IV AVANT-PROPOS
plus encore dans sa politique étrangère, son hostilité implacable contre la France :
je tiens pourtant à parler d'elle sans dénigrement et sans injustice, comme j'essaye de juger mon pays sans le flatter et sans m'aveugler moi- même.
Aimant la France avec passion, je veux la servir d'un cœur clairvoyant.
J'ai la conscience de sa valeur, l'ambition de sa gloire et de sa primauté.
Les malheurs de la patrie , ses désastres , ses fautes ne m'ont pas fait douter d'elle.
Mon patriotisme a gardé ma foi en sa vocation providentielle , indestructible ; et les accès inouïs de la crise séculaire qu'elle traverse n'ont jamais tué un atome de mes espérances.
Décembre 188?.
Départ pour l'Allemagne. — La criiiqae moderne. *• Scène de rimmatriculation à runiversité de Berlin. — Deroir patriotique de publier ces observations.
En 4881, vivant dans une retraite absolue, je m'appliquai de longs jours à étudier les origines du christianisme. Celui gui a£Pronte aujourd'hui une telle étude est emporté du même coup dans la critique moderne comme en pleine mer orageuse. Tout Vy entraine : les lois de la science historique, l'examen des traditions, le contrôle des documents originaux. Or, la critique moderne, en ce qui concerne le
t LES ALLEMANDS
christianisme, n'a été en aucun pays, depuis un siècle, cultivée avec plus de patience et d'acharnement, si ce n'est de clarté et de succès, que dans les universités d'Allemagne C'est ainsi que je fus amené à regarder vers une terre étrangère, antifrançaise.
Je refoulai sans hésiter les répulsions instinctives de mon patriotisme, et je partis, résolu à m'asseoir sur le banc des étudiants allemands, au pied de la chaire de leurs maîtres, à Leipzig, à Gôttingen, à Berlin.
La porte des universités allemandes est lar- ' gement hospitalière à quiconque veut s'instruire, sans distinction d'âge, de langue, de culte, de nationalité. Elle n'est fermée qu'aux amateurs désœuvrés, anonymes. Aucunejemme n'en franchit le seuil.
Voici comment elle s'ouvrit pour moi à Berlin, et comment elle s'ouvre à tout étranger qui demande à être inscrit officiellement sur les registres de VAlma Mater