APPUr.ATIONS A 1/ H VCI KN E
curant à toutes les classes de consommateurs indistinctement (les boissons parfaites, bienfaisantes, exclusivement consomuKJes par les classes ricbes, ne leur est point venue... C'est dans l'établissement de nouveaux impôts qu'on a. cru trouver surtout un remède contre l'ivrognerie et l'alcoolisme; mais, comme nous l'avons répété ailleurs (1), les impôts que l'on frapi)e sur les boissons enivrantes n'ont jamais eu le pouvoir d'en restreindre la consommation; leur effet le mieux démontré a toujours été -de pousser aux falsifications les plus désastreuses pour la santé des populations, les fabricants et les distillateurs.
Ceux-ci, en effet, achètent à bas prix des alcools mal rectifiés de marc, de grains, de betteraves, de mélasses, de pommes de terre, de riz, etc., qui abondent sur les marchés, et s'en servent pour les mélanger aux boissons jeunes, afin (fen diminuer le prix de revient... Par ce moyen, le fraudeur jteutdonc abaisser de plusieurs degrés le titre alcoolique de la boisson, sans qu'il y paraisse au moment de la consommation. Ainsi, le vinage des vins par fadjonction d'esprits de provenance suspecte (grains, mélasse, etc.), le coupage des eaux-de-vie au moyen d'alcools de qualité inférieure, l'emploi si général de ces alcools pour la fabrication des innombrables liqueurs débitées chez les distillateurs : bitter, absinthe, punch, vermout, curaçao, etc., constituent, à nos yeux, autant de pratiques frauduleuses qui ont leur encouragement dans l'augmentation des impôts qui grèvent le commerce des boissons spiritueuses, mais qui présentent l'influence la plus malfaisante et la plus désastreuse pour la santé des consommateurs, et principalement pour les ouvriers et les soldats, auxquels sont réservées spécialement, à cause de leur bas prix, ces liqueurs de qualité inférieure (1).
Que faut-il donc pour empêcher l'abus des boissons spiri-
(1) Voy. l'Alcool, son action physiologique. Mémoire cité, p. 5.
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tueuses et pour combattre les pernicieux efîets de l'ivrognerie et de l'alcoolisme au sein des classes populaires?
On prétend punir Tivresse des qu'elle conduit au trouble de l'ordre et à la violence. Mais qui frappe-t-on ainsi? Est-ce l'ivrogne, l'individu qui se livre habituellement à l'abus des ])oissons spiritueuses? Certes non, car l'habitude lui fait supporter facilement, sans que son intelligence soit beaucoup dérangée, des doses énormes de boisson enivrante. Souvent c'est chez l'homme ordinairement sobre et frugal , que se manifeste l'ivresse avec son cortège de symptômes les plus épouvantables et les plus dangereux (délire furieux, tendance à la violence et à l'homicide, etc.). Quelquefois même, au milieu de l'affreuse scène qui se déroule chez l'homme ivre et qui conduit celui-ci à des actes criminels ou répréliensibles, on doit tenir compte, ainsi que nous l'avons vu (voy. p. 109 et suiv.), pour apprécier le pouvoir enivrant de la boisson incriminée, autant de sa nature et de sa qualité que de la quantité de liquide absorbée, si bien qu'il faudrait souvent rendre responsable le distillateur ou le fabricant de la boisson ingérée, qui dans un but de lucre ou de spéculation ne craint pas de se livrer à des falsifications pernicieuses pour la santé des consommateurs.
Que dire des sociétés de tempérance, sinon cpie dans les pays où elles ont fonctionné avec le plus de succès, elles n'ont pu arriver jusqu'ici à déraciner le vice de l'ivrognerie?
D'autres moyens ont encore été proposés dans ces derniers temps; mais nous craignons fort qu'ils ne soient pas plus efficaces c{ue les précédents pour réprimer l'alcoolisme sous les différentes formes qu'il présente.
Un avis au public sur les dangers qu'entraîne l'abus des boissons spiritueuses (1) aurait eu certainement une grande utilité pour les gens instruits, mais serait resté malheiireuse-
(I) Bergeron, Avis sur les daugers qu'entraîne l'abus des boissons spiritueuses [Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXXIII, p. 528.)
Ui APPLICATIONS A L'HYGIÈNE.
ment lellro morte en présence de rii;noi'ance ou de Tindif- IV'rence des masses populaires. Quels que soient les infirmités désolantes et les accidents affreux dont elle aurait menacé ceux qui abusent de l'alcool, une simple affiche placardée à la porte des tavernes et des estaminets n'aurait constitué que bien difficilement im épouvanlail pour les ivrognes attirés vers ces établissements par les couleurs et les émanations séduisantes des liqueurs spiritueuses.
La ligue contre V alcoolisme (1), préconisée par A. Foville, aurait pu trouver des partisans parmi les gens sérieux qui peuvent se passer facilement des calV-s et des estaminets, mais elle n'aurait pas empêché l'ouvrier de s'exposer à l'alcoolisme dans les restaurants où il prend journellement ses repas, et dans les cabarets où il passe la plus grande partie de ses moments de loisir.
Nous dirons donc aux hygiénistes comme aux législateurs :
Voulez-vous lutter avec chance de succès contre l'alcoolisme et combattre ce mal sous toutes ses formes?
Améliorez la condition des classes pauvres; donnez-leur une alimentation plus saine, plus réparatrice, plus réconfortante. Fondez des établissements populaires où l'ouvrier sera certain de trouver à peu de frais des aliments fortifiants cl nutritifs. Abandonnez cette funeste habitude du laisser-passcr et du laisser- faire, grâce à laquelle les liqueurs les plus variées sont exemptes de tout contrôle scientifique et se débitent journellement à des prix infimes, malgn'' l'élévation croissante et progressive des impôts auxquels elles sont soumises, mais toujours aux dépens de la santé du consommateur. Surveillez la fabrication et la vente de ces liqueurs innombrables, dont la liste déjà considérable grossit de jour en jour, et qui, sous les noms les plus divers (bitter,
(1) A. Fo\iUe, Moyens pratiques de combattre l'ivrognerie, proposés ou appliijups en France, en Angleterre et en Amérique. [Annal. d'Iiijgiène et de médecine légale, 2c série, t. XXXVII.)
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punch, absinthe, gin, vermoiit, etc.), figurent dans le régime journaher du pauvre et de l'ouvrier. Assurez-vous nonseulement de la pureté et de l'origine des divers esprits employés pour leur labrication, mais encore des nombreuses substances qui souvent leur sont associées par infusion ou par distillation, et dont l'influence se traduit dans l'organisme par des troubles sérieux et préjudiciables pour la santé.
Au nom de la physiologie qui entrevoit, si elle n'explique pas encore, Faction malfaisante de ces principes étrangers à l'alcool, au nom de l'hygiène qui commence à se préoccuper de la part considérable qui doit revenir à la consommation des esprits de qualité inférieure et de provenance suspecte, et des boissons chargées de principes aromatiques nuisibles à l'économie, dans l'extension croissante de rivrognerie au sein des classes pauvres et laborieuses, enfin au nom de l'intérêt social pour lequel se produisent tôt ou tard les améliorations nécessaires au bien-être physique et moral de l'humanité, nous croyons devoir demander, comme mesure véritablement efficace pour combattre avec chance de succès le fléau deTalcoolisme, l'organisation dans chaque pays d'une police scientifique chargée de surveiller la fabrication et le débit des boissons spiritueuses et d'en contrôler l'origine, la composition et la qualité. Lorsque ces boissons ne seront plus composées que d'alcool de provenance vinique ou du moins préalablement soumis à une purification suffisante ; quand elles ne contiendront plus les substances nuisibles trop souvent mélangées avec elles dans un regrettable esprit de spéculation, quand les distillateurs seront soumis à uno surveillance régulière et permanente, et que les falsificateui's seront punis comme portant préjudice à la santé publique, les maux, rapportés journellement à. l'alcoolisme, et malheureusement si fréquents parmi le peuple, diminueront de fréquence et de gravité, et deviendront aussi rares qu'ils le sont actuellement au sein des classes riches et privilégiées.
FIX DE LA TROISIEME PARTiE.