le malade de deuxième classe a un dixième de zolotnik de thé, six zolotniks de sucre, une demi-livre de pain blanc, une livre et demie de pain noir; pour les domestiques, deux livres un quart de pain et une demi-krouchka de kwass, quatre septièmes de livre de viande, quinze zolotniks de gruau de blé noir et environ neuf zolotniks de pois. Ce sont là les principaux aliments ; on donne encore de la semoule, de l'orge perlé, du gruau d'avoine, du gruau de millet, des racines, de la farine, etc.

Les malades passent la journée de la manière suivante : en été à sept heures et en hiver à huit heures, ils se lèvent et aident les domestiques à faire les lits ; à sept heures et demie ou à huit heures, ils prennent le thé dans la salle à manger générale (avec la permission du médecin, quelques-uns le

prennent chez eux); de neuf heures à midi, ils travaillent ou se promènent (on ne peut pas rester dans les dortoirs sans la permission du médecin) ; à midi et demi, dîner, qui dure une heure; jusqu'à quatre heures, repos dans les dortoirs ; de quatre à huit heures, travail ou promenade, ou réunion dans les locaux de jour ; à huit heures, souper, et à dix heures, coucher.

Ainsi les malades travaillent sept heures par jour.

Voici la liste des travaux: terrassement, jardinage, plantation d'arbres, fauchage, sciage du bois, charpente et menuiserie, préparation de l'étoupe et du crin, tissage, couture et réparation de linge, tricotage de bas, fabrication de cigarettes, nettoyage, etc.

Les malades ne reçoivent aucune rémunération pour leurs travaux.

D'après les comptes rendus de 1885 il y avait 60,4 7o d'hommes et 78,4 7o de femmes qui travaillaient, mais ce calcul ne donne pas une idée juste de la population ouvrière de l'établissement, car ces comptes rendus sont faits pour l'année entière, et si un malade a seulement travaillé un jour on le compte quand même comme ouvrier.

Le nombre des malades travailleurs est en réalité plus petit, ce qui est confirmé par la quantité de jours de travail : en 1885, les hommes ont travaillé 6,478 jours, les femmes 9,933, total 16,411 jours, c'est-à-dire 30 7o par rapport à la quantité de jours de travail dans l'année.

Le fait que les malades sortent pour travailler et se promener n'entraîne pas d'accidents : en deux ans on n'a observé qu'une évasion et une vingtaine de tentatives sans résultat ; il n'y a pas d'inconvénients

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sérieux à ce que les malades aient à leur disposition des haches, des pelles, des fourches, etc.

Les distractions sont les suivantes : lecture (revues, journaux), piano, billard, jeux de dames, de quilles et de cartes ; aux jours de fête, on organise des promenades au « potager bas » où les malades prennent le thé ; les promenades ne se font jamais en dehors de l'établissement ; les hommes et les femmes ont des congés pour aller visiter leurs parents et connaissances.

Aux jours de fête, les malades vont à l'église; quelques-uns y chantent et forment un chœur satisfaisant.

Le personnel en contact immédiat avec les malades est cpmposé de : un médecin-directeur, un médecin vice-directeur, trois médecins ordonnateurs, un intendant, un surveillant et deux sous-surveillants, une surveillante et deux sous-surveillantes, quatre aides-médecins, dont deux hommes et deux femmes, un maître et une maîtresse de gymnastique. Ces derniers surveillent en même temps les travailleurs. Tous les employés sont au service de l'État et ont droit à une pension de retraite.

L'hôpital d'arrondissement de Kazan relève du Ministère de l'intérieur.

Le gouverneur de Kazan contrôle la marche de l'établissement.

Le médecin en chef qui porte le nom de directeur dirige l'établissement ; il est nommé par le Ministère de l'intérieur.

Le vice-directeur et les ordonnateurs sont aussi nommés par le Ministre sur la présentation du directeur.

L'intendant et le chef du bureau sont nommés par le gouverneur sur la présentation du directeur ; tous les autres employés sont nommés par le directeur lui-même.

Un conseil formé de tous les médecins sous la présidence du directeur dirige l'établissement.

Pour examiner les questions d'économat, le conseil invite l'intendant à prendre part aux réunions ; celui-ci a droit de vote. En dehors des séances officielles, le conseil se réunit tous les jours, d'habitude à onze heures et demie ; les médecins se retrouvent au bureau où ils examinent ensemble toutes les questions intéressant l'établissement et se communiquent les impressions qu'ils ont recueillies pendant la visite matinale.

Deux fois par semaine (tous les mardis et les samedis, de deux à quatre heures), les médecins se réunissent et chacun d'eux fait voir à ses collègues les malades de sa section. Ainsi chaque malade est plus ou moins connu par tous les médecins.

Le règlement intérieur est arrêté par le directeur qui, à son choix, répartit le travail entre les employés.

Les médecins ordonnateurs s'occupent du service médical et aident au directeur à maintenir l'ordre; ils font encore la garde à tour de rôle.

Pour entrer à l'hôpital on demande un certificat délivré par le médecin qui a soigné le malade ; le certificat doit indiquer les principaux symptômes de la maladie : les personnes qui n'ont pas de certificat ne peuvent rester à l'hôpital qu'après un examen fait par le directeur en présence de l'inspecteur du Collège de médecine.

Le gouverneur reçoit des renseignements sur chaque malade entré à l'hôpital.

Les criminels amenés à l'hôpital pour examen sont admis immédiatement, même quand il n'y a pas de place. Les autres personnes ne sont admises qu'autant qu'il y a de la place.

Le prix de la pension est de 13 roubles par mois pour la première classe et de 8 pour la deuxième.

Depuis 1885 on a créé un pensionnat au prix de quarante à soixante roubles par mois : treize roubles de cette somme vont à l'État et le reste entre dans la catégorie des fonds spéciaux de l'établissement : avec la permission du Ministère, on peut les dépenser pour les besoins de l'hôpital non prévus par le devis.

On y trouve à présent vingt-cinq pensionnaires, qui sont traités comme les malades de première classe.

Le payement est exigé d'abord de la personne qui a amené le malade ; dans le cas où celle-ci est insolvable, c'est la commune à laquelle appartient le malade qui paye ; si la commune est insolvable, ce qu'elle doit prouver, la direction présente au gouverneur l'autorisation de joindre cette somme aux arrérages du Ministère.

L'hôpital renferme 214 malades (122 hommes, 54°;„ et 92 femmes, 43 7o) ; en voici la nomenclature :

Hommes Gardiens Femmes Gardienne.»^

Tranquilles 42 6 29 4

Demi-agités 41 7 34 7

Pénibles et malpropres. ... 30 5 ) j,„ „

Violents 9 4 f

L'hôpital possède : sept chevaux, dix bêtes à

cornes, dont six vaches qui lui fournissent le lait ; au service de la ferme sont attachés : une vachère, un berger, un garde et quatre valets de cour.

Le labourage est fait par les domestiques, mais tous les autres travaux, notamment ceux du potager, sont exécutés par les malades dirigés par un jardinier et surveillés par les surveillants ; les potagers donnent un profit de 20,000 roubles.

La comptabilité médicale et économique estvërifiée par le Ministère; tous les mois, les employés comme l'intendant, le mécanicien, la châtelaine, etc., rendent compte de leur administration à la direction.

Quartier de chroniques de Pletny. — A l'hôpital de Kazan est annexé un quartier de chroniques ; en voici l'origine.

Avant la création de l'hôpital ps3^chiâtrique d'arrondissement, la ville de Kazan possédait une maison d'aliénés située dans le faubourg de Pletny ; le Zemstwo en a hérité en même temps que des autres institutions de charité du Comité de charité publique. En raison même de la fondation de l'hôpital d'arrondissement, la maison n'a pas été agrandie; le Zemstwo s'est contenté de maintenir le statu quo. Mais l'hôpital d'arrondissement n'acceptant que des malades curables (depuis 1876, il en accepte 10 "/o d'incurables), et tout malade non guéri au bout d'un an ou paraissant incurable, étant renvoyé aux communes et aux Zemstwos pour être soigné, tout naturellement la maison du Zemstwo de Kazan s'est transformée peu à peu en un asile pour les incurables renvoyés de l'hôpital d'arrondissement ; bref, ce n'est qu'une section de cet hôpital entretenue aux frais du Zemstwo.

La maison est petite et c'est à peine si elle peut donner satisfaction à toutes les demandes d'entrées.

On y pénètre par une voûte des deux côtés de laquelle se trouvent divers bâtiments : à droite, les bains, la buanderie ; à gauche, l'atelier de repassage, le séchoir et la cuisine. Au centre, une cour : au fond, en face de la porte, un bâtiment à deux étages où sont logés les malades ; il ne présente rien à signaler. D*errière cette maison est un jardin bien ombragé avec une baraque d'été pour les malades.

Cette baraque munie d'un plafond et d'un plancher est divisée en deux parties égales : une grande chambre pour les malades les plus tranquilles, vingt et une chambres d'isolement à grilles en bois pour les plus agités. Les lieux d'aisances à tinettes mobiles ne sont ouverts que le soir; dans la journée les malades font leurs besoins dans des fosses au coin du jardin. Deux petites cours pour les malades dangereux et agités sont prises sur le jardin. Une bâtisse en terre sert de salle à manger en été et de promenoir en hiver.

Tous les locaux de grandes dimensions sont construits d'une façon solide.

Les lits sont en fer, avec une paillasse, un drap, un oreiller et une couverture de drap gris ; les malades portent l'hiver la kosakine, l'été des robes de chambre de toile ; des bonnets ou des chapeaux suivant la saison. La nourriture est simple, mais suffisante.

Le prix de journée d'un malade est d'environ 50 kopecks.

Les malades travaillent principalement aux soins du ménao-e et à la buanderie. On a essavé de les

occuper au potager, mais c'est difficile à cause de la grande distance.

L'asile blanchit pour toutes les institutions du Zemstwo de la ville : hôpital, école des aidesmédecins, maison des orphelins, etc.

SIMFÉROPOL

M. le D"" Greidenberg (1) a donné, de l'asile des aliénés de Simféropol, la description suivante :

La maison d'aliénés à Simféropol, après avoir traversé, comme la plupart des établissements analogues, des phases difficiles, présente actuellement un aspect assez convenable. Voilà en peu de mots sa distribution. Quatre sections principales la composent. La première, l'hôpital psychiatrique proprement dit, renferme deux divisions, l'une destinée aux hommes, l'autre aux femmes. Le nombre des lits est de quarante. On trouve dans chaque division une salle de récréation, une salle à manger, des dortoirs, une salle d'hydrothérapie et plusieurs chambres d'isolement pour les violents. Chaque division est niunie d'un grand jardin. Les chambres pour les violents ont chacune un jardin particulier. L'isolement entre les hommes et les femmes est complet.

La deuxième section est réservée aux malades

(1) Les Aliénés dans le gouvernement de Simféropol, par M. le D' Greidenberg {Messager de psychiatrie de Pétersbourg, n° 1), analysé par Roubinovitch (Archù-es de neurologie, année i887, t. XIII, p. 313).

malpropres et aux épileptiques. La troisième et la (piatrième sont destinées aux chroniques.

Il existe encore une baraque pour vingt-deux malades qui travaillent régulièrement. Depuis deux ans, en effet, on a consacré un assez grand terrain pour un potager où les malades travaillent sous la direction d'un inspecteur spécial. Du reste, d'une façon générale, tous les travaux de la maison sont exécutés par les malades.

Les aliénés en Sibérie

D'après M. Briantzov (1), il se produit en Sibérie une augmentation progressive du nombre des aliénés. Cette augmentation serait due tout d'abord à ce que ce pays constitue une sorte de cloaque dans lequel la Russie d'Europe rejette tout ce qu'elle contient d'inutile, de criminel et de psychopathique; mais, à côté de cette cause très réelle du reste, il faut faire intervenir l'alcool dont la consommation dans le gouvernement d'Irkoutsk, par exemple, a pris des proportions gigantesques : la consommation annuelle pour chaque habitant, y compris les enfants en nourrice, les femmes et les vieillards, atteint la moyenne énorme de 18 litres de vodka (eau-de-vie) ; dans la ville même d'Irkoutsk on compte un marchand d'eaude-vie sur 241 habitants. 11 faut encore noter comme cause du développement de l'aliénation mentale le crétinit^ple qu'on rencontre sur les bords du fleuve Lena et sur ceux de lOuda.

(1) De la situation des aliénés en Sibérie. Communication au Congrès des aliénistes russes à Moscou, 1887. Analyse par Roubinovitch {Archives de neurologie, t. XIV, p. 298).

Budgets

Voici une série d'exemples de budgets et de comptes de dépenses annuelles pour divers asiles.

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