I. — Fièvre typhoïde
Parmi les praticiens qui ont administré, en France, les spiritueux dans la fièvre typhoïde, nous avons cité Béhier, Gingeot, Godfrin et Sée. Mais aucun, croyons-nous, n'a indiqué avec autant de talent que S. Jaccoud les importantes et nombreuses indications de la médication alcoolique dans cette maladie.
Nous avons été heureux de voir la méthode que nous suivons depuis quelques années recommandée par ce distingué confrère (1).
On sait que la fièvre typhoïde est une maladie à cycle défini et continu, parcourant toutes ses phases, quel que soit le traitement institué dans le but de la combattre ou de l'enrayer. Nous n'avons point à lui opposer pour le moment de traitement spécifique ; la médication ne peut être que symptomatique.
La mort n'arrive presque toujours qu'à la suite de complications redoutables et qui sont de deux sortes :
i" Les unes résultent de lésions organiques apparaissant soudainement, souvent à fimproviste ; telles sont les perforations intestinales, la péritonite, les entérorrhagics abon-
(1) Jaccoud, Traité de pathologie interne, 1871, t. II, p. 778 et suiv.
FIÈVRE TYPHOÏDE. 469
danles, contre lesquelles le médecin reste presque toujours impuissant.
2" Les autres sont constituées par une exagération menarante de certains troubles fonctionnels ; ce sont des désordres du système nerveux (adynamie, ataxie, délire), ou de la nutrition (élévation considérable de la température, combustion ébrile excessive). C'est contre ces dernières complications que le médecin peut lutter avec avantage; ce sont elles qu'il doit s'efforcer de prévenir ou de combattre. Il trouve pour cela, dans l'arsenal thérapeutique, des médicaments d'autant plus utiles qu'ils peuvent agir en même temps comme stimulants et comme antipyrétiques.
L'alcool, nous l'avons démontré, est un de ces médicaments. Les bons effets que nous avons recueillis de son administration dans ces cas sont tels que nous croyons devoir y insister spécialement, en examinant les principales indications que présente alors ce précieux agent.
A. AciioH contre V adynamie. — C'est là le triomphe de la médication alcoolique. Les nombreuses observations que nous avons prises et dont on trouvera les principales dans la thèse d'un de nos élèves (1), démontrent suffisamment l'importance qu'il faut attribuera l'administration des spiritueux dans tous ces cas de fièvres typhoïdes rappelant la fièvre lente nerveuse d'Huxham, s'accompagnant de stupeur et de dépression des forces, et qui, d'après ce que nous avons constaté dans nos salles, s'accompagnent plus habituellement que les autres formes de dothiénentérie, d'engouement pulmonaire et de broncho-pneumonies souvent tenaces et durables.
Nous nous sommes bien trouvé alors de l'emploi des boissons excitantes (alcool, café, thé, vins généreux) et des douches appliquées à la surface du corps.
(1) Voy. Autcllet, De l'action antipyrétique de l'alcool employé dam la fièvre typhoïde. Thèse de Paris. iS71.
170 Al'PLICATlONS A LA THÉRAPEUTIQUE.
Nous n'avons pas besoin de faire ressortir l'ulilité des spiritueux dans une maladie longue, profondément débilitante, comme la fièvre typlioïde, dans laquelle l'organisme doit pouvoir subvenir aux pertes considérables qu'il supporte. Ici, les indications des excitants sont admises par tout le monde, et Trousseau lui-même a insisté spécialement sur le degré d'énergie que doit déployer l'économie pour que les maladies aiguës se terminent naturellement et heureusement.
Mais nous croyons devoir appeler l'attention du lecteur sur les heureux effets que nous avons obtenus de l'emploi des agents excitants (alcool, caféine, cocaïne) pour combattre la paralysie du système vaso-moteur, ramener la tension du sang dans les artères à son degré normal, et faire disparaître le dicrotisme, accident qui, comme nous l'avons constaté, est en rapport avec l'adynamie. C'est ce cjui explique sa fréquence dans la dothiénentérie, où il coïncide tantôt avec la force et la lenteur des battements du cœur, tantôt avec la faiblesse et la rapidité du pouls; dans ce dernier cas, il peut être difllcile, même sur le tracé sphygmographique, de distinguer la seconde pulsation de la première, qui, comme nous l'avons vu, correspond seule au battement du cœur; car toutes deux présentent la même amplitude, la même élévation et les mêmes caractères; c'est ce qui constitue le pouls ondulant.
Les tracés suivants ont été pris sur deux hommes atteints de fièvre typhoïde adynamique ; le second tracé indique les modifications produites par la caféine sur le pouls de l'un, qui présentait un dicrotisme très-marqué, lors de l'entrée du malade à l'hôpital.
Chez l'autre malade, le tracé sphygmographique, qui offrait les caractères du pouls ondulant, se modifia également sous l'intluencc de l'administiation des boissons stimulantes (potion de Todd, café et thé alcoolisés) continuée pendant quelques jours.
FIÈVUE TYPHOIDE.
Homme de ^6 an^.
Tracé pris lors de rentrée du malade à Tiiôpital (19 octobre 1871)
Tracé pris 3 jours après. Le malade a été soumis chaque jour à l'action de 5 dccigr. de caféine (injection sous-cutanée).
Homme de 22 am.
Tracé pris le 5 avril 1872.'
Tracé pris trois jours après l'emploi de la médication stimulante.
Un autre accident que nous avons avantageusement combattu par les alcooliques, c'est le délire anémique on nerveux^ <[ui se lie parfois à l'adynamie et qui indique toujours un épuisement considérable du système cérébral.
L'alcool peut faire disparaître ce délire, par suite de l'bypérémic qu'il détermine vers le cerveau, et de la stimulation capide qu'il produit.
Quant au délire alcoolique^ qui est si fréquemment mis en cause parla plupart des médecins de notre époque, nous avouons que nous ne l'avons que très-rarement constaté dans nos salles. La plupart de nos observations ont été prises sur 'déjeunes soldats arrivés depuis peu de temps dans la capi-
472 APPLICATIONS A LA TH Élî APEUTIQUE.
taie, ayant conservé encore leurs habitudes de frugalité de la vie des champs, et pas encore livrés aux pernicieuses atteintes de l'alcoolisme.
B. Action contre la chaleur fébrile. — Le tracé thermométrique de la fièvre typhoïde régulière, suivant son cours normal, parcourant ses phases successives sans complications cl sans accidents, et traitée par l'expectation, tel qu'il a été donné par les divers partisans de la thermométrie clinique (Thomas, Wunderlich, Hirtz, etc.), et tel que nous l'avons relevé maintes fois nous-môme, soit quand nous étions interne à l'hôpital de Strasbourg, soit depuis quelques années dans nos salles du Yal-d(;-Gràce, éprouve, sous l'influence de la médication alcoolique, des modifications importantes, pres- (jue toujours identiques et consistant principalement :
1" Dans une irrégularité bien marquée de la courbe, dont li's trois parties principales (oscillations ascendantes, stalionnaires et descendantes) sont beaucoup moins nettement accusées.
Celle irrégularité est due à un abaissement de 0°,.') à S^a que subit la température, sous l'influence de l'alcool, abaissement se continuant pendant 2 ou 3 jours, puis généralem)?nt suivi d'une faible ascension survenant le soir, mais momentanée; car, dès le lendemain matin, surtout si Ton a eu soin d'augmenter la dose d'alcool administrée, et si ce médicament a été pris pendant la nuit, on constate une descente quelquefois considérable de la chaleur morbide ;
2" Dans une élévation toujours moindre dufastigium, qui ne dépasse presque jamais 39". (Yoy. tableau I.)
Ouant au délire fébrile dû à l'élévation considérable de la température et qui survient quand celle-ci atteint 40^ à 4^0%5,nous l'avons combattu et arrêté plusieurs fois par l'administration de fortes doses de spiritueux, et sa disparition a toujours été consécutive à un abaissement notable de la chaleur morbide.
FiÈVr, fc; TYPHOIDK.
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471 APlM.ir.ATIONS A LA TH ÉP. AI'EITI QUE.
Mentionnons en Icrminant les J)ons efîels de l'alcool comme antipyrétique pour prévenir certains autres accidents (altérations des muscles volontaires, dégénérescence graiseuse, dégénérescence cireuse, détérioration des cellules nerveuses, syncope, rigidité du muscle cardiaque) qui se lient intimement à l'élévation excessive de la chaleur fébrile et dont l'importance a été mise en lumière dans ces derniers temps par divers observateurs (Zenker, Ilarless, Hayem, Vallin).