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III. — LES MALADES

Sommaire. — Formalités pour rinternement. — Statistique des entrées. — Frais d'assistance. — Vêtements. — Régime alimentaire. — Emploi de la journée : lever, coucher, repas, distractions, travail, pécule. — Traitement.

Internement des aliénés

Pour interner un aliéné dans un asile public ou dans une maison de santé particulière, il sulïit, d'après la loi russe, que le médecin de l'établissement constate son état d'aliénation mentale et la nécessité de le traiter.

L'aliéné peut se placer lui-même ; mais, le plus souvent, à moins qu'on le reconnaisse dangereux, on le refuse. Généralement ce sont les parents qui

conduisent le malade et font la demande de placement.

Les individus arrêtés dans la rue et supposés atteints d'aliénation mentale sont conduits directement dans un asile ; le médecin refuse de les recevoir s'il ne les juge pas aliénés.

Lorsqu'il s'agit d'un aliéné dangereux ou ayant commis un crime ou délit, on l'envoie au dépôt de police qui existe dans chaque ville et qui reçoit également les ivrognes et les malfaiteurs; de là, il est dirigé sur un asile.

Dans les campagnes, les parents qui désirent placer un malade s'adressent au médecin du Zemstwo de leur circonscription (il est bon de noter que la Russie a depuis trente ans l'assistance médicale gratuite dans les campagnes ; dans toutes les provinces ayant un Zemstwo, chaque district possède de trois à dix médecins résidant dans la campagne, ayant généralement un petit hôpital de 5 à 15 lits et visitant les malades dans une circonscription de 20 à 50 kilomètres de rayon).

Au reçu de la demande adressée par la famille, le médecin du Zemstwo remplit une feuille ad hoc et l'envoie au médecin-directeur de l'asile qui décide s'il y a lieu d'admettre le malade et fait connaître sa décision au médecin du Zemstwo.

Les administrations locales exigent certaines conditions pour l'admission des aliénés, mais ce sont là de simples mesures administratives. Elles ont pour but, soit d'éviter l'entrée d'un aliéné d'un autre gouvernement que celui auquel appartient l'asile, soit d'éviter l'encombrement par des aliénés inoffensifs. Somme toute, c'est le médecin-directeur de l'asile qui est toujours juge de la nécessité du placement.

Dans les vingt-quatre heures qui suivent l'entrée^ le m<Mlecin-(lirecteur doit envoj'er un rap])ort au médecin-inspecteur du gouvernement. Quand il s'agit d'un placement dans une maison de santé particulière, la police fait une enquête secrète.

Tout médecin-directeur d'une maison d'aliénés doit envoyer chaque mois au médecin du gouvernement la liste de ses malades et chaque année un rapport. Ce n'est qu'exceptionnellement que le médecin-inspecteur vient à l'asile.

Le 7nédecin-inspecteur du gouvernement est un fonctionnaire qui exerce un contrôle sur tout ce qui touche à la médecine dans le gouvernement ou province; il peut étendre son contrôle aux médecins dans leur clientèle. En pratique, il ne contrôle effectivement que les pharmacies qui sont en Russie de véritables charges comme en France les études de notaire, par exemple. Le nombre des pharmacies est proportionnel à celui des habitants; le prix des médicaments est tarifé.

Sortie. — Les malades sortent quand ils sont guéris ou quand la famille réclame leur sortie. En Russie, l'internement des aliénés,,, même des aliénés dangereux, n'étant pas obligatoire (c'est là le fondement de la loi), le médecin ne peut pas refuser la sortie d'un malade réclamé par sa famille, même quand celui-ci est dangereux; c'est la famille et non le médecin qui prend la responsabilité de la mise en liberté.

Au moment de la sortie d'un malade, le médecindirecteur de l'établissement prévient le médecininspecteur.

Comme le médecin-inspecteur, le médecin de la

police peut visiter les asiles; il en est de même du procureur.

Dans certaines provinces, si le malade admis ne guérit pas et devient tranquille, il est renvoyé dans sa famille, laquelle, en cas d'indigence, reçoit une subvention du Zemstwo (jusqu'à cinq roubles par mois); c'est le médecin du Zemstwo de la localité qui distribue ces secours et qui contrôle leur emploi et visite le malade. C'est l'assistance à domicile, le secours représentatif.

Quand il y a lieu, on nomme à l'aliéné un tuteur. Chaque classe d'habitants en Russie : nobles, marchands, etc., élit une sorte de conseil chargé de la représenter. C'est ce conseil qui nomme le tuteur des aliénés avec l'aide d'un représentant de la justice et du médecin de l'administration.

statistique des entrées

Les Zemstwos hospitalisent aujourd'hui quatre fois plus d'aliénés que ne le faisaient les Comités de charité publique; mais cela est encore insufhsant. En effet, d'après la dernière statistique fournie par le département médical du Ministère de l'intérieur, il y a plus de 40,000 aliénés en Russie. Or, il résulte des calculs du docteur Ragozine que 75 7o de ces aliénés sont dangereux pour la sécurité publique, soit 30,000 ; de ce nombre, 18,000 seulement sont hospitalisés.

Dans ce chiffre, le nombre des hommes est à celui des femmes comme 64,4 est à 38,6.

Le tableau suivant, emprunté à Arkangelski, montre la progression croissante des entrées dans

quelques asiles pendant une période de douze ans (de 1864 à 1886) :

Tver

reçoit en 18&i : iO malades; en 1886 : 300, donc 7,7 fois plus.

Novfrorod

Saratov

Tambov

Riazan

Toula

Kharkov

Poltava

Kherson

Simféropol

Si on examine la durée de l'internement des malades dans les asiles fermés, on trouve la moyenne suivante :

7 , 5 "/o sont internés depuis .

])lus de 10 ans.

5 ans 1/2 à 10 ans.

1 an 1/2 à 5 ans 1/2. moins de 1 an 1/2.

Dans cette statistique n'entrent pas les asiles pourvus de services de chroniques.

Le tableau suivant montre la proportion des malades qui, passés de l'état aigu à l'état chronique, restent chaque année à la charge des asiles où ils s'accumulent.

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