MALADIES DU CŒUR
tiftections du cœur, alors que la faiblesse des battements cardiaques et l'apparition des accidents qui constituent l'asystolie (abaissements de la tension artérielle, diminution ou suppression de la sécrétion urinaire, vertiges, éblouissements, bouffées de chaleur) indicjuent une compensation ventriculaire insuftisante ou imparfaite. Dansées cas, comme l'a constaté le savant clinicien de l'hôpital Lariboisière, les spiritueux, les boissons aromatiques (café, thé), les stimulants dilîusibles (éther, acétate d'ammoniaque, etc.), dont l'action est prompte et énerpque, peuvent rendre d'importants services par l'action excitante qu'ils exercent sur le système nerveux et par Th^-perkinésie qu'ils déterminent dans le fonctionnement du cœur (1).
On sait que le même aut<3ur a insisté également sur les heureux, elYets que présente, dans ces cas, l'administration, de la caféine, qui, tout en augmentant l'impulsion -et la force du cœur, en régularisant les battements de cet organe et en augmentant la sécrétion de l'urine, possède une action analogue à celle de la digitale, comme l'indiquent les tracés sphygmographiques qui figurent dans son travail.
Les résultats que nous avons obtenus nous-mème dans notre service du Yal-de-Grace, où nous avons employé l'alcool, la caféine et la cocaïne sur un grand nombre de sujets atteints de maladies du cœur , conllrment les importants résultats signalés par Jaccoiid à la suite df l'i'iniilni de la médication stimulante dans certaines formes d'asystolie.
Les tracés sphygmographiques suivants ont été pris sur un homme de ^8 ans, atteint de rétrécissement et d'insuffisance aorticpies, avec troubles de la circulation : faiblesse, irrégularité des battements du cœur, anasarque sm tuiil prononcée aux membres inférieurs, œdème pulmonaire, diminution de la sécrétion urinaire, hypertrophie et contraction ventriculaire insuffisante, accidents d'asystoHe.
(1) Yoy. s. Jaccoud, Leçons de clinique médicale. Vnrii, 1861, p. 207 et suiv.
Al'I'LK'.A. IONS A I.A T 11 .. K AI» EL II 0 lE.
Homme de 28 ans^ atteint de rétrécissement et d'insuffisance aortiques. Tracé du pouls le jour de l'entrée du malade à l'hôpital (23 octobre 1873).
Tracé du pouls trois jours après. Le malade a été soumis chaque jour à l'action de 2 décisçr. de caféine (injection sous -cutanée).
Le second tracé indique les modifications constatées dans la Ibrme et dans les caractères du pouls, à la suite de l'adniinisl ration i)endant trois jours de 2 décigrammes de calcine (injection sous-cutanée au moyen d(^ la seringue de Pravaz) : aiigmenlalion dans la force du cœur et dans l'énergie des battements de cet organe; accroissement de la tension sanguine dans les artères.
Xotons en même temps qu'à la suite de ces modifications dans le i'onctionnement du cœur, survient naturellement une amélioration notable dans l'état général du malade, grâce au rétablissement de la circulation, de l'auomentation de la sécrétion urinaire, etc., et à la diminution de l'anasarque.
Nous avons obtenu des résultats analogues en employant l'alcool et la cocaïne dans certains accidents d'asystolie, si communs chez l(\s malades atteints d'aftections organiques du cœur ; l'emploi de ces médicaments nous a semblé d'autant plus utile dans ces cas que, tout en ayant une action souvent comparable à celle de la digitale, ils offrent sur cette substance ce grand avantage que leurs effets thérapeutiques apparaissent avec beaucoup plus de certitude et de ra})i(lité.
CIIAIMTRE m
INDICATIONS COMMK ANTirYBKTIQUES
On sait que la lièvre consiste essentiellement dans une augmentation de la chaleur organique, qui se traduit ordinairement par une élévation de la température animale, par des modifications de la circulation et par des troubles plus ou moins marqués du système nerveux (délire, halinrinations, insomnie, torpeur, coma, etc.) (1).
A. Élévation de température. — Celle-ci est constant(^ ; elle oscille entre 87" et 4^". Elle explique en grande partie les autres phénomènes fébriles, qui, comme nous allons le voir, peuvent être considérés comme étant sous sa dépendance. Un point sur lequel nous devons appeler l'attention du lecteur et dont on n'a pas tenu suffisamment compte à nos yeux dans Tétude de la chaleur fébrile, c'est que cette élévation de température propre aux pyrexies doit être rapportée beaucoup moins à l'exagération des oxydations intraorganiques et moléculaires qu'à la condjustion des matières grasses, soit introduites parmi les ingesta au sein de l'économie, soit contenues au sein des éléments vivants, et dont la consommation exagérée coïncide toujours avec l'augmentation de la chaleur organique.
Ainsi peut-on s'expliquer sans doute ces faits bien démontrés par robservation clinique, à savoir, d'une i>art,
(1) Voy. .Vouerait Dictionnairp de midecin" et de chirurrjir prati(iites, t. XIV, art. FiÉYKE, par Hirtz.
-iOi' APPLICATIONS A LA THÉRAPEUTIQUE.
que dans les maladies fébriles où la température présente rélévation la plus considérable, celte élévation ne persiste (]ue peu de temps et cesse quand il ne reste plus pour l'alimenter dans l'organisme une provision suffisante de corps gras; d'une autre part, que rien n'est plus propre à augmenter cette chaleur fébrile que de nourrir le malade, comme rien n'est plus propre à enrayer cette chaleur que de soumettre le fébricitant à une diète rationnellement et sagement instituée.
Et ce qui tend encore à confirmer l'opinion que nous émettons ici, c'est qu'il est impossible d'établir une corrélation entre l'élévation de la température et l'activité des déperditions azotées qui se manifestent dans le cours des pyrexies; on sait même aujourd'hui qu'il existe certains états pathologiques dans lesquels, alors que la température reste au-dessous de la normale, on constate une élimination considérable de matières azotées {azotiirié) ; c'est ce qui a lieu, en effet, dans le diabète sucré, dans le choléra, dans certaines formes depolyurie.
B. Modifications de la circulation. — Ces modifications consistent, ainsi que l'a démontré parfaitement Marey (1) :
1° Dans la rapidité avec laquelle le cœur chasse le sang dans le système vasculaire;
2" Dans la diminution de la pression sanguine dans le système artériel, due à l'augmentation de calibre des artérioles.
On pourrait rattacher le premier pliénomène à la diminution d'action du grand sympathique, dont la section a pour effet, comme on sait, d'augmenter l'activité du cœur et d'accélérer les battements de cet organe, si Marey n'avait pas démontré, dans ses laborieuses et intéressantes expériences, que l'action du cœur est sous la dépendance du système vaso-
(1) Voy. Marey, Physiologie médicale de la circulation du sanj. Paris, 1863
I INDICATIONS COMME ANTIPYRÉTIQUES. 463
moteur, qui, en diminuant ou en augmentant le calibre du réseau artériel, entrave ou facilite le travail de cet organe, dont les battements sont d'autant plus nombreux qu'il éprouve moins de peine à se contracter.
Quant au second phénomène, il dépend, ainsi que cela résulte des recherches du même auteur, de la paralysie des nerfs vaso-moteurs (qui tiennent, comme nous l'avons vu, sous leur dépendance le calibre des petites artères, et par conséquent les modifications qu'éprouve la pression sanguine dans le système artériel); paralysie qui se traduit par la dilatation des vaisseaux périphériques, la rougeur des téguments, la congestion des parenchymes, la diminution de la tension artérielle.
Une modification intéressante de la forme du pouls et qui manque rarement dans la plupart des pyrcxies, où elle coïncide généralement avec l'élévation de la température, c'est le (Vtcrotisme. On sait que ce phénomène, attribué à tort par les anciens à une double contraction cardiaque, et qui consiste dans la succession de deux pulsations pour un seul battement du cœur, dépend d'une double cause :
1° De la vitesse avec laquelle la colonne sanguine est lancée dans les vaisseaux ;
2° De la diminution de la contractilité des artérioles et de la prédominance sur cette dernière de leur élasticité, qui fait alors osciller facilement la colonne liquide dans une direction alternativement centripète et centrifuge (Marey).
Ainsi le dicrotisme, loin d'être le résultat d'une excitation exagérée du cœur, d'une suractivité imprimée à cet organe par la chaleur fébrile ou l'agent pyrogène, exprime au contraire le degré de paralysie ou d'atonie plus ou moins élevé du système vaso-moteur.
On ne peut donc plus aujourd'hui considérer la fièvre comme étant due à l'action augmentée du cœur irrité par une cause morbifique et chassant plus vivement l'ondée san-
ilU APIM-ICATIONS A I.A TU K lî A 1>K l" Tl Q T K.
j^uinc dans les artères, ainsi que le croyait Boerliaavo. D'après la théorie de Marey, qui est maintenant adoptée dans |a srience, il y a dans l'état l'ébrile dilatation primitive des capillaires par paralysie des filets vaso-moteurs du grand svmpatliique; cette dilatation, facilitant le passage d'une plus forte quantité de sang, })roduit une plus grande fréquence des battements cardia([ues, d'après ce principe formulé par le savant professeur du collège de France, savoir que a le co:!ur bat d'autant jikis vile (pTil éprouve moins de peine à se vider ». Ici donc l'iiypcrstliénie du cœur n'est que consécutive à l'asthénie des artères (1).
C. Troubles du si/stèmc nerveux. — Il nous semble que les pathologistes ont commis une erieur manifeste et qui a eu les conséquences les plus fâcheuses au point de vue de la thérapeutique, c'est d'avoir considéré la fièvre comme une ed'cildlion générale de l'économie; d'où la contre-indication, nettement fonnuléepar la plupart des auteurs, entre la prescription des agents excitants et l'emploi de la médication antipyrétique; d'où, au contraire, l'indication nécessaire et précise, établie par eux dans les maladies fébriles, de tous les moyens capables d'affaiblir et de débiliter l'économie (diète, saignées, purgatifs, altérants, etc.). Telles sont.encore aujourd'hui les principales règles qui gouvernent la thérapeutique et contre lesquelles nous croyons devoir protester, au nom des découvertes de la physiologie.
Il est un fait cependant (pii est admis par tout le monde, c'est que la fièvre ?>'' accompagne tantàl d'excitation, tantôt de dépression du système nerveux cérébro-spinal et partant des grandes fonctions de féconomie; d'où la grande distinction en fièvres ataxiques et fièvres adi/namiques, établie depuis longtemps et dont nous ne tenons peut-être pas assez de compte.
(1) Voy. Nouveau Dictionnaire de médecine et de cJtirunjie pratiijue.t, t XIV, art. FiÈVKE, par ^Hirtz.
INDICATIONS COMME ANTIPYRÉTIQUES. 465
La surexcitation des fonctions nerveuses, Vataxie, est cenéralement transitoire ; elle n'apparaît guère qu'au début de l'accès fébrile, au moment du frisson et de l'élévation de la température initiale, et se manifeste avec d'autant plus de violence qu'elle frappe un organisme plus facilement excitable ou plus profondément affaibli. Mais, en général, elle •<lisparaît au bout de quelque temps, et sila fièvre se prolonge, elle est bientôt et rapidement remplacée par de la dépression, qui dure jusqu'à la terminaison de la maladie et qui se manifeste par de la prostration, de l'abattement, et par l'affaiblissement des facultés intellectuelles, scnsitives et motrices.
On peut objecter, il est vrai, que le calorique étant envisagé par les thérapeutistes comme le type des agents* stimulants, puisque dans la fièvre il y a élévation de chaleur, augmentation dos combustions, il doit se produire une excitation, une suractivité des actions nerveuses. Mais peut-on admettre que la chaleur doive être envisagée continuellement et fatalement comme un agent de stimulation? Ne sait-on pas que, comme l'enseignent les physiciens et les hygiénistes, la chaleur n'est un stimulant que dans une certaine mesure, et que, portée à un certain degré, loin de produire une excitation des fonctions animales et organiques, elle détermine au contraire de la dépression de ces mêmes fonctions?
On connaît, en effet, l'influence de latempérature extérieure sur l'indolence, sur la torpeur intellectuelle et sur l'apathie des peuples qui vivent dans les pays chauds. C'est un fait parfaitement constaté et admis par tout le monde. Ne savonsnous pas nous-mêmes combien notre activité motrice, sensitive et intellectuelle est enrayée pendant les chaudes journées de l'été, quand sous l'influence de la chaleur extérieure la température de notre sang s'élève à peine de quelques dixièmes de degré ?
Mais cette chaleur anormale dont dépendent principalement les troubles de l'appareil cérébro-spinal qui surviennent pen-
Marvaud. — Aliments d'c'pargne. 30
ir.f) AITLICATIONS A LA 111 KH AI' KIT I Q l K.
(laiil raccès fébrile, est également cause de la dépression du svstèine vaso-moicnret des phénomènes (dilatation du réseati vasculaiie cl diiiiiiuitioii de la lensioii sanguine) qui constituent l'état de fièvre; elle produit sur le grand sympathique une asthénie semblable à celle qui survient chez les animaux aux([uels les lilels de ce nerf ont été sectionnés.
D. Iniliiiidons tlicifun'KtiqKcs. — Ainsi, entre ces deux phénomènes, élévation de la température et dépression du svsième nerveux cérébro-spinal et végétatif, existe un rapport direct; le second peut être considéré comme rellet du premier.
C'est ainsi que contre TiHal fébrile nous sommes conduit à formiîler deux princi})al('s indications thérapeutiques :
l" A(jir conlre la chaleui' inorhide , en enrayant ses principales sources de production : les oxydations intraorganiques et les réactions chimiques qui se passent dans l'intimité des éléments et dans la profondeur des tissus; ou bien en favorisant et en augmentant sa déperdition.
C'est ce que ne manque pas de faire un praticien judicieux,, par l'emploi des divers moyens ou agents antipyrétiques dont l'influence anticalorifique peut être attribuée soit à des moditications chimiques qu'ils (''prouvent eux-mêmes au sein de^ l'économie en s'accompagnant de rabsori)tion d'une certaine quantité de chaleur (ex. : acide oxalique 'se dédoublant en acide carbonique et hydrogène, d'après Berthelot); soit au ralentissement et à la diminution des oxydations oi-ganiques, que leur présence dans le sang ou dans les tissus imprime aux éléments vivants par une sorte d'influence catalytique (ex. : acide arsénieux, peut-être alcool, caféine et autres agents antidéperdileurs); soit à leur influence sur les centres nerveux et sur les appareils d'innervation des grandes fonctions organiques : circulation, resi)iration (digitale, sulfate de quinine, veratrum, etc.); soit enfui à une action purement physique (froid, bains, lotions, douches).