LA FACULTÉ ÉCONOMIQUE
souhaite que la France, dans une heure de ccCte initiative dont elle a quelquefois le secret, ajoute à ses facultés des sciences et des lettres une faculté économique, telle que la demandait le grand penseur allemand.
Isolement de la théologie dans renseignement supérieur en AmtM'ique, en Russie, en Italie, en France- — Rechercbed sur les causes de ce phénomène. — Elles tiennent à la lutte de l'Église et de l'État. — Conséquences funestes. — L'abaissement de la théologie en France date de loin. — Talleyrand-Périgord et Diderot — ÀTantage d'incorporer la théologie dans l'organisation de runiversité. — Discussion nécessaire des questions philosophique et religieuse. — Ck)mment se forme le clergé dans le diocèse de Rotten* hourg en Wurtemberg.
Si rAUemagne a eu le tort de ne point compléter la vieille organisation universitaire, les autres nations modernes ont commis une /aute plus grave : elles l'ont diminuée.
En Russie comme en Amérique, en France comme en Italie, on a supprimé presque partout, dans les universités, les facultés de théologie, de l'encyclopédique organisation du savoir. Je 17) trompe : on n'a pas supprimé la théologie, on on a fait, comme de Fart militaire, une spécialité professionnelle ; on ne Ta pas détruite, cm Ta internée, isolée dans des écoles fermées à la grande vie publique.
Ce phénomène, qu'il serait délicat de mettre en pleine lumière, a eu des causes multiples et souvent très opposées. D'une part, en voyant la vie moderne monter comme un déluge, rÉglise a fait comme Noé, elle a essayé de construire son arche, pour y enfermer la race élue, ses phalanges de combat, son livre divin, tous les trésors de la Tradition. D'autre part, . l'incrédulité croissante a méconnu de plus en plus le caractère hautement scientifique de la doctrine chrétienne et du catholicisme ; elle a, par un mstinct secret, deviné que le moyen le plus sûr de déconsidérer la religion et de lui
ISOLEMENT DE LA THÉOLOGIE m
ravir, dans la civilisation nouvelle, le respect qui ne s'attache qu'à tout ce qui est intelligent était de réduire le prêtre à être plutôt le ministre du culte que le docteur des vérités éternelles. Au fond, c'est la lutte de l'Église et de l'État qui a le plus contribué à la séparation de la théologie et des sciences humaines. Ici, l'esprit de préservation joint à un sentiment de digoîté méconnue ou froissée, là, l'incrédulité et l'absolutisme ont toujours amené les mêmes résultats.
Partout où le régime de l'union des deux puissances subsiste, où l'État et l'Église soumise ou maîtresse sont restés unis, en Autriche en Allemagne, en Angleterre, la science religieuse est restée partie intégrante du savoir supérieur et la théologie tient la première place dans l'organisation universelle. Dans les nations où la lutte a été la plus vive, eUe tend à disparaître. En Italie, la théologie a été exclue des vingt et une universités nouvelles du jeune royaume, et elle a dû se réfugier dans
un rameau de moins dans Tarbre de la science universelle.
Les nouvelles chaires créées sous le nom d'Hisioire des Religions ne sauraient combler le vide, pas plus que l'histoire de la médecine ne pourrait suppléer à l'étude de la médecine même.
La décadence de la théologie dans l'organisation des universités ne date pas d'hier. Pour en suivre la marche, il faut remonter à un siècle en arrière ; et pour voir quelle étroite idée on se faisait, en France, dès la Révolution, de la science religieuse, dans les régions gouvernementales, il faut étudier les Discours et Rapports sur rinstruction publique^ prononcés à l'Assemblée nationale de 1791 et de 1792, et à la Convention*. Nous citerons notamment le passage du rapport de Talleyrand-Périgord sur les écoles pour les ministres de la religion*.
1. L'Instruction publique en France, pendant la Révolution, par C. Hippeau.
% , Môme ouvrage, page 73. >