II. —Variole
Pendant le terrible hiver de 1870-71, chargé du service des variolcux au Val-de-Grâce, nous avons été à même d'employer, chez plusieurs malades, la médication alcoolique, et nous avons pu nous convaincre de l'utilité des spiritueux dans certaines formes de varioles graves ou anormales.
Il y a d'abord un fait qui nous a frappé dans ces cas : c'est l'influence évidente de l'alcool sur la marche de la température.
On sait que le tracé thermométrique de la variole simple, sans phénomènes menaçants et sans complications, présente deux ascensions, dont la première, commençant le 1" jour de la maladie, progresse graduellement jusqu'au 3' ou 4' jour, c'est-à-dire jusqu'au moment de l'éruption, et dont la seconde, survenant au bout de deux ou trois jours, indique la période de suppuration, qui se termine lentement, graduellement et irrégulièrement vers le 19" jour (Hirtz).
Grâce à l'administration des préparations alcooliques dès le début de la maladie, on peut refréner la chaleur fébrile, qui, lorsqu'elle devient excessive et atteint il", peut être une cause de mort.
En même temps, si l'on a soin de continuer l'emploi des spiritueux, on peut diminuer et même supprimer presque complètement le fastigium qui correspond à la période de
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suppuration. (Voy. tableau II.) Sous rinnuence de ce traitement excitant et réparateur, la durée de cette période peut être abrégée, et la convalescence arrive plus rapidement.
Nous ne pouvons nous étendre sur ces résultats importants constatés dans un grand noml)re d'observations (près de oOO) que nous avons recueillies dans nos salles.
ijVjoutons que nous nous sommes bien trouvé de l'emploi des spiritueux à hautes doses contre le délire coïncidant, pendant l'invasion ou la période d'éruption de la maladie, avec une chaleur fébrile excessive. Nous avons eu la satisfaction de voir ces faits également constatés par S. Jaccoud, dont le traité de pathologie interne présente plusieurs tracés thermométriques qui viennent à l'appui de nos propres observations (1).
Dans les cas de varioles liémorrhagiques primitives accompagnées d'adynamie considérable et de dépression dés forces caractérisées par les pétéchies et les effusions sanguines coïncidant presque toujours avec une éruption lente et dillicile, nous avons administré avec succès les spiritueux et les excitants à hautes doses (eau-de-vie en potion, thé au rhum, vin chaud, vins généreux), ainsi que les affusions et les douches froides, et c'est en grande partie à ce traitement que nous rapportons la faible mortalité que nous avons constatée (10 décès sur IG malades), dans des cas considérés ordinairement comme fatalement mortels.
Quant aux varioUs hcmorrhagiques secondaires accomnagnées généralement de complications thoraciques (broncho-pneumonie, engouement pulmonaire) et caractérisées par le ratatinement et la teinte noirâtre des pustules, l'apparition de nombreuses taches ecchymotiques à la surface des téguments avec tendance au collapsus, et, pendant la convalescence, par l'apparition de nombreux furoncles et d'énormes abcès superficiels ou intramusculaires, la médi-
(1) Loc. cit., t. II, p. 07(5.