CHAPITRE X
§ 168. — Le platine s'unit avec la plupart des métaux pour former des alliages, mais à cause de son haut point de fusion, il est très difficile d'obtenir des corps de composition délinie contenant des constituants volatils. Il faut aussi se rappeler que des métaux, comme l'argent et le cuivre, qui dans les circonstances ordinaires ne se vaporisent pas, prennent facilement l'état gazeux au point de fusion du platine. Quand une petite quantité de platine est chauffée avec un grand excès d'un métal plus fusible, le point de fusion est suffisamment abaissé pour permettre de fondre le platine et de l'allier aux métaux aux températures de nos fours ordinaires. Pour la plupart, les alliages du platine sont plus fusibles que le platine lui-môme. Si l'on désire allier beaucoup de platine avec un autre métal, on emploie un dispositif particulier, le four à chalumeau oxhydrique.
Deux blocs de chaux vive sont creusés de façon à former une cavité dans laquelle on placera le métal à fondre. La cavité dans le bloc inférieur est plus profonde que celle du bloc supérieur, car elle doit, contenir le métal fondu. En son centre, le bloc supérieur est percé d'un trou à travers lequel passe un chalumeau oxhydrique; une ouverture entre les deux blocs permet l'échappement des produits de la combustion et sert d'issue au métal fondu. Le chalumeau est un double tube concentrique, l'intérieur amenant l'oxygène,
362 ALLIAGES METALLIQUES
l'extérieur l'hydrogène ou le gaz d'éclairage. La chaleur intense, développée par la combustion de l'hydrogène dans l'oxygène, suffit pour fondre une quaintité considérable de platine ou d'alliage de platine. Lorsqu'on prépare un alliage, le platine est d'abord fondu, puis le métal ou les métaux sont ajoutés à travers une ouverture creusée dans le haut du four et fermée par une plaque de chaux.
La flamme peut être modifiée au moyen de robinets pour obtenir un effet donné. Si l'oxygène est en excès pendant l'opération et si on est en présence d'un métal ordinaire, il s'oxydera ; il sera préférable d'avoir un léger excès d'hydrogène pour prévenir cette perte. Le métal fondu ou l'alliage préparé fondu est coulé en barres ou en lingots dans des moules en chaux, de dimensions convenables pour le tréfilage ou le laminage.
§ 169. — Platine et argent. — Ces métaux s'unissent en plusieurs proportions, et donnent des alliages blancs ou grisblanc, pi us durs et plus tenaces que l'argent, et d'autant moins fusibles, moins malléables et moins ductiles qu'il y a plus de platine. Par le refroidissement, les deux métaux ont une grande tendance à se séparer d'après leurs poids spécifiques, le platine allant au fond. Les alliages contenant de 17 à 33 0/0 de platine sont employés par les dentistes et connus sous le nom de platine au titre. Ces alliages se ternissent moins facilement que l'argent ou les alliages ordinaires d'argent. Lewis, au siècle dernier, a préparé de petites quantités des alliages de platine suivants :
Argent.
Platine
Les numéros I, II et III exigent le blanc vif pour la fusion ; les produits sont durs et cassants suivant la proportion
de platine. Le numéro IV fond facilement, el l'alliage est plus dur, plus gris et d'un grain plus grossier que l'argent ; il se martelle assez bien. II trouvait une quantité considérable de platine au fond des moules, à moins que la solidification ne se produisît immédiatement après la coulée.
Berthier dit qu'un alliage à 7 0/0 de platine est cassant (1), mais M. Matthey dément cette assertion. Un alliage à 37,5 0/0 d'argent et 62,5 de platine a une couleur intermédiaire entre l'argent et le platine; il s'aplatit sous le marteau, mais craque sous le laminoir.
Dans les alliages peu riches en platine, l'acide nitrique dissout une certaine quantité de ce métal en même temps que l'argent. Un alliage ne contenant que S 0/0 de platine se dissout complètement dans l'acide nitrique. Avec l'acide sulfurique, l'argent seul se dissout. Si la solution nitrique précédente est chauffée avec de l'acide sulfurique, le platine se sépare (2).
MM. Johnson et Matthey préparent un alliage extrêmement ductile de 2 parties d'argent et 1 de platine, comme article commercial. Cet alliage a été adopté comme étalon de résistance électrique.
Platine et or. — Voir Alliages d'or.
§ 170. — Platine et cuivre. — Les alliages de ces métaux peuvent être obtenus par fusion des constituants, en toutes proportions. Il faut une haute température pour leur production ; mais le chalumeau oxhydrique n'est nécessaire que s'il y a excès de platine. Ils, possèdent une ductilité, une malléabilité et une ténacité considérables ; ils donnent une variété très grande d'aspects colorés et se ternissent moins à l'atmosphère que les alliages de cuivre avec les métaux ordi-
(1) Traité des essais, (2) p. 800.
(2) BandxLÔrlerbuch der Chemie, [ij p. 958.
naires. Si la proportion de platine augmente, l'alliage devient plus dur, plus blanc et plus cassant. Susceptibles d'un beau poli, ces alliages sont employés pour les réflecteurs des télescopes.
Si on ajoute du zinc au cuivre, on a des alliages presque identiques à l'or en couleur et en brillant, supérieurs endurée ; ils sont employés dans la joaillerie et les ornements.
Un alliage de 1 partie de platine et 4 de cuivre est dur, ductile, d'une couleur jaune rosé et susceptible d'un beau poli.
D'après Clark, un alliage à parties égales en poids de enivre et de platine est jaune ; il a la couleur et le poids spécifique de l'or, il peut être laminé, il se travaille facilement à la lime et se ternit à l'air.
Un alliage de 4 parties de platine et 96 de cuivre est malléable, d'une couleur rose et montre une cassure d'ua grain fin.
Un alliage de 3 parties de platine et 2 de cuivre est presque blanc, très dur et cassant.
§ 171. — Les alliages suivants ont une belle couleur jaune d'or. Le n» IV, connu sous le nom d'or de Cooper, est malléable, ductile et ressemble beaucoup à l'or-lS carats.
vu
vm
Platine
Cuivre
Zinc
Argent
Laiton
Nickel
Métal à miroir de Cooper. — Cuivre: 57,85 ; platine: 9,49 ; zinc : 27,49; arsenic : 1,66. L'inventeur prétend que cet alliage est indifFérenl à l'action des intempéries et qu'il prend un beau poli.
Métal à plumes de Cooper. — L'alliage ci-dessus est réputé li'ès bon pour les plumes. Un autre consiste en 13 parties de cuivre, 50 de platine et 30 d'argent. La dureté et la résistance à la corrosion des alliages de Cooper les rendent convenables pour la fabrication des instruments de mathématiques et pour les roues de chronomètres.
§ 172. — Platine et iridium. — Ces métaux s'unissent en différentes proportions, mais il faut le chalumeau oxhydrique pour les fondre et les allier. L'alliage à 9 parties de platine et 1 d'iridium est employé comme étalon pour le système métrique. Extrêmement dur, aussi élastique que l'acier, plus difficilement fusible que le platine, parfaitement inaltérable à l'air, il est capable de prendre un poli excessivement beau.
En 1870, MM. Johnson, Malthey et C" ont préparé avec cet alliage une barre étalon pour la Commission parisienne du Système métrique international. L'alliage a été soumis à tous les essais possibles, et après des expériences prolongées deux ans, il fut reconnu comme le meilleur et adopté pour la construction de tous les étalons des poids et mesures.
Los alliages suivants ont été préparés par Deville et Debray; leurs poids spécifiques ont été déterminés :
Platine
Iridium
Poids spécifiques
Le poids spécifique du platine est 21,304, et celui de l'iridium 22,421. D'après Deville et Debray, un alliage de 90 parties de platine et 10 d'iridium a le même coefficient de dilatation que le mètre original conservé en France aux Archives, reconnu comme étant fait de platine impur.
366 ALLIAGES METALLIQUES
L'alliage à 90 0/0 de platine n'est pas attaqué par l'eau régale.
Les alliages à 20 0/0 d'iridium sont malléables et peuvent être travaillés. Un alliage à parties égales des deux métaux est cassant, mais susceptible d'être soudé. Un alliage de 1 partie d'iridium et 10 de platine, sert à doubler le cuivre, dans la construction des miroirs métalliques.
On trouve un alliage natif de platine et d'iridium dans l'Oural et la Brésil.
Les vases en platine, employés pour les opérations cbimiques, contiennent généralement de l'iridium, qui les rend plus durs et pltfs résistants.
§173. — Alliages du platine avec les métaux facilement fusibles. — Le platine se combine facilement avec Varsenic et V antimoine; il y a incandescence et production d'alliages cassants et très fusibles.
h'étain s'unit au platine ; si les métaux sont fondus ensemble en parties égales, ils forment un alliage dur, de couleur sombre, quelque peu fusible, cassant et d'un grain grossier.
Le zinc donne un alliage de propriétés semblables à celui d'étain.
Le platine et le plumb se combinent facilement, et très peu de plomb suffit pour rendre le platine cassant. Si l'on verse du plomb fondu sur du platine, une portion de ce dernier est fondue et dissoute dans le plomb. Les alliages sont durs, cassants et granulés.
Le platine et le bismuth donnent des alliages cassants. M. Lewis a trouvé que les alliages contenant de 1 à 24 parties de bismuth pour 1 de platine sont cassants, facilement fusibles, et ont une cassure laminaire. Au contact de l'air, ils acquièrent une teinte pourpre ou violette. Modérément chauffés, quelques-uns se liquatent, le bismuth se séparant partiellement. Fortement chauffés à l'air, le bismuth s'oxyde et donne de l'oxyde de bismuth.
Le platine se combine au cadmium jusqu'à ce que l'excès de ce dernier mêlai soit volatilisé; on a un alliage blanc d'argent, très sec, d'un grain fin, réfractaire au feu, contenant 46 0/0 de platine.
§ 174 — Platine et nickel. — D'après Larapadius, parties égales de nickel et de platine se combinent pour donner un alliage d'un blanc jaunâtre pâle, parfaitement malléable, susceptible d'un beau poli, analogue au cuivre comme fusibilité et au nickel comme pouvoir magnétique.
§ 175. — Platinor. — Ce nom est donné à certains alliages contenant du platine, d'une couleur jaune d'or, et consistant en platine, cuivre, argent, zinc et nickel. Un alliage, de la couleur de l'or et réputé inaltérable à l'air, est préparé de la façon suivante : fondre iO parties d'argent avec 4o de cuivre, puis ajouter 18 de laiton et 9 de nickel. On élève la température le plus qu'on peut, et on ajoute alors 18 parties de noir de platine.
§ 176. — Bronze de platine. — Quelques alliages de platine, relativement peu coûteux, ont été faits sous le nom cidessus ; il a été établi qu'ils sont iuditférents à l'action de l'air et de l'eau. Ils sont susceptibles d'un beau poli et conservent leur brillant pendant longtemps. Le tableau suivant donne leur composition et leurs usages.