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CASERNES ET ÉCOLES

Les casernes, surtout dans les États qui se sont groupés autour de la Prusse pour constituer le nouvel empire, sont de construction récente. On les voit, dans la Bavière et dans le Wurtemberg, dans le Hanovre et dans la Saxe, en pleine floraison : rien n'est épargné pour donner à ces édifices l'ampleur, Télégance et la force. Os se dressent, non sans fierté, comme la preuve vivante d'une organisation militaire qui n*a d'égale dans aucun pays, aucun siècle, aucune civilisation. le me suis toujours demandé comment ce peuple qu'on dit si pauvre a de quoi construire des palais à ses deux millions de soldats.

En donnant à la force militaire une or^nisation et une étendue pareilles, TAllemand n'obéit pas au simple culte de la force : il subit une nécessité pratique. La séculaire histoire de TAllemagne a démontré aux Germains que les dangers pour eux viennent toujours de TOccident.

L'ombre de Louis XIY et celle de Napo-

léon P' se dessinent à leurs yeux comme des fantômes redoutables. Ils savent qu'au delà du Rhin, entre FOcéan et le fleuve fatidique, des glaives puissants peuvent être brandis. Quand H. Thiers, en pleine guerre, dans ce fameux voyage à travers les cours européennes, demandait à L. de Ranke, à Vienne : « Que veut donc TAllemagne? » le vieil historien répondit :

« Détruire Fœuvre de Louis XTV. » — Aujourd'hui, si on interrogeait sur leur, but les maîtres de la politique de TEmpire, ils répondraient encore, pour peu qu'ils eussent la même franchise : « Nous tenir prêts contre les Louis XIY ou les Napoléons de l'avenir. »

Mais ce qu'ils ne diraient pas, c'est la façon terrible dont ils entendent se tenir prêts. Tant que la France est la France, les Allemands se sentent inquiets. Une crainte instinctive les trouble, quand leurs yeux se tournent vers le Rhin. Leurs victoires inespérées, inouïes, leur semblent plus encore un coup de la Providence, que l'œuvre préméditée de la bra-

LA FRANGE ! VOILA L'ENNEMI If

Youre, de la tactique et du génie. La politique qui a su choisir l'heure et surprendre la, France imprévoyante a plus fait pour le triomphe que le guerrier octogénaire. Ils essayent pourtant de se persuader le contraire, et de s'endormir sous la garde de leur savant capitaine et sous Toeil vigilant de leur grand politique.

Vingt fois j'ai pris plaisir à les réveiller brusquement. — « Que ferez-vous, leur disais-je, le jour où disparaîtront Moltke et Bismarck? » lis secouaient la tète, et répondaient en souriant : « Moltke ne mourra pas, il a fait école. L'armée organisée par lui défendra TAUemagne contre tout. » — Et qui recueillera la succession du chancelier?

son génie audacieux a-t-il fait école, lui aussi? » ^

Là, mes interlocuteurs se rendormaient.

M. de Bismarck a moins de foi que ses compatriotes dans les généraux d'Alexandre.

Il met sa sécurité moins dans la force de ses

Poméraniens que dans la faiblesse de la France. La France forte, c'est rincertilude, le péril, la menace de l'œuvre du chancelier; c'est la Prusse entravée dans son œuvre de violence, de ruse, d'opiniâtreté. Je dis* la Prusse et non rAllemagne : car rien ne ressemble moins au Prussien que le Bavarois, le Saxon, le Wurtembergeois, le Hanovrien et le Rhénan.

L'Allemagne entière roule aujourd'hui dans Forbite tracée par la Prusse; l'idée de l'unité allemande resserre tous les États de l'Empire dans une gloire et un intérêt communs; le Français, pour tout Allemand, reste l'ennemi, et néanmoins le Germain demeure particulariste. Son unité politique n'est pas le fruit spontané de l'évolution normale de son génie, elle lui est venue du dehors : les États confédérés n'ont été fusionnés et pétris qu'avec le sang de la France par la main habile et violente de la Prusse. Ils le savent; et ils sont convaincus qu'une défaite pourrait détmire ce qu'une victoire a créé. Pour briser cette unité.

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