CHAPITRE VI
Asiles militaires
Contrairement à ce qui existe en France, en Russie, l'armée de terre et l'armée de mer possèdent des établissements spéciaux pour le traitement des aliénés militaires. A Cronstadt et à Nikolaïev, existent deux vastes hôpitaux pour la marine avec sections d'aliénés. Les grands hôpitaux pour l'armée de terre comprennent un quartier pour les maladies mentales. A Varsovie, il existe un asile consacré uniquement aux militaires. A Tachkento, dans l'Asie méridionale, on a ouvert en 1890 un asile d'aliénés pour l'armée du Sud. A Pétersbourg, il existe un grand asile militaire que nous avons visité et que nous allons décrire.
Tous les militaires qui deviennent aliénés, depuis les simples soldats jusqu'aux officiers généraux, sont envoyés dans les asiles militaires. Les soldats, quand la maladie mentale dont ils sont atteints est de celles qui ne guérissent pas ou qui durent longtemps, sont réformés immédiatement et envoyés dans l'asile civil de leur province natale. Quant aux officiers, on ne les présente à la commission de réforme qu'au bout de quatre mois au moins, le plus souvent au bout d'un
an. Quand ils sont réformés on leur alloue une pension et ils sont dirigés sur un asile civil. Exception est faite pour les officiers blessés dans un combat. Ceux-là sont conservés à l'asile militaire jusqu'à leur guérison ou jusqu'à leur mort.
La paralysie générale fait de grands ravages parmi les olliciers.
Les soldats qui sont frappés d'aliénation mentale sont surtout ceux qui ont deux ans de présence sous les drapeaux. On note surtout comme cause d'aliénation mentale : la rigueur du service militaire, le changement de vie et d'habitudes, la nostalgie.
De 25 à 30 ans, l'aliénation mentale se développe autant chez les simples soldats que chez les officiers. Il est à remarquer que les recrues sont aussi frappées en grand nombre. Certes la nostalgie y est pour quelque chose, mais c'est surtout dans le brusque changement d'existence de ces paysans, pour la plupart faibles d'esprit, uniquement habitués à faire paître leurs troupeaux, qu'il faut chercher la cause du mal. D'ailleurs les soldats atteints de nostalgie se rétablissent promptement par la promesse de retourner dans leurs foyers pour y passer leur convalescence.