‹ Les aliments d'épargneChapitre 76 sur 146 · PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DE LIVRESSE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DE LIVRESSE

cool sur le système cérébro-spinal par « une impression moléculaire de contact, par rintermécliairedu sang, comparable à celle que l'on admet pour expliquer Faction de presque tous les principes médicamenteux et toxiques >) ; elle a été reproduite en partie par Cl. Bernard, c L'ivresse, dit <e grand plivsiologisle, tient à la présence de l'alcool dans le sang et à son action directe sur les éléments nerveux ; mais il faut tenir compte également de l'état de la circulation cérébrale, dont les modifications sont des accidents qui accompagnent l'ivresse sans constituer son essence (1). »

,^ 4. — Quelles sont ces modifications?

L'autopsie des individus morts à l'état d'ivresse avait fait reconnaître que l'action de l'alcool sur le cerveau s'accompagnait d'une congestion notable de cet organe; Tardieu avait même signalé dans ces cas, comme lésion commune, l'apoplexie méningée, lésion du reste constatée auparavant par Morgagni. Ces faits concordaient avec les observations de Flourens, qui, chez les oiseaux empoisonnés par l'alcool, avait trouvé une effusion sanguine à la base du cervelet.

(Juant à Lallemand, Perrin et Duroy, ils signalent comme lésions constantes dans les autopsies qu'ils ont laites : la réplétion sanguine des sinus de la dure-mère, la congestion de la pie-mère, l'état normal de la substance cérébrale.

C'est à Cl. Bernard que revient Tbonneur d'avoir déterminé l'influence des aneslhésiques sur la circulation cérébrale. .\yant pratiqué avec une érigne, dans la boîte crânienne d'riu lapin, un trou circulaire ayant à peu près les dimensions d'une pièce de 5(> centimes, et ayant mis le cerveau de l'animal à nu, il constata une liypi-n'uiie cérébrale manifeste au début de l'administration d'un aneslhésique (chlorofurme ou éther); à ce moment, «le cerveau, dit-il, se j gonfle et fait hernie par le trou du trépan ». (juand la réso-

(1| Cl. Bernard, Picriie des cours sciciililiqiies, année 18G'J,^p. 33i.

21f) L" ALCOOL.

lution cl rinsensibilitc eurent lieu, survint une anémie considérabit! de la sul)stance nerveuse (1).

Nous avons répété l'expérience de Cl. Bernard, en employant l'alcool comme ayent anesth('sique. Ayant appliqué une couronne de trépan sur le crâne d'un lapin, nous avons pu étudier sur l'animal vivant l'état de la circulation cérébrale ; sous l'influence de 50 grammes d'eau-de-vic injiérés flans restomac ta doses fractionni^'cs, nous avons vu survenir une liypérémic manifeste des hémisphères cérébraux, après chaque dose d'alcool ingérée ; au bout de quelque temps survint de l'anémie. Ce dernier état persista jusqu'à la mort de l'animal.

Nous pouvons conclure de ces laits que la circulation des centres nerveux subit, sous l'action de l'alcool, deux influences distinctes et successives : l" Vhi/pércmie, qui correspond à la période d'excitation; '2" ["anémie, qui correspond à la période d'insensibilité et de résolution.

Maintenant, quelle part d'influence faut-il atlibuer à ces modifications de la circulation cérébrale dans la production des phénomènes de l'ivresse? Suffisent-elles pour expliquer seules les désordres du système nerveux '? Nous ne le pensons pas ; elles n'interviennent que dans une certaine mesure qu'il s'agit de déterminer.

« L'hypérémie, correspondant à l'agitation qui marque le commencement de l'administration d'un agent anesthésique, dit Cl. Bernard r2), n'est pas un é-tat spécial, puisqu'on peut le reproduire autrement, en faisant tout simplement crier l'animal sur lequel on opère. »

(Juant à ran('mie consécutive, elle est la conséquence du repos absolu du système nerveux, et ne n'-sulle, pas plus que l'hypérémie, d'une action directe et spéciale de l'agent anestliésique employé sur les nerfs vaso-moteurs.

(1) \o\-. Revue îles cours scientifiques, année 1800, \>. 333. {ij Cl. Bernard, loc. cit., p. 333.

ACTION SUR LE S YSTÈM E N EU VEl" X. 217

Plus loin, l'illustre physiologiste ajoute (1) :

« Ramener tout simplement l'anesthésic aune anémie du cerveau, ce serait la même chose que de considérer l'ivresse uniquement comme une conséquence des modihcations de la vascularisation générale qu'on observe pendant sa durée. L'ivresse tient à la présence de l'alcool dans le sang et à son action directe sur les éléments nerveux. »

Outre les phénomènes vasculaircs que nous venons d'étudier, il y a donc une action directe exercée par l'alcool en nature sur la substance nerveuse. Mais en quoi consiste cette action? Nous avons vu plus haut que, dans l'état actuel de la science, il est impossible de la déterminer. Cependant diverses explications ont été émises à ce sujet.

(Juelques physiologistes ont invoqué une altération organique des éléments nerveux eux-mêmes, sous l'iniluence de l'agent anesthési(]ue. Nous avons mentionné le rôle que, dans CCS derniers temps, on a lait jouer à la décomposition du protagone ; R]ontons que Pappenheim et Godd ont admis, après la chloroformisalion et l'éthérisalion, l'existence dans les libres nerveuses centrales d'une lésion analogue à celle qui résulte du contact direct du chloroforme ou de l'éther avec les nerfs, lésion qu'ils ont constatée dans leurs expériences.

D'autres ont rattaché l'anesthésic à une simple lésion mécanique (Black (:2), PirogolV (o), Gozc). D'après ce dernier (4'), elle serait le résultat « de la compression du cerveau par des vapeurs ayant une tension élevée, semblable à celle qui est due à une cause traumatique enfonçant une pièce du crâne. En pratiquant une ouverture au crâne d'un lapin et le soumcltant aux inhalations ancsthésiques, on

(Ij Cl. Bernard, loc. cit., p. 3o.j.

(2) BlAck, Londoii inedical Gazelle, ISiS. ,

(3j Pirogofl', Recherches pratiques et plujsioloijiques sur iélhérisation. Saiiit- Pélersboiirg, 1847.

(•ij Lcllredo M.Cozc adressée à Orfila. {Gabelle médicale, i8i8, t, XVI.)

218 r/ALCOOL

constate alors que les battements du cerveau ont cessé de devenir appréciables, et i)ienlùt la hernie Cf'Tébrale s'est formée. On peut successivement laire rentrer ou sortir une portion de cet organe, en susi)endant ou en reprenant l'inhalation des vapeurs. »

Plus récemment, Lacassagne (I) a donné l'expUcalion suivante :

« Les physiologistes croient, et avec raison, que tous les actes de la vie, même les plus élevés, s'exécutent par des mouvements. Les libres cérébrales doivent avoir plusieurs manières d'être. Elles entrent parfois en vibration sous l'inlluence de certains excitants, que ceux-ci soient la pensée, la volonté, ou ]nen certains corps chimiques agissant sur elles. La pensée, a dit Moleschott, est un mouvement de la matière. Nous croyons que les anesthésiques, et parmi eux surtout le chloroforme, ont, à un moment donné, le pouvoir d'arrêter sur place, de catalcpsicr ces fdjres, et d'arrêter ainsi un mouvement commencé. » D'après le même auteur, outre cette action, les anestliési |ues en auraient une autre, ce serait de s'interposer, chacua à sa manière, entre les molécules nerveuses, ('e les écarter et de les t is:-ocier [)lus ou moins longtemps.

Toutes ces explications sont loin d'être satisfaisantes. Lallemand et Perrin {"2) l'ont remarquer avec raison : d\m côté, combien on est peu fondé à admettre, pour expliquer des troubles aussi passagers et aussi fugaces que ceux de l'ivresse, des altérations organiques, dont la plus légère s'accompagnerait de désordres durables dans le fonctionnement des éléments atteints; d'un autre côté, combien il est inadmissible que l'alcool, le chloroforme et les anesthé-

(1) Lacassagne, E/fels psijdtolo(jiijues du chloroforme, thèse de Strasbourg, 1867, p. "2^2. — Des phénomènes psijchoJoijùiues avant, pendant et après l'anesthésie provoquée. (Mémoires de l'Xcadémie de médecine, 186!'. t. XXIX, p. 1.)

{'2) Lallemaïul et Perrin, mémoire cité.

siques* circulent à l'état de vapeur libre dans le système vasculaire, où le sang est à une pression de une atmosphère. Quant à la théorie de Lacassagne, tout ingénieuse qu'elle soit, elle ne repose que sur une hypothèse hasardée.

Sans refuser à ces faits l'importance et l'intérêt qu'ils méritent, nous attendons de nouvelles recherches et d'autres travaux pour les préciser et en tirer des conséquences.

Pour le mornenl, nous nous Isornonsaux conclusions suivantes :

L'alcool agit sur le système nerveux :

\° Par des modifications particulières qu'il apporte à lîi circulation cérébrale ;

2° Par une action directe sur les éléments nerveux euxmêmes, action encore inconnue dans sa nature et indéterminée dans ses caractères, mais qu'il est permis de rattacher à la présence de ce liquide dans le sang.

§ 5. — On sait que Flourens et Longet, considérant dans le système nerveux : 1° le cerveau, comme organe de l'intelligence et de la volonté ; 2° le cervelet, comme préposé à l'équilibre et aux mouvements de locomotion ; .">" la protuhérance annulaire, comme nécessaire à la sensibilité générale et tactile; i" la moelle allongée, comme présidant à la circulation et à la respiration ; admettaient un envahissement progressif de ces différentes parties du système cérébro-spinal par les substances aneslhésiques, envahissement qui se ferait toujours dans l'ordre suivant : \° cerveau et cervelet; 2" protubérance annulaire; ."1" moelle épinière ; •4" moelle allongée.

Lallcmand et Perrin ont, dans leurs recherches expérimentales, confirmé en tous points avec le chloroforme et l'alcool, les faits constatés par Flourens et Longet avec réther.

Il nous reste maintenant à démontrer que les effets observés chez l'homme pendant l'ivresse, et chez les animaux

soumis à l'aclion de l'alcool, s'expliquent parfaitement par le mode de Ibnctionncment habituel du système nerveux.

Nous avons vu que les plicnomènes initiaux de l'intoxication alcoolique chez l'homme et chez les animaux sont : les troubles de Tintehigence etTinceitilude des mouvements. Ces résultats indiquent que le cerveau et le cervelet sont en premier lieu atteints par l'alcool; car nous n'avons pas besoin de nous appesantir sur le rôle que tous les physiologistes font jouer au cerveau, comme centre des facultés intellectuelles, et sur la faculté plus discutée, sans doute, mais admise par Flourens, Magendie, P.ouillaud, Andral et Longet, dévolue au cervelet, comme centre d'écjuilibre et de coordination des mouvements.

En nous reportant encore au tableau de l'alcoolisation aiguë, nous voyons qu'à la première période eu succède une seconde, dans laquelle, aux troubles de l'intelligence et de la coordination des mouvements, s'ajoutent des désordres de la sensibilité et de la motricité : ces derniers sont assez caractéristiques pour indiquer que la moelle épinière est à son tour impressionnée.

il y a donc propagation de l'intluence alcoolique de l'encéphale à la moelle; mais comment expliquer cette propagation? Peut-on admettre que la vapeur d'alcool voyage à travers les divers étages de l'axe cérébru-spinal, et porte ainsi son action de l'un à l'autre? Ce serait bien étrange et bien merveilleux assurément, comme Ta démontre Bouisson (1), pour les anesthésiques en général; aussi nous n'insisterons pas sur cette action plus que problématique. Dirons-nous, avec Maurice Perrin (:2), que bien que l'action de l'alcool sur les éléments du système nerveux soit générale et simultanée, elle se traduit pourtant successive-

(1) lîouisson, ^/e»io/;'e sur l'éthérisalion considérée dans certains cas de médecine légale. Paris, 1847.

{'2) Maurice Perrin, Traité d'anestJiésic chirurgicale, p. iiO.

ment dans les divers étages de l'axe cérébro-spinal, parce que la moelle épinière aurait, par rapport au cerveau, une cxcitabililé moins prompte et moins énergique, sous rinfluence (les agents médicamenteux ou toxiques introduits dans le sang? Mais cette excitabilité moindre, que présenterait la moelle par rapport au cerveau, n'est nullement démontrée.

C'est à Cl. Bernard (1) que revient l'honneur d'avoir éclairé ce point intéressant de pathologie expérimentale; on connaît l'expérience intéressante à l'aide de laquelle ce grand physiologiste a démontré l'influence anesthésique que, sous rinfluence du chloroforme, exerce le cerveau sur la moelle épinière et sur les nerfs sensilifs qui en émergent.

Nous avons répété nous-mêmes plusieurs fois l'expérience instituée par le grand physiologiste, mais au lieu de nous servir du chloroforme, nous avons employé l'alcool. Nous donnons ci-dessous le résultat de nos observations :

Une grenouille de forte taille, chez laquelle la moelle épinière a été mise à nu, est liée par le milieu du corps, immédiatement au-dessous de la naissance des membres antérieurs, à la hauteur de la bifurcation de l'aorte; la ligature embrasse toutes les parties molles, sauf la moelle épinière, qui continue à transmettre dans le train postérieur l'influence du cerveau. On injecte sous la peau de la partie antérieure, et au moyende la seringue de Pravaz, 5 décigrammes d'alcool à 55". L'alcool ne peut atteindre la partie postérieure de la moelle située au-dessous de la ligature ; cependant l'anesthésie et la résolution musculaire se produisent au bout de peu de temps, non-seulement dans la tête et les pattes de devant, mais encore dans le tronc et les pattes de derrière, oii les nerfs sensitifs, à l'abri de l'action directe de l'alcool, n ont pu être atteints que par l'influence des centres nerveux qui leur ont transmis l'anesthésie.

(Ij Claude lîernarcl, loc. cit., p 334.

-2i2 L'ALCOOL.

: Nous verrons plus tard que le même phénomène se produit également, quand on expérimente dans los mêmes conditions avec la caféine et la cocaïne.

§ 0. — Il s'agit maintenant de déterminer dans (pielle direction se propage l'influence de l'alcool dans la moelle épinière.

D'après Lallemand et l'cnin, cette propagation a lieu de bas en haut, et remonte de la queue de cheval vers le bulbe. Ceux-ci ont observé, en effet, que, chez les animaux alcoolisés, les troubles de la sensibilité et de la molilité commencent toujours par les membres postérieurs et ne s'étendent que consécutivement aux membres antérieurs; fait qui a du reste été démontré récemment par Cl. Bernard pour les anesthésiques.

Mais il y a dans la moelle deux appareils distincts : Vftppareil sentit i f QlX appareil moteur ; (\\xe\ est le premier atteint par ralcool? Lallemand et Perrin, se fondant sur la succession des phénomènes constatés chez les lapins qu'ils soumettaient à l'influence de l'alcool, avaient reconnu que les différentes propriétés de la moelle étaient toujours modifiées dans Tordre suivant : 1° sensibilité ; -H" motricité; S'' pouvoir excita -moteur. Ces physiologistes en conclurent que les faisceaux postérieurs et les racines qui en émergent étaient alcoolisés avant les faisceaux antérieurs. Déjà Flourens et Longet avaient formulé les mêmes conclusions, après avoir expérimenté avec l'éther.

Les nouvelles expériences faites, en 18(i0,par Cl. Bernard au Collège de France, l'ont conduit à admettre que, quel que soit l'agent anesthésique employé, il atteint toujours en premier lieu l'extrémité centrale du nerf sensitif, bien que lanesthésie se manifeste constamment à son extrémité périphérique.

Ce n'est qu'en dernier lieu que l'alcool agit sur le bulbe, dont l'intégrité, comme on sait, est nécessaire à l'entretien

et au mécanisme des L^randes fonrtions organiques, de la respiration et de la circulation. Là encore il se comporte à la façon des anesthésiques, qui n'agissent sur la moelle allongée qu'après que la moelle épinière a perdu tout principe de sensibilité et de mouvement, comme l'ont démontré les belles expériences de Flourens.

Nous sommes encore à nous demander pourquoi les effets de ces agents transportés par la circulation dans toutes les directions se révèlent en dernier lieu dans la moelle allongée, et nous trouvons les mêmes explications que nous avons invoquées pour la moelle épinière; à moins que nous n'admettions avec Parcliappe (i) que le bulbe a une plus grande force de résistance que les autres parties du système nerveux contre toutes les chances de destruction, et qu'il possède un degré de vitalité plus considérable que le cerveau et la moelle.

§ 7. — En résumé, l'action de l'alcool sur le système nerveux est tout à fait comparable à celle des principaux anesthésiques (chloroforme, éther, etc.); pour tous ces agents, l'anesthésie ne sui'vient qu'après une période d'excitation plus ou moins longue, mais qui est surtout marquée pour l'alcool. Comme le chloroforme et l'éther, l'alcool agit principalement sur le cerveau, qui anesthésie par influence la moelle épinière et les nerfs qui en dépendent. La paralysie atteint d'abord les nerfs sensitifs, où elle se manifeste constamment à leur extrémité périphérique, bien que l'agent paralysant atteigne en premier lieu l'extrémité centrale; puis elle s'étend aux nerfs moteurs, dont l'influence sur la contraction des muscles est supprimée; en dernier lieu, la moelle perd ses propriétés excito-motrices.

L'alcool n'agit sur le bulbe qu'après que la moelle (''pinière a perdu tout pouvoir de sensibilité et de mouvement.

(1) Parcliappe, De l'aclion toxique de l'éther sulfuriqne. (Annales médicojmjchologiques, t. H.)

Page 1