‹ Les aliments d'épargneChapitre 121 sur 146 · PROPHYLAXIE DE L'ALCOOLISME · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE DE L'ALCOOLISME

rilablement réparateurs. La diminution du prix des denrées de première nécessité (viande, lard) serait nécessairement suivie, croyons-nous, d'un emploi plus restreint dans le régime alimentaire des aliments d'épargne dont l'organisme, insuffisamment nourri et entretenu, sentirait alors beaucoup moins la nécessité. Nous savons, en effet, que parmi les habitants des pays vignobles la consommation de l'eau-de-vie et des liqueurs fortes est excessivement faible ; ce qui tient évidemment à l'aisance de ces populations habituées à une alimentation saine et réconfortante. Nous avons présenté les résultats d'observations nombreuses qui démontrent, dans chaque contrée et dans chaque pays, que la consommation de l'alcool est d'autant plus considérable et plus répandue que la population est plus misérable et plus mal nourrie. Malheureusement ce moyen est difficilement appliquable dans l'état actuel de notre société, vu l'insuffisance de production en viande et en comestibles, vu la cherté toujours croissante des substances alimentaires de première nécessité.

11 est possible pourtant de restreindre la consommation des boissons spiritueuses par l'introduction dans le régime des classes pauvres, des boissons aromatiques (café, thé), qui, comme nous l'avons démontré, tout en présentant la même action bienfaisante pour l'organisme insuffisamirffent nourri, n'offi'ent pas les inconvénients des boissons enivrantes. A ce point de vue, les heureux résultats qu'a obtenus dans ces dernières années l'Angleterre, où un accroissement constant

rieux, inexorable, le force à recourir à l'eau-de-vie. Comment veut-on qu'il travaille, si l'insuffisance de sa nourriture lui enlève tous les jours une certaine quantité de force'?*

» L'eau-de-vie, par son action sur les nerfs, lui permet de réparer, aux dépens (le son corps, la force qui lui manque, de dépenser aujourd'hui la force qui, dans l'ordre naturel des choses, ne devrait s'employer que demain. C'est comme une lettre de change tirée sur sa santé, et qu'il lui faut toujours renouveler, ne pouvant l'acquitter faute de ressources. Il consomme son capital au lieu des intérêts; de là, inévitablement, la banqueroute de son corps. » {Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, p. 244 et suiv.)

W) AI'IM.ICATIONS A L'HYGIf-NE.

dans le chiffre de consommation du café, du thé cl du chocolat a coïncidé, malgré l'augmentation de la population, avec une diminution notable dans la consommation des boissons spiritueuses (bière, vin, liqueurs), doivent nous engager à suivre l'exemple de nos voisins de l'autre côté delaManche et à faii'c tous nos efforts pour favoriser et généraliser parmi les agriculteurs et les ouvriers français l'usage des boissons aromatiques.

En dehors des influences précédemment mentionnées pour expliquer l'alcoolisme, nous avons du faire intervenir, dans une large part, la mauvaise qualité et la provenance suspecte des nombreux esprits qui figurent dans le régime alimentaire du pauvre et de l'ouvrier.

On sait, en effet, quel rôle (^pnsidérable et éminemment nuisible et pernicieux pour la santé des consommateurs, nous avons cru devoir attribuer aux divers éléments : aldéhydes, éthers, huiles essentielles de mauvaise nature, alcools amylique et butylique, etc., contenus dans les boissons impar- • faites qui servent à l'alimentation publique. Nous avons démontré que leurs effets nuisibles consistaient principalement :

i° Dans la provocation chez le consommateur d'une soif artificielle, due à l'àcreté et à la sécheresse de la gorge, que déterminent les boissons spiritueuses de mauvaise qualité, et qui ne se produit pas après l'absorption d'une boisson parfaite; fait connu de tout le monde;

2" Dans la prolongation de leur séjour dans l'organisme, prolongation due très-probablement cà l'affmité prononcée de ces principes pernicieux pour la graisse, l'albumine et la gélatine, qui constituent la trame des tissus de l'organisme, et à l'imprégnation par ces principes malfaisants des éléments du système nerveux, du système glandulaire et du système musculaire; fait avancé par Hœck, d'après des inductions tirées de la fréquence de l'alcoolisme au sein des classes populaires,

PUOPHYI.AXIE DE L'ALCOOLISME. 441

OÙ se consomment presque exclusivement des esprits de mauvaise qualité, mais qui aurait besoin d'être démontré par l'expérimentation physiologique;

o" Dans laprésence, dans beaucoup de liqueurs spiritueuses (absinthe, bitter, etc.), de certaines huiles essentielles de mauvaise nature, provenant de la distillation de certains végétaux dont on extrait les substances aromatiques pour les associer à l'alcool ; fait démontré dans ces derniers temps par les recherches expérimentales de Motet et de Magnan,

Or, si le lecteur admet les faits précédents , dont des travaux récents, et principalement les importantes recherches instituées par Iheck, tendent à démontrer la réalité, il comprendra comme nous le tort qu'ont eu les hygiénistes, à l'exemple des physiologistes, de voir dans l'alc-ool le seul agent coupable et responsable des maux engendrés par l'alcoolisme, et de chercher à restreindre et à combattre partons les moyens possibles et d'une manière absolue la consommation de toutes les boissons alcooliques, sans s'occuper de leurs qualités plus ou moins bienfaisantes ou pernicieuses, de leur origine, de leur provenance et de leur pureté. Il verra facilement que le but à poursuivre par tous ceux qui veulent la disparition du fléau si improprement appelé a7coo//sme, est de procurer aux consommateurs, dans toutes les classes de la société, des boissons spiritueuses débarrassées de tous les éléments nuisibles pour l'économie. Malheureusement, ainsi que le fait remarquer F. Hseck (1), tel n'a point été jusqu'ici roljjedifdes économistes et des hygiénistes. Dans leur conviction profonde que l'alcool était la cause essentielle de l'intempérance progressive des buveurs, c'est contre la consommation, d'une manière absolue, des boissons alcooliques, qu'ils ont dirigé leurs principaux efforts. L'idée de donner à la tempérance sa vraie base, sa plus grande garantie, en pro-

(1) F. Hœck, la Solution industrielle de la question Je Valcoolisme. V,ru\c\\cs,

Page 1