‹ Les aliments d'épargneChapitre 77 sur 146 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ACTION SUIl LA CIRCULATION.

• îi 1. — L'alcool augmente d'abord la force et la rapidité des battemenis du coeur. Chez un liomme bien portant, Parkes 0) a constaté que le brandy. élevait la rapidité du pouls dans la proportion de i.3 pour '100, en même tènips que la force du sujet était accrue ; connaissant lé cliifïrei^ui représente le travail du cœur dans les circonstances normales, il put déterminer le supplément de travail auquel lut soumis cet oraane en 2i- heures, sous rintluencc des ■4,8 onces d'alcool absolu que contenait la boisson administrée; il trouva que ce supplément équivalait à prés de r)000 kilogrammètres! Il obtint les mêmes résultats avec du vin. La période de repos du cœur fut diminuée, et cependant sa nutrition continua à se faire "comme à l'état normal.

Nous avons déterminé l'action de l'alcool dilué efà petites doses sur la circulation, au moyen du sphyginographe de Marey, et nous avons expérimenté sur un certain nombre d''hommes bien portants. Après avoir pris le tracé du pouls normal, nous faisions avaler à chaque sujet une certaine quantité d'alcool vinique {f>0 à 40''- d'eau-dc vie de Cognac marquant

(Ij Loc. cil., p. !27i.

55° à raréomélre de Gay-Lussac et de bonne qualité), et, quelques minutes après, sans dérançier Uappareil, nous prenions un second, un troisième, un quatrième tracé.

Comparant alors les divers tracés obtenus, nous avons pu étudier les modifications que l'alcool ingéré dans l'estomac détermine dans les caractères du pouls, comme le montrent les tableaux suivants :

N° 1. — Homme de 23 ans, bien portant et à jeun. Pouls normal, G8.

l'ouls, .') niiiL. ailles riiiiii'-tiiiii de 30 gr. d'eau-de-vie, 68.

l'ouls, lu min. aines, 72.

N" 2. — Homme de 23 ans, bien portant et à jeun. Pouls normal, fiO.

Pouls, 3 nuu. après J'iii^eslioii de 30 i;r. d'eau-de-vle, 6i.

10 min. après, Ui.

15 min. après, 68.

Marxaid. — Aliments d'épargne.

L'ALCOOI..

N" 3. — Homme de 20 ans.

l'oiils normal, 68

Pouls, 5 iTiin. après l'injrcstion de 50 irr. d'i^nii-ilf-vip, 7!

l'iiuis. 1 0 min njirès, 08.

.\" h. — Homme de '21 ans.

l'oiils normal, 6S.

Pouls, 5 iii'h. apn'-s l'iiisT'slion (in "0 ^v. (reaii-de-vie, 68.

Pimis, 1 0 min. après, G8.

D'après les travaux remarquables de Marey, nous connaissons aujourd'hui le ri'de considérable que joue la tension artérielle dans les caractères du pouls. Nous allons, suivant les préceptes donnés par cet auteur, interpréter la signification des tracés précédents.

Si nous examinons tout d'abord dans chaque groupe les divers tracés se rapportant à un seul sujet, nous trouvons dans quelques-uns des caractères particuliers et dignes d'intérêt.

Les tracés n" 1 et n" 2 ont été pris sur des hommes trèsimpressionnables, d'un tempérament nerveux très-accentué, qui n'avaient pas l'habitude de l'eau-dc-vie, et qui étaient

ACTION SUR LA CIRCULATION. m

très-facilement excités, disaient-ils, sous rinfluence des spiritueux et du cale.

L'ingestion de 30 grammes d'eau-de-vie a fait monter le nombre des pulsations par minute de 08 à 7:2 pour le premier, et de 00 à 08 pour le second.

Dans les tracés du n" 3, on voit le pouls, après être monté à 7:2, descendre à 08, sous l'inlluence d'une assez forte dose d'eau-de-vie (50 grammes).

Quant au n" i, la fréquence du pouls n'éprouve aucune modification.

Si nous jetons maintenant un coup d'œil général sur l'ensemble des tracés sphygmographiques, nous voyons que l'alcool à faible dose (;20, 30 ou 50 grammes d'eau-de-vie ordinaire) offre, quelques minutes après son ingestion, une action manifeste sur les caractères du pouls. Cette action dépend évidemment de l'énergie plus grande et de la fréquence plus considérable des battements du comr, et se révèle dans chaque pulsation par une ligne ascendante presque verticale, par une ligne descendante plus oblique et plus allongée, souvent en zigzag et formant une ligne brisée plus ou moins irrégulière, enfin par le sommet de la courbe j]ui devient plus aigu.

§ 2. — L'alcool produit certainement de la dilatation des vaisseaux périphériques, comme h démontrent la rougeur et l'injection de la peau qui apparaissent après son ingestion comme l'indiquent les nombreux tracés sphygmographiques, que nous avons recueillis dans nos expériences, et comme le -confirme l'abaissement de la pression sanguine qui se produit alors (Zimmerberg) (1).

(I) Au moyen d'un kymographion mis en communication avec la carolide ■il'un animal, Zimmerberg a reconnu un abaissement assez considérable de la pression sanguinei I5à 19 p. lUO),qui se manifestait consécutivement, soit ;; l'injection d'alcool dans la jugulaire, soit à l'ingestion de ce liquide dans l'estomac. Ces expériences renouvelées plusieurs fois sur des chiens ou sur des chats donjièrent les mêmes résultats. (Voy. Arch.'gén. de médecine, {]<' série, t. XVIII, 1870.)

Mais ces effets sont transitoires et dépendent certainement de la dose d'alcool administrée ; car, comme l'ont reconnu Lallemand et Perrin, dans leurs expériences sur les animaux auxquels ils taisaient absorber une certaine quantité de ce liquide, les battements du co^ur, primitivement augmentés de fréquence, éprouvent au bout do quelque temps un ralentissement notable. En même temps nous avons reconnu que ce ralentissement du cuiir s'accompagne alors de petitesse du pouls et de l'augmentation delà pression artérielle : effets compliHeinent opposés à ceux qui surviennent au début de l'administration des alcooliques, et qui sont surtout sensibles cliez certains malades, et particulièrement chez les fébricitants. A ce point de vue, nos observations concordent complètement avec celles publiées antérieurement par Anstie (1).

5^ o. — A quoi devons-nous attribuer l'influence de l'alcool sur la circulation? Ici, nous nous trouvons en lace des opinions les plus opposées.

Certains physiologistes, s'appuyant sur les expériences de Hering et de Samson, ont cru devoir rapporter cette action au ralentissem.ent produit dans le cours du sang par le mélange de l'alcool en nature avec le sérum sanguin (2).

(Il Voy. Médical Times and Ga-^elle. Septembre, 1868.

{i} Hering avait remarqué que l'introduction d'une certaine quantité d'alcool dans le sang déterminait un ralentissement notable du torrent circulatoire (a). Ayant introduit du prussiate jaune de potasse dans la veine jugulaire d'un cheval, cet observateur avait vu que, tandis qu'il fallait à cette substance de 25 à ^0 secondes pour parcourir tout le trajet circulatoire, elle n'apparaissait qu'au bout de 40 à -lô secondes dans l'extrémité supérieure de la veine, quand on avait injecté auparavant dans le sang une certaine quantité d'alcool. Ces résultats avaient été confirmés par Samson ib), qui, étudiant les effets des anesthésiques sur une patte de grenouille placée sous le microscope, avait constaté que l'alcool, comme l'éther et le chloroforme, produisait, après un accroissement momentané de l'aftlux sanguin, le ralentissement de la circulation dans le membre soumis à son examen.

(a) Voy. Cl. Bernard, Leçons sur les e/fels des substances lo.riqnes el médicamenteuses Paris, 1857.

(b) A. Samson, Oii the action of aaœsthesics and on tlie administration of chlorofonn. Med. Times and Cas., 1804.)

Anslie admet une influence exercée par ralcool sur les

vaso-moteurs; Parkcs l'attribue à une action produite par

celte substance sur le nerf vague et directement sur le cœur.

Voici l'explication qui nous semble la plus naturelle cl que

nous soumettons au lecteur :

Nous croyons devoir rapporter l' excitation initiale de la circulation produite par de petites doses d'alcool à l'abaissement de la pression sanguine dans le système circulatoire. Maintenant, comment expliquer cet abaissement? Une expérience de Zimmerberg nous permet de répondre à cette question; l'babile physiologiste a constaté, en effet, que ce phénomène est indépendant de toute influence sur le système nerveux , cl ne peut s'expliquer que par une action directe exercée par l'alcool libre dans le sang sur le muscle cardiaque; l'injection d'alcool dans la veine jugulaire d'un animal auquel on a sectionné préalablement les deux nerfs pneumogastriques, suffisant pour déterminer immédiatement, mais momentanément, l'abaissement de la pression sanguine dans le système circulatoire.

Quant au ralentissement et à l'aft'aiblissement des battements cardiaques, qui s'observent consécutivement aux phénomènes précédents chez les animaux auxquels on fait absorber une certaine quantité d'alcool, ils s'expliquent, contrairement aux premiers, par une influence exercée par ce liquide sur le bulbe rachidien, par l'excitation des extrémités centrales des nerfs vagues : fait qui a été démunu e également par Zimmerberg. On remarque, en effet, que chez les animaux alcoolis(!'S, on peut faire cesser ces phénomènes par la section des pneumogastriques, opération qui ramène alors les pulsations cardiaques à leur état normal.

Ils peuvent dépendre également de l'influence exercée par l'alcool sur le système grand symjialhique et de l'excitation par cet agent des nerfs vaso-moteurs, d'apiès ce principe énoncé par Marey, que le cœur bat d'autant moins vile qu'il

éprouve plus de peine à vider son contenu dans le système artériel.

§ 4. — Nous résumerons donc ainsi l'action exercée par l'alcool sur l'appareil circulatoire :

Primitivement : excitation directe duco'ur, d'où augmentation du nombre et de l'amplitude des pulsations (effets transitoires).

Secondairement ; excitation des pneumo^iastriques et des nerfs vaso-moteurs, d'où ralentissement des battements cardiaques et augmentation de la tension artérielle (effets consécutifs et permanents).

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