‹ Les aliénés en RussieChapitre 66 sur 68 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En Russie, les établissements d'aliénés ne portent pas, comme en France, le nom d'asile, mais celui d'hôpital ; on les considère non comme des garderies à l'usage des gens incapables de vivre en liberté, mais comme des maisons de traitement pour les maladies mentales. Leur organisation répond à leur dénomination. L'élément administratif y est subordonné à l'élément médical (c'est un médecin-directeur qui conduit l'établissement avec l'aide d'un d'un comité de direction composé de tous les médecins). Les médecins sont nombreux proportionnément au nombre des malades (1 médecin pour 100 aliénés) : il en est de même des agents de tous ordres attachés au service des malades (1 pour 5\ 11 y a séparation entre les aliénés atteints de maladies aiguës et les chroniques, ces derniers étant placés soit dans des quartiers spéciaux, soit dans des colonies agricoles ou bien confiés au patronage familial.

Depuis quelques années on a construit en Russie de très beaux établissements pour les aliénés, tels les hôpitaux Alexéiev, Pokrovsk, Novosnamenski et le nouveau pavillon de l'hôpital Alexandre III près

do Pélorsbourp^, La Clinique psyf'liiAfrique de l'Académio militaire de la capitale et celle de l'Université de Moscou sont deux superbes édifices admirablement installés et organisés : en France, nous ne possédons rien de pareil. La Clinique de Moscou est le produit d'un don particulier: il n'est pas rare, en effet, de voir de riches cit03'ens mettre un orgueil patriotique à aider de leurs deniers des institutions scientifiques ou hospitalières.

Les médecins aliénistes russes sont instruits, laborieux, beaucoup polyglottes, très au courant de ce qui se fait et s'écrit à l'étranger. Le personnel secondaire comprend des surveillants et surveillantes aides-médecins qui sont d'excellents agents. Les gardiens et gardiennes seuls ne sont pas ce qu'ils devraient être; en nombre plus que suflisant, ils pèchent par la qualité ; mais, de ce côté encore, des efforts sérieux commencent à se faire. Quand la Russie aura constitué un bon corps de gardiens et gardiennes, elle pourra subir sans crainte la comparaison avec les autres pays au point de vue de l'assistance des aliénés. Elle est entrée un peu tard dans la voie du progrès, mais elle y marche à grands pas.

Fait bien digne de remarque : l'autocratique Russie jouit de l'autonomie provinciale et communale, au moins en ce qui concerne l'instruction et l'assistance publiques. Les Assemblées provinciales ou Zemstwos, analogues à nos Conseils généraux, et les Conseils municipaux des capitales ont dans leurs attributions, depuis 1864, le soin de pourvoir à l'instruction des habitants et à l'assistance de tous les malades. Et c'est précisément

depuis cette époque qu'out été réalisées de grandes réformes dans l'assistance publique et en particulier dans l'assistance des aliénés.

Un autre fait mérite d'être signalé. En Russie, on ne se contente pas d'améliorer constamment les conditions d'hospitalisation et de traitement des aliénés, on cherche encore à enrayer les progrès de la folie, en empêchant les aliénés de se marier et de procréer des êtres semblables à eux. Dès 1772, Pierre le Grand défendait aux fous d'entrer dans les liens du mariage, et encore aujourd'hui la loi russe dit : « Il est défendu de contracter mariage avec les imbéciles et les fous. Le mariage est nul quand une ou les deux parties contractantes étaient en état d'aliénation mentale. »

Au point de vue de la prophylaxie de la dégénérescence mentale, la Russie pourrait servir de modèle à bien des pays.

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