Les alliages métalliques
Les alliages ont été connus dès la plus haute antiquité ; la Bible, l'Iliade en font mention. Ils ont été obtenus d'abord par le traitement direct des minerais métalliques généralement associés dans leurs gisements. Les mélanges naturels J de pyrite cuivreuse avec la galène plombifère ont donné aux ^ anciens Egyptiens, aux Grecs, aux Chinois, les alliages \ cuivre-plomb, souvent confondus avec le cuivre pur ; les \^ mêmes alliages sont aujourd'hui préparés dans les mêmes \ conditions par les nègres du Congo.
^ Peu à peu la distinction se fit entre les alliages et les métaux simples; les alliages purent être préparés à volonté avec une composition déterminée par la réunion de leurs constituants. Un fait capital frappa nécessairement les premiers observateurs : la différence considérable existant souvent entre les propriétés d'un alliage et celles des métaux qui le composent ; l'absence de proportionnalité entre les changements de la qualité d'un métal et la petite quantité de certaines substances étrangères ajoutées. Le bronze, le laiton r^nt une dureté, une couleur qui ne rappellent aucunement celles de leurs éléments. Les plus faibles proportions d'arsenic, de mercure ajoutées au cuivre suffisent pour le rendre cassant et pour le blanchir. Ces deux faits expliquent l'importance si grande prise par les alliages et la somme énorme d'efforts consacrés à leur étude.
Les armes, les outils, tous les ustensiles nécessaires à la vie exigent, suivant leur emploi, des qualités différentes ;
VIII IJREFACE
pour les obtenir, les combinaisons en nombre illimité des métaux entre eux ont fourni la matière première nécessaire. Mais il a fallu un labeur infatigable, prolongé pendant des siècles, pour préciser les formules de traitement donnant, avec l'infinie variété des minerais, un résultat toujours semblable à lui-même.
Pendant que les artisans se livraient à ce travail, les sauvants dans leurs officines, les alchimistes recherchaient les causes des propriétés si variables des métaux. Frappés de l'influence énorme d' impuretés en proportions minimes, ils assimilèrent ces transformations des métaux aux opérations de la teinture, cherchant à transmuter les propriétés d'un métal sur un autre, à faire de l'or artificiel, comme on peut transporter une couleur prise à une plante sur la fibre incolore d'une autre plante. Ces travaux incessants ne furent pas perdus ; nous leur devons la science chimique et la métallurgie.
Ce passé qui nous semble bien vieux aujourd'hui n'est pas aussi éloigné qu'on pourrait le croire. Si le XIX^ siècle a été le témoin d'un essor inouï de l'industrie, il ne faut pas cependant méconnaître les résultats considérables obtenus avant lui. Depuis longtemps déjà le bronze, le laiton, l'acier, la fonte étaient connus et habilement employés. En dehors de l'industrie du fer, on en est encore sur bien des points aux vieilles recettes empiriques se transmettant dans les usines comme un secret précieux, qui une fois perdu ne saurait être retrouvé ; les profanes ne sont pas admis à en prendre connaissance. Aussi est-il fort difficite de faire un bon traité des alliages. Les méthodes scientifiques de l'industrie moderne n'y sont d'aucun usage ; la tradition est jalousement gardée par ses dépositaires. La plupart des ouvrages semblables sont des compilations sans intérêt où le vrai et le