MOREL
La question du danger ou de l’innocuité des alliances consanguines, chez l’homme et chez les animaux, a été très souvent discutée, et elle est loin d’être encore scientifiquement résolue. De nombreux documents ont été accumulés sur ce sujet, et ces documents tendent, selon nous, à confirmer pleinement l'antique opinion du danger de ces unions consanguines, principalement dans l'espèce humaine. Mais une opposition ardente et convaincue s'est élevée, dans ces dernières années, contre ce dogme généralement accepté jusque-là par les législations, l'hygiène et la pathologie générale de tous les temps.
Cette opinion nouvelle, qui s’est produite principalement au sein de la Société d'anthropologie de Paris, a été défendue avec talent par plusieurs argumentateurs habiles ; ils ne sont pas parvenus sans doute à détruire la foi générale des médecins et des savants, qui persistent encore à voir un danger réel dans les unions consanguines ; mais ils ont contribué à mieux faire comprendre les difficultés et la complexité d’une question qui paraissait plus simple au premier abord ; ils ont prouvé que les affirmations de leurs adversaires ne reposaient pas toujours sur des preuves assez nombreuses ni assez solides ; ils ont mieux dégagé les divers éléments que l’on tend à confondre dans l’examen de ce problème; enfin, ils ont mieux précisé à la fois les difficultés que l’on peut rencontrer et les moyens que l’on doit employer pour arriver à sa solution scientifique.
Dans cet état de choses, il nous a semblé utile et intéressant de résumer dans ce travail les arguments et les preuves mis en avant par les partisans comme par les adversaires des unions consanguines,
(1) Extrait des Archives générales de médecine, février 1865 et suivants.
et de chercher à déduire de cet exposé les principes qui pourraient servir de guides pour arriver enfin à se prononcer avec quelque certitude au milieu de ces opinions divergentes.
Dans une première partie nous exposerons l’état actuel de Ja question et nous réserverons pour une seconde partie l’appréciation des preuves apportées dans le débat par les partisans et par les adversaires de la consanguinité.