‹ Les aliénés voyageursChapitre 18 sur 21 · II · texte numérisé non relu

II

avec les hypnotiques suggérés des quels il paraît le plus se rapprocher.

Avant de clore cette longue observation, nous ne pouvons oublier que ce pauvre garçon a subi la peine des travaux publics. Nous avons voulu nous renseigner, et nous avons appris que le conseil de guerre devant lequel il était passé avait à peine pris le temps d’écouter son avocat, qui demandait l’acquittement à raison des bons antécédents et surtout des fugues antérieures. L’instruction de l’affaire avait été plus que sommaire. Albert avait déserté deux fois, était-il besoin d’en savoir davantage ? Le code militaire n’y regarde pas de si près. Pourtant, le conseil avant de rendre son jugement fit sortir Albert de la salle. On examina le cas. Ce fut vite fait. Dans le doute, au lieu de s’abstenir, on établit une cote mal taillée, et il fut condamné à trois ans de travaux publics. Il alla donc coucher sur l’alfa, en Afrique ; mais ses notes furent si bonnes, qu’au bout d’un an et demi, n’ayant encouru la moindre punition, il fut gracié et réformé pour perforation du tympan de l’oreille gauche. Quand nous songeons à la vie accidentée qu’a menée ce pauvre garçon et à la quantité de fois qu’il a eu affaire à la justice qui le mettait régulièrement en prison, nous ne pouvons nous empêcher de protester contre la superbe et criminelle nullité du magistrat qui s’écriait : « Qu’avons-nous besoin du secours de la médecine pour apprécier les désordres de l’intelligence ? Si la folie est évidente, tout homme peut la reconnaître à ses extravagances ou à ses fureurs ,* s’il y a doute, ce doute existe également pour le médecin ! (i). »

C’est la morale que nous voulons tirer de notre thèse.

(i) Du degré de compéte 7 ice du médecin dans les questions judiciaires relatives aux aliénations mentales; Paris, 1830.

Page 1