‹ Les aliments d'épargneChapitre 112 sur 146 · ALCOOL, CAFÉINE, THÉINE ET COCAÏNE · texte numérisé non relu

ALCOOL, CAFÉINE, THÉINE ET COCAÏNE

nerveux. Ainsi, quand on étudie soigneusement ces effets, on ne tarde pas à s'apercevoir que, tout en ayant une intluencc commune sur l'appareil cérébral, chacune de ces boissons possède une sorte de spécialité d'action vis-à-vis des diverses parties du système nerveux et s'adapte pour ainsi dire à l'excitation artificielle de l'une ou de l'autre des trois grandes fonctions cérébrales {sensibilité, intelligence, volonté).

Nous savons que l'alcool agit principalement sur la sensibilité, fait qui ressort aussi bien que l'examen des troubles qui constituent l'ivresse, que de la comparaison de ce dernier état avec les effets des principaux anesthésiques (éther, chloroforme). Nous avons cité ailleurs les conclusions du travail de Lallemand, Perrin et Duroy, d'après lesquelles l'alcool doit être considéré comme un véritable anesthésique, et nous avons vu que Cl. Bernard a démontré que la physiologie pathologique de l'ivresse était aussi celle de l'anesthésie. D'un autre côté, nous avons démontré que l'alcool porte primitivement son action sur l'appareil sensitif de la moelle, et que les diverses fonctions de celles-ci sont toujours atteintes dans l'ordre suivant':

1° Sensibilité; ^â" motricité; 3° pouvoir excito-moteur.

Hypereslhésie, puis anesthésie, tels sont les deux principaux phénomènes que détermine l'administration de l'alcool; tels sont les deux stades de son action physiologique.

Quant au café et au thé, grâce à la forte proportion d'essences aromatiques que ces boissons renferment et dont les effets céphaliques nous semblent aujourd'hui bien démontrés, ce sont des stimulants de rintelligence, comme l'indique le titre de boissons intellectuelles qui leur a été donné depuis longtemps.

Nous ne pouvons mieux distinguer l'action de ces deux boissons sur nous-mème, qu'en disant que l'ingestion de la première produit chez nous le désir de la vie active, tandis

que l'ingeslion de la seconde détermine plutùl !(,' goùl de la vie conlcmplalivc.

L'action du maté sur le système nerveux se rapproche singulièrement de celles des boissons précédentes; grâce à sa richesse en essences aromatiques, ce liquide agit puissamment sur les facultés cérébrales et même encore plus que le café et le thé, si bien que, comme le remarque Mantegazza, un cerveau qui ne répond plus à l'action de ces deux dernières boissons s'éveille habituellement sous l'influence du maté.

Ileste la coca, qui, grâce à la présence delà cocaïne, alcaloïde dont l'influence sur le pouvoir excito-moteur de la moelle et sur la moliiité est considérable, agit puissamment sur le système musculaire et dispose singulièrement, comme nous l'avons vu, à la marche et au travail corporel. Ces faits permetlent donc d'entrevoii- suffisamment le rôle spécial qu'on i)eut attribuer à cette boisson comme aliment nmsculaire, comparativement à l'alcool, aliment de Vimprcssionnabilitc et de la sensibilité, comparativement au café, au thé et au maté, aliments essentiellement cérébraux et intellectuels. Aussi, comme nous le verrons bientôt, tandis que ces dernières boissons interviennent efficacement dans l'alimentation du savant et de l'homme de cabinet, la coca semble devoir être principalement utilisée dans le régime du manœuvre et de l'ouvrier. Elle augmente la force musculaire, comme le café, le thé et le maté augmentent l'activité intellectuelle.

Page 1