LA FACULTÉ ÉCONOMIQUE
Dans les sociétés naissantes et illettrées, le prêtre ne préside qu'au culte, le légiste se confond avec le juge arbitraire tranchant les nœuds gordiens d'un coup d'épée, et le médecin n'est qu'un guérisseur empirique, ignorant ce qu*est le mal et comment il le guérit. Dans les peuples civilisés, le prêtre se double du docteur sachant ce qu'il croit, pourquoi il croit, et capable de persuader ou de réfuter Fignorant ; le légiste a la science du droit et de la justice ; le médecin devient un vrai savant, initié au mécanisme de la vie; il sait de quelle façon l'horloge se détraque et de quelle façon elle se répare, si le ressort n'est pas brisé.
Le monde moderne s'est élargi : il ne subsiste plus seulement sous la haute direction des prêtres, des médecins et des légistes, il obéit encore à l'impulsion de toute cette classe de grands travailleurs qui ont pour objet d*améliorer la terre et de l'adapter scientifiquement à tous les besoins de Thumanité civilisée.
Comment les Allemands, qui ont avec tant
m LES ALLEMAND»
de sagesse pratique conservé et perfectionné, raffermi et étendu le vieux cadre du moyen âge, n'ont-ils pas ajouté aux trois facultés pro* fessionnelles une quatrième faculté?
Leibnitz, par une vraie intuition du génie, en avait entrevu la nécessité ; il rêvait devant ses contemporains, peu faits pour le comprendre, une acuité nouvelle. Il la nommait faculté économique, et elle devait embrasser dans son domaine tout le programme de nos écoles polytechnique et centrale, les arts mécaniques et mathématiques dans leurs généralités, et tout ce qui regarde là subsistance des hommes et les commodités de la vie *.
Le rêve de Leibnitz attend encore sa réalisation. La routine a prévalu sur ce point dans Torganisation de l'instruction publique, chez tous les peuples.
Puisque l'Allemagne elle-même n'a pas suivi l'inspiration d'un de ses meilleurs génies, je
i . Nouveaux essais sur Ventendement humafn.