OUO
Riazan
Tambov
Poltava
Dans les asiles les plus récents le prix du lit varie de 200 à 220 roubles.
Nous verrons que pour les cliniques impériales des capitales on a dépensé des sommes considérables; on a pu les installer d'une façon hors ligne grâce aux dons volontaires de riches particuliers.
Dispositions générales
La tendance générale pour tous les asiles neufs est d'adopter le système des pavillons isolés. Même dans le Nord, malgré la longueur et la rigueur de l'hiver, on paraît renoncer à l'asile aggloméré avec galeries de communication fermées.
Les matériaux de construction généralement employés sont la brique et le bois avec revêtements de plâtre peint ou recouvert d'enduits spéciaux imperméables. Ces enduits, qui d'ailleurs sont également employés dans l'intérieur des locaux, résistent très bien, paraît-il, aux écarts cependant considérables de la température extérieure. La pierre de taille est rarement employée en raison de son prix très élevé.
Partout l'on s'attache à donner le plus possible aux malades, surtout aux tranquilles, l'illusion de la liberté. Peu de murs et de sauts de loups, mais des palissades à claire-voie par-dessus lesquelles la vue domine la campagne. A Nijni-Novgorod, par exemple, la vue plonge dans la vallée de la Volga; à Ékatérinoslav, dans celle du Dniepr. Les clairesvoies peu élevées sont employées même dans les asiles voisins des villes comme Poltava où l'on est obligé de placer des gardiens en permanence pour empêcher le public de stationner et de regarder les malades.
Les rez-de-chaussée sont comme chez nous autant que possible réservés aux agités, les tranquilles étant placés de préférence à l'étage supérieur. On s'attache à donner aux malades des salles de jour distinctes des dortoirs. Quand ces salles sont à des étages différents, c'est toujours au rez-de-chaussée
que se trouve la salle de réunion et le dortoir audessus. L'existence de locaux do jour et de nuit, utile partout, est indispensable en Russie ; en efîet, la rigueur de l'hiver ne permettant pas d'aérer une salle les malades y étant présents, avec des locaux doubles on peut aérer alternativement ceux qui sont inoccupés .
Les murs sont généralement peints à l'huile, rarement tapissés ; les menuiseries massives sont très employées grâce au prix minime du bois.
Les salles de gâteux sont généralement au rez-dechaussée ; le sol en est bitumé ou bien recouvert d'un parquet imprégné d'un enduit spécial imperméable.
Dans tous les asiles neufs on a renoncé aux grands dortoirs pour y substituer de petits dortoirs d'une, dizaine de lits et même des chambres de 5, 4 ou 2 lits.
Les cellules sont encore nombreuses, généralement recouvertes de boiseries, mais elles tendent à être délaissées par l'application du heithehandlung dont l'emploi, malgré le très grand nombre d'infirmiers qu'il exige, semble en voie de prévaloir dans l'esprit de la majorité des aliénistes russes. Quoi qu'il en soit, les chambres d'isolement sont dans quelques établissements trop petites et mal disposées (Kharkov, Kherson), mais dans les établissements plus récents elles sont beaucoup mieux. Quelquefois les cellules communiquent entre elles par des baies d'éclairage commun; c'est là une disposition justement critiquée par le D"" Arkangelski dans son rapport général sur les asiles russes. En effet, le bruit fait par un malade dans une cellule se propage trop facilement à la cellule voisine.
Dans la plupart des asiles il existe des jardins généralement assez vastes et même de grands parcs. De petits jardins sont souvent attenants aux cellules, comme à Kazan, Toula, Poltava, Tver. Quelquefois il n'y a qu'un jardin unique pour les malades tranquilles des deux sexes, comme en Ecosse où, on le sait, les hommes et les femmes se réunissent pour les offices, les repas, les jeux, concerts, bals et représentations théâtrales. 11 faut ajouter qu'en Russie comme en Ecosse, lorsque les malades des deux sexes jouissent d'un jardin commun, un personnel nombreux remplace la muraille élevée ailleurs.
Au cours de notre voyage, qui coïncidait avec un été caniculaire, nous avons trouvé en plusieurs endroits, dans les parcs, des baraquements et des tentes où l'on place les malades alités ou gâteux qui profitent ainsi du plein air tout en désencombrant les bâtiments. L'asile privé Goloubev, à Moscou, se transporte entièrement l'été à la campagne. A Nijni- Novgorod, nous avons même vu des piscines et des douches installées en plein air pour les malades occupant les baraquements.
A cause de la rigueur de l'hiver, partout il existe des doubles fenêtres, soit mobiles et se posant seulement dans la saison froide, soit à demeure ; les fenêtres extérieures sont alors à glissière et se relèvent l'été, soit complètement, soit en partie. Aux agités, les impostes des doubles fenêtres alternent au lieu de se correspondre, c'est-â-dire que si, par exemple, â la fenêtre extérieure l'imposte est à la partie supérieure, àlafenêtre extérieure, elle occupe la partie inférieure. Partout il y a tendance â remplacer les grilles des fenêtres par des vitres
épaisses ; dans les endroits où il y a encore des grilles on s'attache à les dissimuler le plus possible aux yeux des malades par les châssis des fenêtres.
Dans la plupart des asiles neufs il y a des laboratoires pour les recherches scientifiques.
Mobilier
Dans l'aménagement intérieur, on s'attache de plus en plus à enlever à l'asile son cachet d'hôpital. C'est ainsi qu'au point de vue du mobilier on recherche, non l'uniformité, mais la variété, de façon à donner aux pièces l'aspect d'une maison particulière. Dans certains* asiles on trouve même des meubles très élégants avec tapis et tentures.
On se sert beaucoup de la sciure de bois agglomérée (syllolit) pour faire les parquets et aussi certains meubles comme les tables et les sièges. Cette substance offre l'avantage d'avoir la résistance de la pierre, tout en possédant une certaine élasticité; elle ne s'altère point par l'humidité; enfin elle n'est pas aussi facilement combustible que le bois, ce qui est important dans un pays où la nécessité de chauffer pendant de longs mois rend plus grandes les chances d'incendie.
Dans beaucoup d'asiles, même dans les chambres d'isolement pour malades agités, il y a des meubles, mais alors ceux-ci sont fixés au plancher.
Les lits, le plus ordinairement en métal ou en métal et en bois, sont bas et étroits; munis d'un seul matelas en crin ou en fibres végétales, ils sont très durs. Les lits étroits et durs sont d'ailleurs à peu
près les seuls en usage en Russie, même clans les intérieurs les plus confortables.
Les lits sont pourvus de draps et de couvertures également très étroits comme partout en Russie.
Pour les malades malpropres, l'enveloppe des matelas est tantôt en forte toile peinte à l'huile et imperméable, tantôt en cuir mince ; le centre du matelas est percé d'un trou pour l'écoulement des liquides dans un vase mobile placé au-dessous.
La vaisselle pour les malades indigents ressemble beaucoup à celle en usage dans le peuple et l'armée ; c'est le plus souvent, dans les asiles de province, des vaisseaux en bois peints en rouge avec des arabesques noir ou or. Avec cela une cuillère en bois assortie au plat et une tasse en terre ou en faïence pour la boisson.
Chauffage
Dans les anciens asiles, le chauffage se fait au bois, à l'aide de poêles hollandais, généralement placés dans l'épaisseur des murs; le foyer à flamme visible donne de la gaieté dans les pièces ; mais ce petit avantage est compensé par un grand nombre d'inconvénients.
D'abord il faut user une grande quantité de bois pour obtenir dans les appartements un degré de chaleur suffisant ; ensuite les bûches étant à portée des malades, ceux-ci peuvent s'en servir comme armes ; d'autre part, si les murs sont épais, le chauffage se fait mal; s'ils sont minces, les malades violents peuvent les démolir ; enfui les poêles donnent aux murs une grande résonance, ce qui nuit à la tranquillité des quartiers.
Dans les nouveaux asiles, le chauffage se fait, soit à l'eau chaude ou à la vapeur, soit à l'aide de calorifères. Dans ce dernier cas, on a la précaution constante, pour éviter les inconvénients multiples de la sécheresse de Fatmosphère, de rendre l'air humide. On obtient ce résultat en faisant passer l'air sur de grands réservoirs d'eau^ grâce à une disposition particulière des appareils.
Dans la crainte d'une avarie aux appareils pour le chauffage par l'eau, la vapeur ou l'air, dans certains asiles on possède concurremment des poêles hollandais ; on peut ainsi en toute occurrence lutter contre le froid.
Éclairage
Le Caucase fournissant du pétrole en abondance, cette huile minérale est très employée pour l'éclairage des établissements, surtout dans le Sud, en raison de la modicité de son prix. Quelques asiles et quelques quartiers d'hospice situés dans les villes sont éclairés au gaz ; mais la tendance générale est de substituer l'électricité aux autres moyens d'éclairage ; plusieurs asiles nouvellement construits sont pourvus de la lumière électrique, tels sont ceux de Novosnamonski près de Pétersbourg, de Pokrovsk dans la* grande banlieue de Moscou, de Tworki près de Varsovie. Dans ces grands établissements où il y a de vastes surfaces à éclairer, la lumière électrique est indispensable et coûte moins cher que les autres modes d'éclairage. Parfois, comme à Tworki, l'électricité sort on outre à la ventilation.
Dans les asiles où l'on emploie encore le pétrole et cela depuis de longues années, on n'a pas constaté
que son usage présentât de danger ni môme d'inconvénients, malgré la grande combustibilité des bâtiments. C'est là un fait à remarquer.
Bains
Le service des bains est assez bien organisé dans la plupart des asiles. Le plus défectueux que nous ayons rencontré est celui de l'hôpital Bonifratry, à Varsovie, mais cet établissement devait prochainement disparaître.
On fait un grand usage des bains; les malades en prennent tous les trois ou quatre jours.
Presque partout il existe une salle de bains dans chaque section, de même que des lavabos et des water-closets : cela pour éviter que les malades se refroidissent à la sortie du bain, ce qui n'aurait pas manqué d'arriver s'ils avaient été obligés de prendre les bains dans un local central plus ou moins éloigné.
Le sol des salles de bains, comme celui des lavabos et des water-closets, est en général en asphalte. Les baignoires, souvent à demi enfoncées dans lesol,sont soit en bois avec revêtement de cuir, soit en grès ou en fonte émaillée.
Naturellement, dans quelques asiles, par exemple l'asile militaire de Pétersbourg, on trouve les bciins russes, mais pas aussi fréquemment qu'on pourrait le supposer à priori, en raison de leur usage si répandu dans la population. On sait ce qu'on appelle le bain russe. 11 consiste essentiellement en une étuve humide, grande salle dans laquelle sont disposés des gradins permettant au baigneur de se mettre en contact avec de la vapeur d'eau plus ou moins chaude suivant le degré sur lequel il se place. A
côté de l'étiive se trouvent deux salles : dans l'une, le baigneur entre dans une piscine dont l'eau est plus ou moins froide ou plus habituellement il reçoit une douche en pluie généralement froide; dans l'autre pièce, le baigneur se fait frictionner ou simplement se repose quelque temps avant de retourner à l'air libre.
Les installations hydrothérapiques des asiles sont généralement des plus simples. Les pratiques hj'drothérapiques se bornent aux douches en pluie, aux aspersions froides, à l'enveloppement dans le drap mouillé.
D'une façon générale la robinetterie est à clef, ce qui empêche le malade d'avoir l'eau chaude à sa disposition. Les hydro-mélangeurs dits suédois sont employés dans quelques asiles. Les couvercles en métal, en bois ou en toile pour les baignoires, sont d'un usage très rare ; on remplace les moyens de contention pour les malades qui ne veulent pas rester au bain par les bras des gardiens qui sont en nombre suffisant pour cela.
Eau
Tant pour les bains que pour les services de buanderie et autres usages, les asiles russes consomment une quantité d'eau considérable, été comme hiver; c'est ainsi qu'à Tver, pour .300 malades, on dépense quotidiennement plus de 2,000 seaux d'eau, sans compter le service de la ferme. Aux jours de bains et de buanderie, cette consommation atteint 5,000 seaux.
A Novgorod, pour 160 malades, on compte 1,200 seaux d'eau par jour; le triple les jours de bains.
A Tambov, par section de 100 malades, on prévoit 40 bains quotidiens.
A Kazaii, 50 bains et 4,000 seaux d'eau par 200 malades et par jour.
A Pétersbourg (Alexandre 111), 1,500 seaux par jour pour 240 malades.
A Toula, Kharkov, Poltava, les chiffres sont moindres, mais reconnus insuffisants. Si l'on évalue approximativement le seau à 10 litres, nous trouvons une moyenne d'eau, par tête de malade, de 250 litres environ par jour, non compris l'eau des services généraux de la buanderie, de la ferme, etc.
En raison de la combustibilité des matériaux de construction et de la multiplicité des foyers de chauffage, le service d'incendie est particulièrement bien organisé. On trouve de grands réservoirs, de nombreuses bouches d'incendie ; dans certains asiles comme Bourachev il existe aux différents étages des armoires contenant des tuyaux et des agrès ; elles sont placées à une certaine hauteur, hors de portée des malades, parfois accessibles seulement par des échelettes.
"Water-closets
Presque partout les water-closets sont à chasse d'eau, mais intermittente ou automatique. Tantôt le déclanchement de la chasse est commandé par la porte des cabinets, tantôt par le poids môme du malade sur le siège (Tver, Novgorod, Poltava).
A Kharkov et Saratov^ un gardien à l'aide d'une clef fait fonctionner périodiquement la chasse. A Pétersbourg, c'est à l'aide d'une pédale; mais, au lieu d'employer le système mécanique sujet à dérangement, on charge un gardien spécial du nettoyage
et de la surveillance des cabinets dont il conserve la clef.
Le tout à l'égont existe dans beaucoup d'asiles, surtout dans les asiles urbains (Nijni-Novgorod, Ékatérinoslav). D'autres fois il existe un système d'égout pour l'asile môme avec canalisation en bois. Souvent, pour éviter les gelées, dans les asiles ruraux, on emploie les dépotoirs : les matières solides sont utilisées pour la culture et les liquides versés dans des puits perdus, ou épandus.
Enfin, dans d'autres asiles, comme Pokrovsk, près de Moscou, on fait l'épandage.