LES AMBITIONS NATIONALES
Jamais, du reste, les ambitions nationales n'ont été plus surexcitées. Quel drame poignant que ces peuples modernes en compétition et en lutte secrète ou déclarée! On dirait des oiseaux de proie, de grands fauves occupés à se regarder d'un œil terrible et défiant, attendant rheure de se dévorer. C'est à qui aura la force, la richesse, la gloire. Il n'est guère question de justice : on ne rêve qu'agrandissement et conquête par ruse diplomatique ou par force brutale. On conclut des alliances, en répétant bien haut qu'on veut la paix univer* selle; et celui qui noue ces alliances a passé sa vie à faire dégainer les épées et à créer à coups de canon un vaste empire.
Je ne souhaite pas à mon pays d'entrer eL' complicité avec de tels machinateurs ; qu'il reste plutôt isolé, ne recherchant d'alliance indissoluble qu'avec la justice. Qu'il laisse, sans s'émouvoir, l'Allemagne et son chanceliei tramer de nouveaux complots : le peuple vraiment grand est celui dont l'histoire est saos
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crime. Si, quelque jour, de grandes iniquités internationales devaient être commises, le peuple franc seul aurait encore le courage et la vertu de mettre sa force au service du droit, car il appartient à la race fiëre des chevaliers. La gloire peut Tenivrer et l'égarer ; mais il revient de ses illusions, et finit par préférer à la gloire l'honneur et la justice, aimant mieux tomber avec la justice que triompher sans elle.
Dans cette lutte pour la prééminence, la victoire appartiendra toujours au plus clairvoyant; mais il faut veiller à ce que le plus intelligent soit aussi le plus généreux et le plus honnête.
Ce qu'on voit tout d'abord eu Allemagne : caMmes et écoles. — La France, voilà Tennemi ! — Allemands et Prussiens ; Germains et Slaves. — Force du militarisme en Allemagne.— De quoi s'enorgueillissent les Allemands. — Leur armée et leurs universités. — Témoignage dtt docteur DôUinger.
La c aserne, Féc ole : voilà ce qui frappe tout d'abord le regard de lobservateur, voilà toute rAilemagne contemporaine.
Les Allemands ont le culte de la force et celui de Fintelligence. Il n'est pas de pays où le militarisme soit plus fortement organisé et la science plus universellement cultivée.
Voyez Berlin : le militaire y est partout. Nous dissimuloDS Tuniforme en France; en Allemagne, on Tétale. Il semble nous peser, et eux le portent avec une raideur superbe. Quelle luxueuse caserne que la capitale du nouvel empire !
Chaque matin — les jours de fête exceptés — les régiments traversent, musique en tète, les principales rues, se rendant à Tempelhof, au champ de i^anœuvre. Avant de partir, ils vont au palais impérial prendre les aigles ; au retour, ils viennent les y déposer : ce palais en est la remise. Lorsque les porte-drapeau entrent, les tambours battent aux champs, accompagnés par le fifre strident et la fanfare.
Le vieil empereur, debout à sa fenêtre, salue d'un mouvement de tête sa chère armée.
Il a l'air d'être le premier soldat de son peuple. Et son palais?... Ce simple édifice carré, avec ses quatre aigles aux quatre coins de la toiture, et *\es quatre colonnes à la porte d'entrée, no dirait-on pas un corps de garde impérial ?