RÉSUMÉ GÉNÉRAL ET CONCLUSIONS
La diversité des races, dés mœurs et des mentalités, que l'on rencontre en Tunisie, donne au problème de l'aliénation mentale un intérêt très puissant et fournirait matière à un très intéressant chapitre de pathologie méntale comparée : malheureusement rien n existe encore qui permette cette étude comparative. Il est même très difficile de se faire une idée approximative de la fréquence et des variétés de l'aliénation mentale dans les différentes races.
Les psychoses aiguës sont assez rares chez les Musulmans ; on y observe surtout des délires chroniques, des intoxications par le kif : peu de paralysies générales, peu de psychoses alcooliques.
Les Israélites ont des tendances psychopathiques beaucoup plus marquées ; les états constitutionnels sont fréquents, dus à l'hérédité nerveuse, à la consanguimité.
L'Européen est souvent éprouvé au point de vue mental, par le climat, l'alcoolisme et le paludisme.
L'assistance aux aliénés n’a Jamais été entreprise scientifiquement ni rationnellement en Tunisie.
Cela tient d'abord aux conceptions très différentes que chaque race se fait de l’aliénation mentale.
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Pour le Musulman, l'aliéné est un être sacré que l'on vénère et dont on respecte religieusement la hberté, sil est tranquille : s'il est agité, on l'enchaîne.
Les Israélites ont une notion plus exacte de laliéné ils tendent à le considérer comme un malade et sont très empressés à le soigner. C'est du reste un trait de leur caractère social que leur dévouement et leur assistance aux malades.
Jusqu'à présent, aucune tentative sérieuse d'assistance aux aliénés n'a été entreprise en Tunisie.
Dans le monde indigène on signale bien des établissements remontant au vu siècle. L'hôpital Sadiki fut longtemps un asile de fous, dont les cabanons et les chaines sont passés à l'état de légende. La réorganisation de lhôpital Sadiki n'a pas amélioré la situation des aliénés qui ont été relégués dans un bâtiment, la Tékia, mauvais entrepôt, notoirement imsulfisant, el sans organisation médicale sérieuse.
Les Israëéliles S'efforcent de pratiquer le secours pécuniaire à domicile, mais leurs aliénés pauvres restent dans de bien mauvaises conditions matérielles et sans secours médical.
Le régime des aliénés jrançais en Tunisie est déplorable : on n'a jamais abordé franchement le problème et on n'a eu recours, jusqu'à présent, qu'à des solutions de lortune assez boiteuses. On emploie encore le procédé humain et dispendieux du rapatriement : les aliénés lrançais de Tunisie ont droit à 13 lits à l'asile Saint- Pierre, de Marseille. En attendant leur transport, ils sont relégués dans un pavillon de FHôpital Civil Français,
conçu dans le plus odieux esprit pénitentiaire et où les sexes ne sont même pas séparés ! Les [aliens envoient leurs aliénés dans les manicomes de leur patrie.
Les Anglo-Mallais usent partois du pavillon de F'Hopital Français.
Au point de vue légal, l'aliéné français est ignoré : la loi de 1838 n'étant pas promulguée en Tunisie, aucun reglement, aucun décret ne fixe leur situation.
Les législations musulmane el israëlile S'occupent de l'aliéné pour l'interdire : chez les Musulmans le certificat médical n'a aucune valeur. D'autre part, l'aliéné musulman peut être conduit à la Tékia par la police et le mé-
decin est seul juge de sa sortie ou de son maintien.
Une rélorme el une organisation sont nécessaires dans l'assistance des aliénés en Tunisie.
Il faut prévoir deux lignes d'assistance
1° Une première ligne conçue dans l'esprit hôpital recevant tous les cas de délires au début, servant à la fois de poste d'observation et de triage, et de service de traitement pour les cas reconnus rapidement curables.
Tel sera le pavillon, actuellement en construction, à l'Hôpital Civil Français de Tunis, sur la demande et Tes données du D° Porot, pavillon de 25 lits, conçu d'après les données thérapeutiques modernes el dont nous donnons le plan.
Il faudrait lui donner une petite réplique et faire un poste d'observation et de traitement pour les Musulmans.
2 Une seconde ligne d'assistance conçue dans l'esprit hospice où seraient placés les aliénés chroniques ou curables à longue échéance.
La nécessité de fonder à bref délai un asile d'ahénés aux portes de Tunis s'impose. Cet asile doit être prévu pour 2 à 300 lits et être international. La diversité des races à hospitaliser permettra de réaliser le système de la segmentation par pavillons, si désirable pour les asiles.
Pour ce faire, le Gouvernement Tunisien devrait s’inspirer de ce qui existe en Egvpte, où l'assistance est très bien faite et les œuvres d'assistance aux aliénés très bien venues.
Des mesures doivent être prises pour réglementer l'entrée des aliénés dans les pavillons qui leur sont destinés.
Aux mainliens temporaires nécessités pour certains cas, doivent correspondre des pouvoirs temporaires attribués au médecin traitant, par décret du Gouvernement Tunisien.
Une commission mixte de médecins et de juristes doit être nommée pour préparer le statut des aliénés, suivant la race et la législation, en prévision du jour où la Tunisie aura son asile international.
Nu:
Le Président de la Thèse,
Vu : LANNOIS.
Le Doyen, L. HUGOUNENOQ.