‹ Les aliénés voyageursChapitre 2 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Un matin du mois de juillet de l’année dernière, étant entré dans le service de clinique de notre maître M. le professeur Pitres, nous aperçûmes un jeune homme de vingt-six ans environ, pleurant et se désolant sur son lit d’hôpital. Il arrivait d’un long voyage fait à pied, il était fatigué, mais la fatigue n’était pas la cause de ses larmes. Il ne pouvait s’empêcher de partir quand le besoin l’en prenait; alors saisi, captivé par un désir impérieux, il quittait famille, travail, habitudes et allait tout à coup devant lui, marchant vite, faisant 70 kilomètres à pied dans la journée, jusqu’à ce qu’enfin il fût arrêté comme vagabond et mis en prison. Ce cas nous parut tellement intéressant que nous demandâmes à notre ami M. Bombart, élève du service, qui avait déjà noté les voyages qu’avait accomplis ce jeune homme, de vouloir bien nous laisser continuer de prendre cette observation. 11 le fit de la meilleure grâce du monde, nous tenons à l’en remercier au commencement de ce travail. Et voilà d’où vient notre thèse. A ce propos, il nous a paru intéressant de rechercher dans la science quelques cas de fugues ou de voyages et de les grouper autour de cette observation, afin de pouvoir établir un diagnostic à l’égard d'un malade qui nous a laissé assez perplexe.

Avant d’entrer dans le sujet, qu’il nous soit permis de jeter

un regard en arrière, et considérant le chemin parcouru en compagnie de nos maîtres qui ont daigné devenir nos amis, de les remercier de l’appui qu’ils nous ont accordé dans le cours de nos études médicales.

Que M. le professeur Pitres veuille bien agréer toute notre reconnaissance pour l’honneur qu’il a bien voulu nous faire en acceptant la présidence de notre travail inaugural. Nous avons trouvé auprès de notre maître la science qui nous a éclairé, la méthode qui nous a guidé et la sympathie qui nous a soutenu. C’est pour nous un doux souvenir de nous rappeler que M. le professeur Picot a guidé nos premiers pas au seuil de nos études scientifiques et qu’il voulut rester notre ami. Que M. le professeur Denucé, doyen honoraire, daigne agréer l’hommage de notre profonde gratitude pour les encouragements qu’il nous a prodigués, et l’intérêt tout particulier dont il nous honora dans nos moments de lutte. Nous ne saurions oublier que M. le professeur de philosophie, M. Espinas, a bien voulu nous conseiller au courant de ce travail, qu’il veuille bien accepter nos remercîments, que nous présentons au même titre à MM. les docteurs Régis et Reuss, ainsi qu’à notre ami le docteur Lichtwitz.

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