ASILE MILITAIRE SAINT-NICOLAS, A PÉTERSBOURG
Cet établissement (1) est situé rue Costromskaya, dans le faubourg de Péters, du côté de la gare de Moscou.
Historique. — L'hôpital militaire Saint-Nicolas avant 1863 n'avait pas de section spécialement affectée aux aliénés ; du moins les mémoires ayant trait à l'établissement n'en parlent pas. Cependant les militaires frappés d'aliénation mentale n'en étaient pas moins reçus en cas d'urgence et à titre provisoire jusqu'à ce qu'une vacance se produisît dans un asile civil.
Ce qui motiva l'affectation d'une section de l'hôpital aux aliénés, ce furent deux faits fortuits: un sous-lieutenant, puis un simple soldat atteints d'aliénation mentale, n'ayant pu être reçus, faute de place, par aucun établissement, le général Miloutine, ministre de la guerre, justement ému, lança une circulaire recommandant de prendre des dispositions pour héberger un plus grand nombre d'aliénés à l'hôpital militaire.
Pour répondre au vœu du ministre, on aménagea dans l'aile nord de l'hôpital un local pouvant recevoir 30 ofTiciers et 15 soldats aliénés (rapport du médecin en chef ^Yiltehkovsky, en date du 17 janvier 1864 .
(1) Pour rédiger ce chapitre nous nous sommes aidés des deux documents suivants en langue russe : Description de l'asile Saint- Nicolas, par le colonel W. Wassiliev (le co;istructeur de l'établissement), Journal des ingénieurs, n°^ 6 et 7, Pétersbourg, 1894.
Compte rendu de la section des aliénés de l'hôpital militaire Saint-Nicolas, par le D"" Lehedev, médecin de l'établissement.
Ces places ayant été immédiatement occupées, on affecta un autre bâtiment pour recevoir 33 soldats, 9 officiers et aussi 9 femmes. Ces dernières (probablement des parentes de militaires), admises par ordre verbal du ministre de la guerre, ne firent d'ailleurs qu'un très court séjour.
Malgré l'augmentation du nombre des places affecté aux aliénés militaires, l'hôpital Saint-Nicolas ne pouvait suffire à hospitaliser tous ceux qui en avaient besoin. Témoin le fait suivant : un capitaine étant devenu subitement fou furieux en 1869, sa femme frappa en vain à toutes les portes sans pouvoir obtenir son admission. Elle eut recours enfin au général Trépov, préfet de police. Celui-ci ne pouvant donner abri au capitaine, même dans un commissariat de police, car tous étaient bondés de fous, en référa au comité des hôpitaux militaires qui ordonna à son tour d'affecter la 5" section de l'hôpital à 50 ofhciers et autant de simples soldats.
Bien qu'aménagée pour les aliénés, la 5* section se trouvait dans un état déplorable. Les malades étaient les uns sur les autres en raison de l'exiguïté des locaux ; on était obligé, pour les empêcher de se battre, de leur mettre en permanence la camisole de force. Aussi cette fameuse section avait-elle le don d'effrayer les malades au point qu'on s'en servait comme d'un épouvantait pour amener les aliénés de la 4" section à de meilleurs sentiments. Cette crainte était un remède salutaire dont on se sert encore maintenant, bien que la section ait été supprimée en 1890 et remplacée p-ar une autre section.
Les années antérieures à 1870 sont quasi préhistoriques ; on ne possède pas de données précises sur
la façon dont on traitait les malades dans cette fameuse section. Ce qui est certain, c'est qu'elle était dépourvue de médecins spécialistes ; aussi s'y passait-il des choses étranges comme celle-ci. Le D"" Knock, placé à la tète de la 5" section, avait adopté un système tout particulier pour traiter les malades : il leur faisait des causeries, persuadé de pouvoir obtenir leur guérison par ce moyen. Naturellement il essuyait souvent des rebuffades. Un jour, un malade l'ayant souffleté, il revint le lendemain pour essa3'er de l'amener à de meilleurs sentiments. L'aliéné l'ayant reçu de la même façon que la veille, il rédigea un rapport sur l'incident en demandant une indemnité pour sa paire de lunettes brisées.
En 1876, les professeurs Balinski et Mierzejewski inaugurèrent des cours à l'hôpital et organisèrent une section de neurologie. On ne se borna plus à remplir les bulletins d'entrée, mais chaque malade fut examiné, chaque cas analysé et discuté.
Malheureusement cette période prospère ne devait pas durer. Le 5 août 1882, les cours de Balinski furent supprimés; la section de neurologie se sépara de celle de l'aliénation mentale. Bientôt tout recommençait à péricliter, et le nombre des aliénés augmentait toujours. On avait dû mettre à leur disposition de nouveaux bâtiments construits pour les malades ordinaires. Ceux-ci, bien qu'aménagés pour leur destination nouvelle, étaient loin, tant par leur étendue que par leur distribution intérieure, de répondre aux exigences de la science et de l'hygiène.
Sans parler même de l'exiguïté des locaux (de 2 sagènes cubes 8 à 3 sagènes cubes 3 par officier, de 1 sagène cube 8 à 2 sagènes cubes 3 par soldat),
de rinsuflisance des water-closets et des salles de bains, les malades ne pouvaient être séparés ni d'après le genre de leur maladie ni d'après leur rang social. Aussi surgissait-il de fréquentes querelles tant entre les officiers qu'entre les soldats qui en venaient même aux mains. On ne sait jusqu'à quand se serait prolongé cet état de choses sans la visite que lit à l'établissement le grand-duc Wladimir Alexandrovitch, commandant en chef de la circonscription militaire de Pétersbourg. Mieux que personne il comprit l'urgence d'ériger au plus tôt une section spéciale pour ce genre de malades.
M. Vannovsky, ministre de la guerre, nomma une commission avec mandat d'étudier la transformation radicale de la section des aliénés à l'hôpital Saint- Nicolas. Cette commission, réunie le 26 mars 1887 sous la présidence de Balinski, élabora le plan d'un établissement spécial pour les aliénés militaires. Ce plan, approuvé par Sa Majesté en 1888, ne commença à être mis à exécution qu'au printemps de 1890. Les travaux entrepris sous la direction de l'ingénieur W. Wassiliev, aujourd'hui colonel du génie, assisté de médecins spécialistes, furent terminés en 1894. La construction seule a coûté 830,000 roubles.
Description. — L'hôpital militaire pour les aliénés est un grand édifice construit en pierre et en brique, affectant la forme générale d'un parallélogramme.
Sur la rue et séparée d'elle par une série de jardins, un long bâtiment à trois étages (1), avec une
(1) En Russie on appelle premier étage ce que nous appelons rez-de-chaussée. Un bâtiment à trois étages est donc à vrai dire un bâtiment avec un rez-de-chaussée et deux étages.
belle façade et un dôme central. En arrière, une vaste cour, puis trois pavillons placés sur une même ligne ; celui du centre à deux étages pour l'administration, les deux autres sans étage, pour les malades. De chaque côté, entre la première et la seconde ligne, encore un pavillon pour les malades, comprenant seulement un rez-de-chaussée. Les divers bâtiments sont reliés entre eux par des galeries fermées et entourés de jardins.
Bâtiment principal. — Partie centrale. — On y accède par un perron. La porte franchie, on se trouve dans un vaste vestibule pourvu de nombreux porte-manteaux avec glaces ; à droite, la loge du portier ; à gauche, la salle de garde des infirmiers. Au fond, deux parloirs, celui de droite pour les officiers, celui de gauche pour les soldats ; au centre, un grand escalier conduisant aux étages supérieurs. Dans toute la hauteur de cet escalier est tendu verticalement un immense fllet métallique d'une seule pièce.
Au premier, en arrière, les bureaux de l'administration avec un très beau salon pour recevoir les familles ; en avant, la chapelle qui s'élève jusqu'au toit et forme dôme.
Au second étage, en arrière, deux salles pour les malades en surveillance, celle de droite réservée aux officiers, celle de gauche aux soldats.
L'aile droite du bâtiment principal renferme deux sections pour les officiers malades ; l'aile gauche, deux sections pour les soldats malades. Le troisième étage de ces ailes est réservé aux appartements du directeur et des médecins.
Pavillon d'administration. — En avant, au rez-
de-chaussée, les cuisines, les vestiaires ; au premier, des logements pour le personnel ; en arrière, aux deux étages, la caserne des infirmiers.
Section des malades. — Le bâtiment d'administration étant situé en face de la partie centrale du bAtiment principal auquel il est relié par une galerie, l'hôpital se trouve ainsi divisé en deux parties égales et symétriques : la droite pour les officiers, la gauche pour les soldats. L'aménagement intérieur et le mobilier des deux sections sont à peu près identiques.
Chacune des deux divisions comprend quatre sections ayant chacune un jardin :
1 pour les malades calmes ) , ,. -, i , • ■ • ■ i
' , , , . , > dans 1 aile du bâtiment principal.
1 pour les malades excites )
1 pour les malades furieux.
1 pour les malades paralytiques.
La section des malades tranquilles comprend :
Au rez-de-chaussée, une salle de gymnastique, une salle de lecture, un salon, une salle à manger, un buffet ou office, des water-closets ; au premier, des chambres à coucher contenant d'un à onze lits seulement.
Dans la section des excités, une grande pièce sert à la fois de salon et de salle à manger. Les chambres contiennent trois lits au maximum.
Une salle de bains située entre la section des calmes et celle des excités est commune aux deux services; à côté de cette salle se trouvent un bulfet (office), les cabinets, les escaliers menant au premier étage. Toute cette partie sépare la section des calmes de celle des excités et peut servir de point de ralliement en cas d'incendie pour sortir dans la cour ou dans le jardin.
Dans la section des furieux il y a une cellule pour chaque malade ; ces cellules sont grandes, bien aérées, à angles arrondis; les unes ont un revêtement de bois (planches en chêne d'un pouce d'épaisseur), les autres sont capitonnées. Le capitonnage est de trois modèles différents :
1" Planches de sapin sur lesquelles sont collées des plaques en caoutchouc ;
2" Toile commune imprégnée de colle et laquée à l'extérieur, contenant des copeaux de liège ;
3° Capitonnage en liège comme le précédent, mais formé de pièces séparées constituant autant de matelas accolés. Chaque matelas est placé dans une rainure en bois; on peut ainsi l'enlever facilement et en cas de besoin en changer la toile.
Au milieu de la cellule se trouve une couchette formée d'un sommier recouvert d'une forte toile rendue imperméable (éziquiritée) ; cette couchette est fixée au sol ; le malade ne peut la déplacer, mais l'infirmier, à l'aide d'un mécanisme très simple, commandé par un clef, peut la soulever et la laisser levée de façon à la bien aérer.
Dans les cellules, les fenêtres sont munies de volets mobiles en fer que l'on peut mettre en mouvement du sous-sol et par conséquent sans entrer dans la cellule. Ces volets permettent de mettre le malade dans l'obscurité.
Dans la section des paralytiques, les chambres sont à quatre lits.
Dans toutes les sections, les dimensions des chambres à plusieurs malades sont calculées de façon à ce que les lits étant commodément disposés il reste encore entre eux un espace suffisant pour le passage.
Aération. — Toutes les pièces de riiùpital. sauf les galeries de communication, sont aérées artificiellement. Cette aération indépendante du chauffage est très bien faite. Toutes les pièces ont un cubage d'air plus que sufTisant.
Chauffage. — La température en hiver est constamment maintenue à 20 degrés centigrades par trois sj'stèmes de chauffage :
1° Poêles hollandais, dans la section de l'administration;
2" Vapeur d'eau à basse pression, dans la section des calmes et des paralytiques ;
3° Air chauffé à l'aide de poêles installés dans les sous-sols pour les sections des malades agités et furieux.
Tout l'hôpital est éclairé à la lumière électrique.
Parquets. — Presque partout en syllolit sciure de bois agglomérée) dans la division des soldats. Dans les chambres des gâteux, ce syllolit est recouvert d'un enduit spécial qui le préserve de l'action de l'urine.
Dans la plus grande 'partie de la division des officiers, le parquet est en planches ; chez les paralytiques il est en asphalte couvert soit de protective en caoutchouc épais, soit de prélarts.
Plafonds. — En bois dans la division des soldats, en plâtre dans celle des ofïïciers. Les corniches sont canalisées et servent au passage de l'air do ventilation.
Escaliers. — Ils sont tous munis de grillages métalliques. Dans les pavillons des agités, des furieux et des paralytiques, l'escalier conduisant au jardin est remplacé par un remblai en pente douce.
Les violents peuvent être ainsi plus facilement conduits dans le jardin. Les paralytiques les moins faibles peuvent ainsi sortir aisément; ceux qui sont alités peuvent être transportés sur des lits roulants.
Portes. — Elles s'ouvrent toutes en dehors. Les serrures, d'un modèle unique, se manœuvrent à l'aide d'un passe-partout. A la porte d'entrée de chaque section, il y a une serrure de contrôle, faite de telle façon que les malades ne peuvent pas voir à travers ; le personnel secondaire ne possède pas la clef de cette serrure, en sorte que chaque section se trouve ainsi isolée.
Dans le service des furieux, les portes présentent une disposition telle qu'il est impossible au malade de s'y faire prendre les doigts.
Fenêtres. — Elles sont doubles comme partout en Russie. Les traverses sont en bois dans les sections de calmes et de paralytiques, en fer partout ailleurs.
Dans les chambres de surveillance (3^ étage du bâtiment central), les vitres sont des vitres de navire, d'un demi-pouce d'épaisseur.
Les fenêtres sont munies de vasistas ; ceux-ci, dans les sections de furieux et d'agités, s'ouvrent par glissement et cela de telle façon que les malades ne peuvent ni les ouvrir ni les fermer.
Water-closets. — Ils sont du sj^stème Moniot.
Dans les sections des officiers calmes et gâteux, les cuvettes sont en faïence, partout ailleurs en fonte émaillée. Le siège est étroit pour qu'on ne puisse pas monter dessus. Le lavage se fait par un siphon, et, quand le siphon vient à ne pas manœuvrer, par un robinet.
PI. XJV. —Asile militaire
! / Jr/minislrAli
'miniiirAlton
jjpc/ion i/ei o/pners paralyhoLœs
lourg). — Plan du rez-de-chaussée
On pratique le tout à légout. Un égout spécial va directement de l'hôpital à la Neva.
Urinoirs. — Dans la section des officiers calmes, les cuvettes sont en faïence, partout ailleurs en fonte émaillée. Les murs sont revêtus de carreaux de faïence dans la section des officiers calmes, de feuilles de plomb dans les autres sections, sauf chez les gâteux où ils sont recouverts d'asphalte. Dans cette dernière, il existe une gouttière recouverte d'une grille en fonte.
Le lavage se fait à l'aide d'un robinet.
Bains. — Les salles de bains communes aux tranquilles et aux agités contiennent quatre baignoires, celles de la section des paralytiques deux, et celles des furieux une seulement.
Les baignoires en cuivre étamé avec revêtement
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PI. XV. — Baignoire avec treuil pour les paralytiques (hôpital militaire de Pétersbourgl
extérieur en bois sont enfoncées dans le sol jusqu'à
mi-hauteur.
Dans les sections des paralytiques, pour mettre les malades au bain, on les place sur un lit de sangle, puis, à l'aide d'un treuil adapté à la baignoire, on les descend dans l'eau; le bain pris, on les remonte par le même moyen (voy. planche XV).
Sous-sols. — Quand on a fait les fouilles pour les fondations, on a mis à jour une couche de terre imbue d'eau nauséabonde; aussi, dans un but d'assainissement, a-t-on établi de vastes sous-sols. Ceux-ci sont occupés parles calorifères, les ventilateurs, des cabinets de débarras et deux ateliers.
Vaisselle. — Les officiers ont comme vaisselle des assiettes très légères en aluminium et des fourchettes en métal blanc, mais palmées, c'est-à-dire dont les dents ne sont séparées que dans leur partie terminales et par suite ne peuvent plus constituer d'arme dangereuse.
Les soldats ont de la vaisselle en terre et des couverts en bois comme au régiment.
Population. — L'hôpital contient 100 places, 50 pour les officiers et 50 pour les soldats.
A première vue, on est étonné que l'hôpital militaire pour les aliénés ne contienne pas plus de places pour les simples soldats que pour les officiers. Mais cela est très logique. En effet, les soldats ne restant que quelques années dans l'armée ont bien moins de de chances d'y devenir aliénés que les officiers qui y passent la plus grande partie de leur existence. D'autre part, comme nous l'avons dit, les simples soldats restent moins longtemps à l'asile que les officiers.
L'hôpital contient un certain nombre d'aliénés
civils qui payent une pension de 80 roubles par mois ; cet argent sert à améliorer le régime des militaires.
Personnel . — Le service est assuré par 4 médecins militaires et 83 infirmiers.
Les rondes de nuit sont contrôlées à l'aide d'un appareil électrique très ingénieux. Le veilleur pique un tableau placé dans les sections, et la piqûre est enregistrée dans un appareil central qui se trouve dans le cabinet médical.
Pavillon jjour les contagieux. — Dans l'angle postérieur gauche du parallélogramme occupé par l'hôpital se trouve un petit pavillon pour les aliénés qui viennent à être atteints d'une maladie contagieuse. Dans ce pavillon, le sol est recouvert d'asphalte ; les murs et les portes ne présentent aucune saillie. Les water-closets sont disposés de telle façon que la désinfection des matières fécales peut se faire facilement dans la fosse avant leur évacuation.
Un four sert à la combustion des pièces de pansement et déchets de toutes sortes.
statistique
D'après M. le D"" Lebedev, les causes de l'aliénation mentale chez les militaires sont les suivantes : l'alcool (27,7 7o); la syphilis (27,3 "/o); les lésions de la tète (dans un très grand nombre de cas , et enfin l'hérédité (14,5 %).
Comme on le voit, M. Lebedev accorde une importance considérable aux traumatismes de la tète dans le développement de la folie. Bien loin de nous la pensée de nier la réalité de ce facteur étiologique ; un de nous a même étudié son influence sur le
développement de la paralysie générale (L), mais nous croyons que ^I. Lebedev en a beaucoup exagéré l'importance. Le distingué médecin de l'hôpital militaire Saint-Nicolas a exposé son opinion sur cette question dans un intéressant mémoire en langue russe, ayant pour titre : Contusion de la. tête et commotion du cerveau (1893). En voici l'analyse :
Que de fois, en présence d'un sujet atteint d'aliénation mentale, on se demande s'il n'existe pas de lésion de la tète ; cette question est doublement capitale lorsqu'il s'agit d'un militaire.
En effet, en étudiant la source du mal chez les officiers aliénés, on constate que, parmi les causes du désordre intellectuel, les lésions de la tête occupent la troisième place si on classe l'alcoolisme à la première et la syphilis à la seconde.
Si une forte lésion peut n'avoir pas de conséquences fâcheuses, un choc insignifiant en apparence entraîne quelquefois des accidents d'une réelle gravité. Cela dépend de l'état général du sujet, et aussi de ce fait que la lésion est accompagnée ou non de la commotion du cerveau : toute la question est là.
M. Lebedev divise les observations qu'il a recueillies en trois catégories. Dans la première, il classe les cas où il y a contusion et commotion du cerveau survenant sur un sujet indemne de tout germe de maladie quelconque, c'est-à-dire ayant un cerveau complètement sain. Dans la deuxième catégorie il range les sujets atteints de contusions à la tète ayant des antécédents héréditaires, et enfin
(1) Ch. Vallon, De la Paralysie générale et du Traumatisme dans leurs rapports réciproques ; thèse de Paris, 1882.
dans la troisième les cas où les lésions de la tète surviennent chez des malades syphilitiques ou alcooliques.
Les observations que l'auteur a recueillies au cours de dix années d'études portent sur des sujets âgés de 20 à 50 ans et principalement sur des militaires blessés à la guerre. Ces observations l'ont conduit aux conclusions suivantes :
1'' Il est essentiel, dans la lésion de la tète, de distinguer la contusion de la commotion du cerveau ; la première n'a pas d'aussi graves conséquences que la seconde. Plus forte est la commotion du cerveau, plus vite se développe la paralysie.
2° Les jeunes gens supportent mieux la commotion du cerveau que les personnes d'un certain âge.
3" La manifestation du dérangement intellectuel lors d'une lésion à la tète est très variée. Cela dépend des conditions individuelles de l'hérédité et des maladies antérieures telles que la syphilis, l'alcoolisme et autres.
4° L'instrument qui a porté le coup et occasionné la lésion ne joue pas un rôle important. Le coup est-il porté par un instrument obtus ou occasionné par une chute, peu importe. Tout dépend du degré de la commotion du cerveau.
5° L'hérédité joue un rôle moindre que l'alcoolisme ou la syphilis. Elle ne fait que favoriser le développement de l'état psychique, mais ne déterminera nullement l'issue fatale de la maladie.
6° La syphilis du cerveau masque considérablement les lésions traumatiques de la tète, et ses manifestations peuvent être prises facilement pour la paralysie traumatique progressive. Elle a peu
(rinlluence sur le cours de la maladie, surtout si on la combat par une médication antisyphilitique énergique.
7" La paralysie progressive se développe bien souvent d'une façon lente et sans que l'entourage du malade s'en aperçoive.
8° Le dérangement cérébral se manifeste, tantôt immédiatement à la suite d'une lésion, d'autres fois après un certain laps de temps, voire plusieurs années. Cela dépend de l'âge du malade et de la prédisposition organique créée par les maladies dont il a été atteint.
Les tableaux statistiques suivants sont empruntés au compte rendu de M. Lebedev.
Tableau I
Mouvement des nialades {section des officiers) de 1870 à 1891
Tableau II Classement des officiers d'après leur maladie de 1870 à 1881
MALADIES
2fi
ce
tH
Manie
Mélancolie
HallucinatioDïi ....
1 Vésanie
' Démence
i Paralysie progressive
Psycho-épilepsie . . .
1 Deliriuni tremens . .
Congestion vers la tétp . . .
Hypochondrie ....
Apoplexie
Pour examen
Chorée
Folie morale
' Méningite
Pachyniéningite . . .
Hydrophobie
; Tuberculose
Yuln. sclopet
Tableau III
Classement des officiers d'après leur maladie de 1882 à 1891
co
tH
MAL VDIES
ra
co
■tH
ri
Paranoïa aipiê et chronique .
Psycho-épilepsie. . .
1 Démence primitive. .
— secondaire.
Paralysie progressive
Lésions cérébrales organiques .
Congestion de la tête.
Imbécillité
Alcoolisme, ddirium tremens .
Pour examen
Neurasthénie cérébrale .
Folie morale
Intoxication
— Morphine. . .
— Opium . . . .
Lésions cérébrales ....
Tableau IV
Moxtvement des malades (section des simples soldats) de 1870 à 1891
Iti
l.Ti
Tableau V Classement des soldats d'après leur maladie de 1870 à 1881
MALADIES
oo
tH
ao
ao
Ti
lH
Manie
Mélancolie
Hallucinations . . . .
Yésanie
Démence
Paralysie progressive.
Psyclio-épilepsie . . .
Alcoolisme, delirium tremens .
Congestion de la tête.
Exaltation maniaque.
Hypochondrie . . . .
Imbécillité
Pour examen
Méningite
Paralysie agitans. . .
Maladies diverses . .
im|
■JG
Tableau VI
Classement des soldats d'après leur maladie de 188'2 à 1891
tO
es
tH
on
an
■rt
Manie
llj
Mélancolie
Paranoïa aiguë et chronique . . .
Psycho-épilcpsie
is
Démence primitive. . . .
— secondaire . . .
Paralysie progressive . .
Congestion de la tète. . .
Imbécillité
.\k'Oo!isme, delirium tremens . .
2ti
Pour examen
Chorée
Intoxication
Lésions cérébrales. . . .
Méningite
Neurasthénie cérébrale .
Le jour où nous avons visité l'asile militaire Saint-Nicolas, nous avons eu la bonne fortune de rencontrer M. le colonel Wassiliev, l'éminent architecte de rétablissement ; c'est lui qui, après en avoir dressé les plans, en a dirigé la construction. M. Wassiliev nous a fait les honneurs de sa maison avec la plus parfaite amabilité, depuis les sous-sols jusqu'aux combles. Nous lui renouvelons tous nos remerciements ainsi qu'aux distingués médecins de l'hôpital et en particulier à M. le D"" Lebedev.
L'heure était très avancée quand nous avons terminé notre longue visite ; aussi avons-nous volontiers accepté de partager avec le colonel Wassiliev le déjeuner des malades. Cela nous a permis de constater l'excellente qualité de la nourriture.