SENS
de médecine légale psychiatrique et d'anthropologie criminelle. Il existe à Java deux asiles et une succursale provisoire, en allendant l'achèvement du second asile. L'asile de Buitenzorg date de ISST : il peul recevoir 300 malades : le second asile est à Lawang où 11 a été commencé en 1902. Ces deux établissements comprennent des colonies agricoles. Enfin, la succursale est à Soerabia. Les trois établissements reçoivent des Européens el des indigènes. Ils sont construits sur le type pavillonnaire, les fenêtres sont grillées, mais uniquement pour permettre de les laisser ouvertes toutes la nuit. Jamais aucun moyen de coercilion n'est mis en œuvre, et Jamais aucun accident ne s’est produit par suite de l'emploi de ce système.
La loi hollandaise prévoit aussi l'existence d'établisscments privés.
Il y à tout un corps organisé de médecins des asiles; en outre, des magistrats sont chargés de la surveillance au point de vue Juridique.
On peut voir que rien n'a été omis dans la colonie hollandaise et que ses élablissements sont au courant des derniers progrès.
En se rapprochant un peu el en laissant ces colonies lointaines, avant de passer à l'étude des aliénés en Egypte, 1l est intéressant de regarder rapidement où en est la question en Turquie.
Là, on trouve tous les modes d'assistance : depuis la prison avec les chaînes, Jusqu'à l'asile, tel qu'il est conçu actuellement.
Ainsi, d'après À, Marie, au Liban, dans le couvent de
n'Ue
Kuzheya, aux portes de Beyrouth, on emploie encore un traitement qu'on y employait déjà au moyen âge : le malade suspect d'aliénalion mentale est conduit sous un arc de pierre, à l'entrée de la vallée où est construit le monastère. Le portique est surmonté d'une croix. Si le malade se trouble et S'agile en passant sous elle : c'est l'indice de la possession, el, vite, le malade est conduit, nu, dans une caverne sombre et humide. : là, c'est l'exorcisme, avec tout son appareil tragique !
En 1898, les Anglais ont fondé près de Beyrouth, le Lebanon Hospital jor the insane, où entrent environ cinquante malades par an. Le D° A. Marie déplore, très justement que la France ait manqué à ses devoirs, dans ce pays d'influence où elle a encore une Faculté de médecine !
À Jérusalem, ce sont les Russes qui ont fondé un petit quartier d'asile de 22 lits pour les femmes. « Il serait urgent, dit À. Marie, d'établir un quartier d'hommes : ce serait là une imilialive à prendre pour les médecins français. » Nous livrons cetle idée à notre excellent ami le D' Drouillard, médecin du Consulat Français et de Fhôpital Saint-Louis, à Jérusalem.
D'autres villes turques encore possèdent quelques quartiers pour aliénés dans les hôpitaux généraux : tous les lraitements sont appliqués, souvent, hélas les chai-
nes sont encore les seules employées.
De" LévPTE,
On a vu, au chapitre premier, que l'existence d'élablissements réservés aux aliénés est de date très ancrenne
en Egypte. L'assistance des aliénés ses développée se-
IG lon les idées modernes depuis l'établissement du régime anglais en Egypte. L'assistance est véritablement organisée en ce qui concerne le point particulier qui nous occupe.
Les malades atteints d'aliénation mentale n'ont pas moins de trois établissements spéciaux. Il y a en Egypte un asile à Abbassia, un autre en construction à Khanka et, pour les aliénés criminels, un bâtiment annexe à la prison de Tourah. Ces trois hôpitaux pourront loger près de quinze cents malades pour une population que l'on peut évaluer approximalivement à dix millions d'âmes.
Auguste Marie a publié, dans la Revue philanthropique et dans la Presse médicale des articles concernant l'asile d'Abbassia : nous lui ferons de larges emprunts. Nous devons d'autres renseignements de fraiche date à l'obligeance de M. de Chamberet, secrétaire d'ambassade, que nous avons vu à son relour d'une mission en Egypte pour le compte du gouvernement tunisien (1908) el qui à bien voulu nous communiquer les pages intéressantes de son rapport. Nous tenons à le remercier ici de son extrême obligeance.
L'asile d'Abbassia existe depuis très longtemps ; il a été réorganisé depuis IS95. Il est installé dans l’ancien palais d'Tbrahim Pacha. Depuis deux ans,on a annexé les bâtiments voisins d'un ancien hôpital militaire égyptien. Ainsi installé, l'asile d'Abbassia comprend 812 lits, dont 140 pour les hommes et 372 pour les femmes. Les malades hospitalisés sont des indigènes et des Européens. Les indigènes sont les plus nombreux et, suivant Marie, occupent 65 p. 100 des places. Dans le rapport officiel de l'asile, pour 1906, du D° Warnock, le nombre des
malades pendant l'année est de 750. En 1907, il a été porté à 896.
Les pensionnaires européens de l'asile sont à part, cantonnés dans des chambres d'isolement plus récemment construites. « Les sections réservées aux inüigènes, dit Auguste Marie, sont des plus simples. Toutes au rez-de-chaussée, dallées ou carrelées, donnant en général de plain-pied sur le jardin intérieur, suivant une disposition qui rappelle assez la maison arabe privée.
« Les chambres d'isolement sont échelonnées sous un préau couvert, avec la natte et alcôve pour le coucher ; le jardin est planté d'eucalyptus bas et sillonné de ruisselets d'irrigation.
« Chaque chambre a le cubage normal de 30 mètres cubes environ, avec parois enduites de ciment à hauteur d'homme ; une fenêtre et une porte face au jardin. L’absence de toit visible et la disposition en terrasse achèvent de donner l'aspect des maisonnettes arabes privées. La longue chemise flottante et le bonnet rouge sont le costume général des pensionnaires. »
Le personnel de l'asile comprend un médecin-directeur, le D' Warnock, un médecin sous-directeur : tous deux appartiennent au corps des médecins aliénistes d'Australie. Il y a, d'autre part, cinq médecins adjoints, qui sont des indigènes, parlant l'arabe, et qui ont fait leurs études médicales, soit au Caire, soit à Beyrouth. Le personnel infirmier a à sa têle une directrice qui est une nurse anglaise ; le mari de cette femme est l'économe de l'établissement. Tout le reste du personnel es indigène (ce dont se plaint le D° Warnock, nous à dit
M. de Chamberet).
De
I y a plusieurs classes de malades à lasile. Certains pensionnaires paient dix el cinq francs par Jour.
Les malades sont occupés à différents travaux :! vannerie, cordonnerie, etc...
Le prix de journée du malade, déduction faite des recettes dues aux malades payants et à la vente des objets fabriqués à l'asile, est de.2 fr. 27 environ.
En treize ans, depuis que le D° Warnock est à la têle de l'asile d'Abbassia, il a vu passer 7.550 malades 1.000 malades sont morts pendant le même temps, ce qui fait une mortalité globale de 13,25 p. 100. Mais la morlalité était beaucoup plus grande au début de 1895 : depus que les amélioralions ont été apportées, la morta-
lité s'est abaissée de 30 à 95 p. 100.
80 ou 90 alhiénés criminels sont hospitalisés à l'annexe de la prison de Tourah. Is seront, à l'avenir, probablement hospitalisés à Abbassia, quand l'asile de Khanka
sera ouvert.
Ce dernier, en construction, sera terminé en 1910 et contiendra 600 lits. Il occupe une superficie de 170 heclares. Il est situé dans la campagne, et sera réuni au Caire par un tramway électrique spécial.
L'asile de Khanka recevra des malades chroniques et lranquilles, des convalescents. On n'y hospitalisera jamais d'alilénés criminels. Aucun malade ne rentrera direclement à Khanka, tous seront envoyés d'Abbassia, où ls passeront un temps plus où moins long en observalon, De même, les malades qui, hospitalisés à l'asile de
Khanka, présenteront des accidents aigus : crises déli-
TE rantes, accès de manie ou de mélancolie, ete. seront renvoyés à l'asile d'Abbassia.
L'asile de Khanka sera donc surtout un asile pour malades chroniques. Ils seront occupés à des travaux agricoles. Sur l'immense élendue de l'asile, de nombreux terrains sont destinés à la culture : il y aura donc 1à une véritable colonie agricole.
Ces trois établissements, qui formeront un total de pres de quinze cents lits, sont les seuls de toute l'Egypte et suffisent à assister les aliénés. Comme on l'a vu, ce sont surtout des Musulmans : quant aux Européens, ce sont des Anglais, des Anglo-Maltais, ou des étrangers. Ces derniers sont également admis dans les différents asiles, mais à la condition que leurs consuls s'engagent à supporter les frais de séjour. Certains Maltais, d'autre part, sont dirigés par le gouvernement britannique sur l'asile d’aliénés qui existe dans l'île de Malte.
Enfin, il existe en Egypte toute une législation concernant les aliénés, [ls entrent à l'asile avec un rapport détaillé de la police el un certificat médical. Beaucoup viennent des hôpitaux généraux, et c'est le gouverneur de Ja province correspondante qui, seul. a le droit d'ordonner le placement d'un malade à l'asile. L'alhéné, dans l'asile, est encore l'objet d'une législahion qui a pour bul d'empêcher l'internement arbitraire et de protéger les biens des malades.
Une nouvelle loi, paraît-il, est à l'étude et sera incessamment promulguée pour apporter certaines modifications au sort actuel des aliénés.
En somme.. l'assistance des aliénés est véritablement organisée en Egypte, et un fait sur lequel il faut attirer l'attention, c'est que la plus grande partie des individus qui-forrnent la clientèle de l'asile, plus des deux tiers sont dés Musulmañs semblables à ceux de la Tunisie, et auxquéls on est parfaitement arrivé à faire accepter la conceplion moderne de l'assistance des aliénés.