INFLUENCK DES ALIMENTS SUR LE TRAVAIL MUSCULAIRE
La libre musculaire possède, comme tous les tissus de l'économie, ses aliments spéciaux ou de prédilection, qui servent soit à son entretien, soit à son fonctionnement.
§ 1. — D'abord elle respire, c'est-à-dire elle absorbe de l'oxygène et exhale de l'acide carbonique. Dès 178i), Lavoisier et Seguin (I) avaient établi qu'un homme adulte et en repos consomme dans une heure 24 litres d'oxygène, tandis que le même homme, également à jeun, mais en exerçant un travail énergique, en consomme dans le même temps Go litres. De leur coté, Andral et Gavarret ("2) ont noté une augmentation d'acide carbonique exhalé par les poumons des gens robustes, dont le système musculaire est trè^-développé et soumis à un exercice prolongé.
Plus récemment. Cl. Bernard (."]), comparant sur un animal vivant la quantité d'oxygène contenue dans l'artère d'un
(1) Lavoisier et Séafuiii, Mémoires de V Académie des sciences, 1780.
(2) Andral et Gavarret, Ilechcrclies sur la (juanlilé d'acide carbonique exhalée par le poumon dans l'espèce humaine lAnn. de chimie et de pliysique, -2<' série, t. Vlll).
(3) Cl. lîeniarJ, Leçons sur les propriétés pItijsloh)iji(ptes ei les altérations palholofji(pies des liquides de l'organisme, 185!).
s L' n L l> I II A \ A 1 1. \1 l s c L L A I U E. fi5
muscle à celle de la veine correspondante, a obtenu les résultats suivants :
Sang de rartoie 7,3 d'oxygène.
I Muscle en coiilraclion 4,'2
Sang de la veine. -. — l'i» re|ios
' — après section du neiC. ' .i
Il y a une dizaine d'années, E. Srnilh ( 1), au moyen d'expéliences très-précises faites sur diverses personnes cl sur luimôme, a vu la quantité d'acide carbonique expiré dans l'étal de repos complet augmenter considérablement sous l'inlluence de l'exercice musculaire, comme l'indiquent les résultats suivants :
Un liomnic couché produisait par iieure.. tia gr. d'acide cariioniiiue.
— assis tîil
— marchant avec une vitesse do
i milles 7tl..^
— exécutant un travail et une
marche pénibles l-'ii'i,!.
Enfin, d'après une observation de Hirn cl), un liominc qui, au repos, absorbait par beure ill prammes d'oxygène et exhalait A'îls^',{} d'acide carbonique, s'étanl mi? à elVectuer un travail de 1:} r^ÔT kilocrammètfos eu une heure, absorba alors i io srammes d'oxvcène et oxhala I .""»()-'•, r d'acide carboniquc.
v^ il. — Il est beaucoup iuuiiis prouvé ijuc la libio inusciilaire consomme de l'azote, cl c'est à toit ({u'on a prétendu jusque dans ces dernières années que, sous rinlluence de l'exercice et de la fatigue des mu5cles, les urines se montrent surchargées d'urée. Puisque les tissus organiques, disail-on,
(il E. Smith, RecJierches eupérimentoles sur la respiration lUiiif^ ses nijijioris arec raUntenlation et diverses autres cireo)is(a>ices (The ruedico-chirunjical transactions, \H'><\ et IS.")!). — Tlie Dahlin (hmleitij Junnuil of incdioil scieiwc, 18(10,.
rit Hirn, Recherches sur Véquivulvid ineraniiiiic de la ch<dciir 'Hiilleliii dr la Société des sciences naturelles de Col mur, 18G;!i.
M.VRVAUl). — Aliments d'épargne. T\
r<t\ . I.MIAKNCi: I)l> ALIMENTS
conlicnnent en général une assez, forte proportion tl'azole, et qu'ils s'usent sous l'inlluence du travail, leurs déchets doivent se traduire dans les urines par une augmentation des matières azotées et principalement de l'urée. Ijuelques expériences, il est vrai, avaient semblé confirmer cette théorie; ainsi, Ilammond, Lehmann et Speck, Simon et Beigel avaient constaté une proportion plus grande d'urée à la suite du travail musculaire. Les premiers de ces observateurs avaient même prétendu que, en même temps que cette augmentation d'urée, s'observait une diminution proportionnelle de l'acide urique, produit moins avancé de l'oxydation des éléments organiques.
En France, Byasson (1), dans sa thèse inaugurale soutenue il y a quelques années, rapporte un grand nombre d'expériences faites sur lui-même et qui semblent confirmer les résultats précédents; mais les chiUVes que cet auteur a obtenus sont loin de présenter l'augmentation considérable d'urée signalée par Beigel et Ilammond après le travail musculaire. Voici, en effet, les principaux résultats des analyses faites par Byasson sur ses propres urines pendant une première période de trois jours (période de repos et'd'oisiveté), et pendant une seconde période de trois jours (période d'activité musculaire) :
ijiiaiililij d'urine beiisiiû. Lvw. ^ubslàiicG;
l'ii cunlimètres cubuf . ,,,. , solides.
Pénode de reiiOs 1 157 1117 20,04 -29,090
Période d'activité iiiusculaire.. 17.5:2 ISOO -2:2,90 30,019
Quel que soit le soin avec lequel ont été faites toutes ces recherches, quelje que soit l'exactitude des analyses chimiques sur lesquelles efies reposent, on peut leur faire deux objections :
(Il II. Byasson, lli'ldiion enlre le. Iraroil )iiiisciilaire et uilellecliirl ri /</ toiiijwsidon des iiritiex, Ihr^c O.c dclonit Paris. IStîS.
MT. LK il! A VA IL Ml s CI I.AlliK. (Î7
D'abord elles sont toutes fondées sur nu principe discutable, à savoir que la quantité d'urée excrétée par les nrines dans un temps donné représente la totalité des substances albuminoïdes oxydées dans l'organisme pendant le même temps; or l'on s'est demandé avec raison si l'azole ne peut pas être éliminé par une autre voie que par l'appareil rénal, par les poumons, les lëces, la peau par exemple. Ce fait semblait d'autant plus admissible que, d'un côté, les recherches de Barrai, de Bischoff, de Bidder et Schmidt, pour corn* parer entre elles les quantités de matières azotées ingérées et de matières excrétées par les urines, avaient indiqué presque toujours un déficit pour ces dernières; et que, d'un autre côté, Boussingault, Régnault et Beiset, Matteiici et Valentin avaient signalé l'exhalation d'une certaine quantité d'azutc par les voies respiratoires. Un sait que c'est à Bischoll et à Voit que revient le mérite d'avoir éclair('', par des rechercher [dus exactes, cette importante question de la nulriliun. Ce? éminents observateur ont démontré, en elîet, que tandis que la quantité de matières azotées contenue dans les excréments est excessivement variable suivant la nature el le poids des aliments ingérés, la proportion d'azote éhminéc ])ar la perspiration cutanée et par la respiration puhnonaire est constamment insignifiante.
Ensuite, les expériences instituées par 11. Byasson dans le but de déterminer l'influence du travail sur l'élimination de l'urée, présentent un autre inconvénient. La solution de l'important problème qu'elles ont pour but de résoudre dépend, eu etîet, de l'idée que Fou se l'ait de la source de rur(''c éliminée par les urines, et ditlère suivant que Ton admet que cette substance résulte exclusivement de la translormalion et de l'usure des })rincipcs azotés (\i'^ éléments oigani(iues, ou bien (pi'clle |)rovient également dri< substances alimentaires circulant dans le sang et transformées directement en urée, saiis avoii' subi une assimilation préalable Ot
m IM-LLLNCi: I)i:.^ \I.IMh.\T.s
celle quesliuii sci<'ntili([U(3 n'csl pas cin-orc résolue et suscilc bien des discussions et dcscontroveises.
Il s'agit donc d'exclure celte source d'erreur et de disposer ces expériences de manière à i-endic impossible l'admission d'un excès d'urèe provenant indireelcuicnt des aliments. Voici comment Voïl a toiiiiu' la diriieulti' : il soumit pn-alablement à une abstinence prolongée l'animal sur le(piel il devait expérimenter, de tacon à permettre à l'excès d'azote contenu dans son sang et de provenance liypotliétique, de s'éliminer complètement. Pendant cette abstinence complète de deux jours, Voit constata dans les urines du cliien mis en expérience une dimimilion progressive d'urée. Le Iroisième joui-, il lit marelier Tanimal dans une roue, munie d'un compteur indiquant le nombre de rotations exécutées par lui.
Voici les résultats de quatre séries d'expériences dans lesquelles Voit a déterminé la proportion d'urée excrétée en îli beures par les urines avant et a[»rès l'exercice auquel le cbien était soumis :
L'ixr. Crée.
lo Avant II
Iravai
l'ciidaiit cl
tqiiès le
ravail 16, H
ll,i
11 en conclut (juc raugmeiitatiou de la [)r(jportion d'urée éliminée par un animal soumis à un travail ((uetconque est insignifuiHie et qu'elle n est unlleineni en rapjtort avec la somme de travail effectué' par le sujel.
De son côté, llanke, expérimenlant sui' lui-même et prenant les précautions les plus minutieuses pour mettre ses observations à l'abri de toute cause d'erreur, a constaté, ainsi que Voit, une augmentation très-faible d'urée pendant el après le travail musculaire. Il admit donc (pTil n'existe aucun rapport direct entre le travail musculaire et la quantité
s r i; 1. 1 . r li \\ \\ l m i m . u i. a i n e. 09
d'urée excrétée par les urines, el que la faillie augmentation d'urée relevée dans ses obseivalions ])eut être seulement due à l'accéléralion de la circulation et de la respiration, qui accompagne Catalement l'exercice musculaire (l).
Enlin plus récemment, Ritter (de Nancy) a démontré, à a suite d'un arand nombre d'expériences relatées dans sa tliése (-2), que l'augmentation de l'urée due à la marche était l)eu considérable, comme on peut le voir par les chift'res suivants , qui représentent la composition moyenne des urines après le repos et après la marcbe :
ijiuiiiliti' il'uriih'. A/olc. AiMiiKiiiiainip. Crc<>, Aci'l<'' nrif[iip.
Ropos I,3i0 1 T.Sil 0.18 :>2,90 0,118
4 lipiirf's (le riiarciif. l,9i(t -2(i \\j,i ?,\Kir> 0,88
4 joins tle inarciie. . -2,1-2(1 '2(),:)(i U,.'i'.i ln,:!i) 0,0
On voit combien est amoindri, d'après les travaux précédents, le rôle des substances azotées dans l'organisme, ?t combien doit être réduite riuqjdrtance que r(»n atuilmiiit à ces substances au point de vue du développement de la hv(C' et de la production drs mouvements dans l'économie animale.
!^ .i. — Il est un autre [iliéuomène qui accompagne lalalement la contraction musculaire, c'est l'augmentation de la température animale.
n'est un fait bien connu .aujourd'hui que les muscles, en se contractant, produisent de la chaleur.
Becquerel (.')) avait constaté que la tlexion l'i'pétée du l)ras détermine dans le mu>cle Ijiceps une élévation de temp(''iature de O^S à V'.C.e lait a été vérifié par Ilelmholtz, qui, ayant soumis un muscle de grenouille à une excitation élec-
li) Vny. ScliilV, Lerons sur lu jiliijsUilrxjic de lu lUijesliui). 1807, t. 1. p. 5 et sui\.
l'î) Voy. RiUer, Thèse iIp dorloritl h sciences, n« ;i:V.i. Paris, 1872.
(2) Voy. Anidiles de chimie el de jjhijsiijtie, 2'' -«''rie, 1830, t. Ll\, p. 13-4.
70 IM'I.I'KNC.F DKs ALIMENTS
Iriquo iissrz [irolonove, y déiorniina un ('rhnnnVmont (].' 0",l().
De son cùlr, .1. Davy (1) a nicsurt' la lempéralurc de divers jKÙnls du CDi'ps d'un li()miu(^ immédialement avant ri après une marche ftiliganle et prolongée. Nous indiquons dans le tal)lcau suivant Ir-s ri'sullals ohlenns pai- cet oliscrvaleur :
AVANT LA MAIK IIF. Al'HÈ-- L\ MAUCIIK.
l'iodâ 21o,.i 360,2
Mains ;...., 270,2 35o.8
Sous la langue 36o,7 37o,7
rrino.s 37«,8 38o,3
Les chillrcs précédents indiquent, comme on le voit, une élévation de lemp('rature dans toute l'économie, ('dévaiion qui est surtout sensible vers les extrémités.
Les observations faites })ar Newport et Dulrochet sur des insectes ont donné les mêmes résultats.
^A. — Ainsi deux phénomènes principaux se manil'estciit dans l'organisme sous l'intluence du travail musculaire :
l" Absorption plus grande d'oxygène et excrétion plus considérable d'acide carl»onique, avec uue augmentation lrès-insignil]ante de la quantité d'urée élimin('^e par les urines.
il" Élévation de la température organique.
Il est bon d'ajouter que, pendant la période d'activitémusculaire, apparaissent certaines luodifications dans la composition propre du muscle (augmentation de l'inosite, de la créatine, diminution de l'albumine soluble, formation d'acide lactique qui tend à rendre acide la réaction du muscle habituellement alcaline); mais on ne rencontre jamais d'urée, ni dans le sang, ni dans le plasma du muscle contracté.
Il s'agit maintenant d'expliquer ces phénomènes de façon
Il Voy. Ann, île cliiinie l't de pliijs'niue, 3*" «rric, 1. MIL \>. 185.
Sli; LE TUAVAIL M l'S ClLA 1 R K. 71
à (lélerininer les véritables soiii'ces du iravail imiscLilaiiv.
Rappelons tout d'abord que la cbalour est un mode de mouvement; qu'elle peut, ainsi que tout mouvement, produire de la force, et que, d'après les estimations de Wayer, Joide, Ilirn et Clausius, un calorique équivaut à 4^5 kilot^rammètres. Par conséquent, tout animal qui exécute un iravail musculaire doit perdre une certaine quantité de chaleur proportionnelle à l'énergie et à l'activité du travail produit, lait important sur lequel nous ne pouvons trop insister, car il nous servira plus tard à établir l'inlluence remarquable qu'exercent les alinienls llicrmogènes sui' roxercice des muscles.
On croira.it à lort qu'il exisie une contradiction entre celte iranslormation du calorique en Iravail, lelle que l'indique la lliéorie mécanique de la chaleur, et l'/'lcvation de lempéralure que nous avons signalée pendant la contraction musculaire. Cette contradiction n'est qu'a})parente; quand un muscle se contracte, il y a, il est vrai, une certaine quant it(' de chaleur qui se transforme en mouvement; mais il se prdiluit, en vertu même de la contraction musculaire, des oxydations et des combustions qui, comme nous allons le démontrer, fournissent une proportion considérable de calorique, ce qui explique l'élévation de température indiquée par le thermomètre après l'exercice et le travail musculaires.
Une partie du calorique ainsi produit suftit à la manifestation du mouvement et devient latente, pour ainsi dire, en se transformant en travail; l'autre partie, qui n'est pas utilisée par la machine musculaire, reste sensible au thermomètre et se révèle par une élévation plus ou moins grande de la colonne mercurielle (I).
Ainsi, la condition sine fjuù non du travail musculaire est
(1) Voy. P. lîert, Nouveau UkHonnaive de médecine el île cliiruniie jiraliijiies, t. VI, nil. r.iui.i:rft ammai.f
--2 IN r'Ll i:.N('.E l>i:s AI.I.MK.NTS
la consommation d'une certaine quanlilé de la chaleur produite soit par les tissus organiques, soit par les dilTércnles substances qui entrent dans Valimenlalion.
Il est intéressant de déterminer quelles sont les principales sources qui fournissent à la libre musculaire le calorique nécessaire à son l'ondionnement. Ici, nous nous trouvons en présence de deux T)pinions contraires : ou bien le muscle lui-même, élément azoté, est la substîuice qui })ar sa tiansioruialion et son usure produit la Ibrce, ou bien il emprunte le caloi'ique dont il a besoin aux divers principes alimentaires que la diL>estion introduit dans le sang,
A. — La force iitccankjiic du si/stèmc rittiscHlaire provienl de la combii.slion des éléments de ce système. — On sait que pour Liebig le mouvement était une dépense de force vitale qui immédiatement, alln que l'équilibre ne fût pas rompu, donnait lieu à une dépense concomitante de transformations chimiques. Le grand chimiste expliquait ainsi l'activité de nutrition qui se produit sous l'influence de la contraction musculaire : « Xous voyons, dit-il, que, comme effet immédiat de la manifestation de la force mécanique, une partie de la substance musculaire perd ses propriétés vitales, son caractère do vie; que <:etle partie se sépare delà partie vivante, et perd la faculté de croître, avec sa force de résistance. Xous trouvons ([ue ce changement de propriétés est accompagné de l'introduction d'un corps étranger (l'oxygène) dans la composition de la libre musculaire, et toutes les expériences prouvent que la conversion de la fibre musculaire vivante en des composés privés de vitalité, est accélérée ou retardée suivant la quantité de force employée pour produire un mouvement. On peut alïirmer hardiment que ces deux ([uantités sont proportionnelles; qu'une tiansformation rapide de la libre musculaire ou, comme on peut l'appeler, un changement rapide de matière, détermine une quantité plus grantle de force mi'canique; et réciproque-
s eu I.F, TP.VVA II. MlSCl LAI RE, Tlî
nienl, qniine quantilé iilnsiirainhMle moiivomeiU mécanique K.le foiTo mécanique dépensée en mouvement) détermine un (liangcineni plus rapide de matière. » Liebig remarque ensuite (pic « la quantité d'aliments azotés nécessaire pour iVMablir l'éijuilibre entre ce qui est dépensé et ce qui est acquis est directement proportionnelle à la quantité de tissu liiélaninrphosé; que la quantité de matière vivante qui, dans le corps, jH'rd les conditions vitales, est, à égalité de température, directement proportionnelle aux effets mécaniques pioduils dans un temps donné ; (pie la quantité de tissu mé'tamorphosé dans un tem])s donné peut être mesurée par la (pianlilé d'azote contenue dans l'urine >\ et •' que la somme d'etl'ets mécaniques produits dans deux individus, à la môme température, est proportionnelle à la quantité d'azote cont(^nue dans leurs urines, soit que la force mécanijue ait été employée à des mouvements volontaires ou involontaires, soit qu'elle ait été dépensée par les membres ou par le coMir et d'autres viscères. »
Ainsi, d'après Liebig, l'action dynamique des muscles dépendrait uniquement de l'oxydation de leur propre substance, et principalement de la matière azotée que celle-ci renferme eu proporlion si notable. L'aliiueul azoté ne |>ourrait intervenir qu'indirectement dans cette action, puis((ue l'azote devrait être préalablement incorporé à la matière organisée, avant de j)Ouvoir subir la ccmbustion nécessaire à l'exercice musculaiie.
Telle ('tait la doctrine de Liebig, qui sembla confirmée (piclques années api'ès par l'expérience suivante, d'après laquelle ilelmboltz ( 1 ) cru! devoir rapporter à l'activité contractile des muscles l'exagération d'urée excrétée par Tappareil rénal pendant la période de travail musculaire :
i|( Hehiiluillz, De la co^soinmalioii df matière dans la coitlraclion muacuhiire {Mdller's Arcliir, 184.")).
Ti iNFi-riiNcr: ni> ai.imi.nt.s
Deux inombres de l;i inciiie jJi'enouille ayant été placés chacun dans une petite caisse semblable, llelmboltz solli( iia la contraction de l'un par 100 à 500 décharges d'un appareil d'induction, tandis qu'il laissa l'autre en repos pendant le même temps; puis les portions musculaires de chaque membre furent détachées, pesées et soumises à l'analyse. Il constata alors dans les muscles électrisés une augmentation des matières exlractives, augmentation qui devait provenir sans doute des substances azotées; car la quantité de graisse retirée de chaque membre fut la même.
Mais BischolTet Voït(l) ayant voulu, eu hSiKi, appuyer la théorie de Liebio- sur des faits plus concluants, ne purent constater dans leurs expériences qu'une augmentation d'urée tout à fait insignifiante, si on la compare au travail musculaire exécuté.
Voilà pourquoi, dans ces derniers temps, on a élevé des doutes sur l'exactitude de la théorie du chimiste allemand. Après un examen rigoureux de la question, Moritz Traube {"2), en 1861, crut devoir attribuer la force musculaire exclusivement à l'oxydation des substances grasses et des hydrocarbures. Ileidenhain et Donders formulèrent des conclusions semblables.
« Ces doutes des physiologistes, dit Létheby (?>}, ont été fortifiés par cette observation, qu'on peut exécuter beaucoup de travail eu peu de temps, sans faire usage d'aliments azotés et que, tandis qu'il y a toujours une relation entre la quantité d'azote contenue dans les aliments et la quantité d'azote excrétée à l'état d'urée, il n'y a pas de relation semblable entre les ad ions dynamiques du corps et les propor- 1 ions d'urée. »
i[) Bischofl' iiiifl Voit, Die Gesetz-p der Ernahnnuj den Fleischfressers. I-eipzig-, 1860.
(i) M. Traube, Ueher die VerlirentuiiHisu'iirme der Xdlinitujsstolfe iArcli. der Anat. uud Pliys., IHCA).
(3i Lnr. cit., p. G3,
sV !; I.F. I li.VVAll. MLM.i l. A 1 1; i 7.J
Aujoiinriiiii la (jueslion est k peu près jiiyV'e el. il est reeonim par la jdupart des physiologistes que la fibre musculaire loul en étant l'instrument au moyen duquel se niétamorpliûse la clialeur en mouvemeni, n'est point la substance qui produit la iVjrce, et que toutes les considérations hypothétiques sur lesquelles s'était fondé Liebig pour atiribucr le travail musculaire à la transformation et à l'usure de l'élément contrartile sont en contradiction avec les ])hénomènes physiologiques et avec les faits expérimentaux.
Nous espérons le démontrer dans les lignes suivantes.
I). — Lu force mécanique du système musuduire proeienl de 1(1 combustion des aliments. — D'après cette seconde opinion, le muscle n'est qu'un outil qui agit sur les aliments en absorbant la clialeur qui résulte de leurs oxydations et en l'utilisant pour la transformer en mouvement.
.Mayer (1 ) avait fait remarquer avec raison que, si le mouvement des ventricules du cœur était dû à l'oxydation de leurs libres musculaires, cette oxydation serait complète en moins de trois jours. De son côté, E. Smith avait démontré que la (juantité d'azote éUminée par les urines n'augmentait pas sous l'influence de l'exercice musculaire, bien que la proportion d'acide carboni({ue exhalée par les poumons lût plus considérable.
En 1867, Fick et ^Yislicenus ('2), voulant déterminer définitivement si l'oxydation des composés albumineux engendre seule la force musculaire, tirent l'expérience suivante :
Ayant exécuté un certain travail (l'ascension d'un pic des Alpes suisses, le Faiilhorn), ils éveduèrenl, par la proportion d'urée contenue dans leurs urines, la quantité d'albumine oxydée pendant l'ascension el la marche.
(1) Voy. Mayer l'deHeilbronii), il/e//iOÙ'e sur le mouvement organique dans ses rapports arec la nutrition, {.vadnil derallemandparL. Pérard. Paris, 1862, p. ôtii.
iii Fick et Wislicenus, Reclierches sur l'origine de la force musculaire {Tlie l.unret, ISfiT, t. If, p. 36G), traduit dans les Annales des sciences naturelles, 1808, p. 2.')7.
76 lNF(.rF.N<:F. DE: s AllMK\r>
Connaissant la quanlilô de clialeiir qui se dé.nape quand un p;ramme d'albumine se iransfoi'me on ni'ée, ils ont rompai é le calorique produit par l'oxydation de l'albumine à récpiivalent caloriiique du travail auquel il se sont soumis.
On conçoit que si l'on trouve ce dernier équivalent plus considérable, on ne peut attribuer la forc<,' musculaire à Toxydalion des seuls composés albumineux.
Il est vrai ([ue la quantité de clialeur produite par la combustion de l gramme d'albumine ne peut être évaluée exactement; toutefois, elle est certainement moindre que celle qui provient de la combustion d'un mélange qui serait constitué par les éléments combustibles qui forment ce corps composé.
Or 1 giamme d'albumine contient :
Oï'/Joô (le carbone, i|iii, (raprès l'équivalent caloritii|ue
de ce corps S(),80, donnent : \,'^'l unités de rlinli-nr,
O-'i.OTO d'hydrngrène, rpii, d'après TiMpiivalent ralorili-
(juc de ce corps oijtî, donnent : i,-H ■>
Total : (>,73 nnilés de rhaleur.
On peut maintenant calculer la chaleur produite en multipliant la quantité d'albumine bri'ilée (quantité déterminée d'après l'urée contenue dans les urines) par (\,lft unités de chaleur.
Opérant ainsi, Fick et ^Yislicenus ont reconnu que la chaleur ainsi produite ne représentait qu'une très-faible partie du calorique qui avait di'i se développer pendant l'exercice auquel ils s'étaient soumis dans l'ascension du Faulhorn. Ainsi l'usure de la partie azotée du muscle esta peine supérieure à celle que réclame la réparation ordinaire des organes.
Cette expérience intéressante et instituée dans les conditions de la plus scrupuleuse exactitude, a renversé, la théorie de Liebig, déjà si ébranlée par E. Smith, etconlumé d'une façon irrérutable les idées (jue .Mavci'émeitait siu' l'origine de la
SL r, LE I ]\\\ AI I, NI l s(.r LAI i'.K. 77
force miisriilairc, quand il disail : " Le l'uyer dans lequel la conibuslion se pi'oduil est rinléi'ieur des vaisseaux sani;uins; le sang, un liquide brùlanl lentement, est l'huile de la ilammc de la vie. Un muscle est un appareil au moyen du([uel la Iranslornialion des forces s'effectue, mais ce n'est pas la substance par le cliangement cliimiqui' de laquelle l'eifet mécanique se produit. "
§ 5. — Puisque la combusiion des substances alimentaires doit être considérée comme la principale source de la force musculaire, on peut supposer (qjr/o// que les aliments doués d'un pouvoir calorifique considérable doivent être plus spécialement propres au développement de cette force Or, si nous consultons le tableau où le D' Krankland (voy. j». 51) a relevé la quantité de chaque aliment, qui doit être oxydée dans le corps de l'homme pour élever son propre poids (05 kilog. en moyenne) à la hauteur de ."]<)( 10 métrés, en supposant que le cinquième seulement de l'énergie réelle soit transfoiiné en travail extérieur, nous voyons que, taudis qu'il faut ()(S:^-',::Î7 de sucre, ou :\\ i-',::il de beuri'c, ou bien -257-',l)() de graisse pour produire ce travail déterminé, la (pianlité de maigre de bœuf nécessaire à ce même travail s'élève à l5!)l)-'',5::^, ce ipii démonlr(:' combien la puissance motrice des aliments gras et hydrocarbonés est supérieure à celle des matières albuniiuuïdes et riches en azote.
Ce résultat concorde^ parfailemcnl, du reste, avec certains faits d'observation connus de tout le monde. Ainsi, on sait (pie, chez plusieurs animaux ivmarquaMes par leur résistance à la fatigue et par leur agilité (ruminants, chèvres, chamois, gazelles), l'analyse des muscles n'indique qu'une faible proportion d'albumine. Un connaît de i)lus le régime des habitants des régions septeiitiionales (régime en grande partie formé de corps gras et de substances hydrucarbonées), ({ui seud)lerait, d'après la théorie de I.iebig, être peu apte à remédier à la fatigue et à soutenir la marche, et la nature
78 IM l,IF..\C.i; lil> ALIMK.NIS
ties j)rovisiuiis dard, sucre, elc.) ([u'ein))nileiU a\cc eux les chasseurs de la Suisse occidentale, pour suivre le cliamois sur les monlaiiiies.
Notons en terminant que (\. Ynluren a remarqué que la l)lupart des insectes, à l'époque où ils sont inactifs, consomment principalement beaucoup de matières albuminoïdes, tandis ([ue leur régime se compose presque exclusivement de matières ternaires non azolées à l'époque où ils ruurnissent leur plus grand développement de travail musculaire.
Devons-nous conclure des recherches précédentes que l'aliment azoté ne contribue nullement au travail musculaire? Cela ne serait pas exact. Ayant l'ait faire à des hommes de longues marches pendant plusieurs jours consécutifs, et en les soumettant aune nourriture complètement dépourvue d'azote, Parkes (i) constata, il est vrai, une élimination exagérée d'azote par les urines et par les excréments sous l'influence de la fatigue musculaire, absolument comme si les sujets avaient été soumis à un régime ordinaire; mais il arriva à un autre résultat : chez ces hommes soumis à une alimentation nullement azotée, il se produisit en deux jours une diminution de poids de 1 à ïl kilogrammes, et la fatigue musculaire fut considérable. Si l'on en croit A. Motard (:2), ces résultats ont ('té confirmés par les recherches de Savory (de Londres), qui, ayant soumis des ratSj les uns à une alimentation exclusivement azotée, les autres à un régime Végétal, remarqua que, tandis que les premiers produisaient autant de chaleur^ les derniers périssaient au bout de quelques jours dans un état de maigreur considérable.
Tels sont les faits (jui tendent à faire admettre que la fibre tnusculaire, tout en fonctionnant principalement aux dépens des éléments hydrocarbonés et gras contenus dans le sang
ili l'arkes, On eUminalion uf ilte nilnxjen (hiihuj Ihe /es/ and exercice {l'roceeditigs of Ihc royal Societij i867; ("1) A. Motard, Troilé (l'Iuiiiiene (jénérale. l. I, p. "."il.
s ru LL TRAVAII. M ISC IL A I i; E. T^t
el provenant de ralimentation, el tout en ne rournissauL l)as elle-même le combustible nécessaire au travail, s'use cependant conmie tout élément qui vit, qui fonctionne dans l'économie et qui a besoin d'entretenir sa propre substance et de réparer ses pertes. Elle constitue, il est vrai, un outil qui utilise la clialeur fournie par l'oxydation des aliments, en la transformant en force et en mouvement; voilà pourquoi elle enq^loie surtout pour sa con.so m} nation les aliments doués d'un pouvoir caloritique considérable, c'est-à-dire les liydrocarbures et les matières grasses. Mais, en même temps, elle a besoin, pour son propre entretien, d'une certiiine quantité d'azote; c'est donc la matière azotée des aliments (jui préside à la réparation des éléments contractiles.
La théorie vient ainsi confirmer et expliquer ce que nous avait enseigné l'observation et ce qu'avait indiqué la pratique : l'importance de la viande et l'utilité des corps gras dans ralimentation du travailleur.