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CHAPITRE II

§ 21. — Le cuivre forme avec les autres métaux une série d'alliages beaucoup plus nombreux et importants que ceux d'aucun autre métal ; ils peuvent être reconnus à leur couleur rouge, leur grande malléabilité, leur ductilité, leur dureté, leur douceur et leur ténacité ; le cuivre communique ses propriétés à beaucoup de ses alliages, même s'il est uni à des métaux très opposés, comme le zinc. Après le fer, il peut être considéré comme le plus utile de tous les métaux à cause de ses propriétés commerciales quand il est employé seul, et de sa valeur intrinsèque comme constituant des alliages. Les qualités qui rendent le cuivre si utile sont quelquefois un désavantage ; par exemple, la dureté et la finesse du grain le rendent plus difficile à tourner que le bronze, et sa douceur le rend impropre à être employé seul pour les objets soumis à de grandes détériorations. Dans la grande majorité des cas où le cuivre est employé, il est fondu et coulé dans des moules de formes diverses, afin de le préparer à un traitement ultérieur, et les difficultés d'obtenir une coulée saine sont si grandes qu'il ne peut que. passer successivement dans les mains d'un ouvrier adroit et expérimenté ; môme alors une pratique commune consiste à ajouter quelque autre substance, de telle sorte qu'on peut dire que le cuivre pur n'a jamais été coulé en quantité considérable, et qu'il est très difficile de produire une bonne pièce moulée exempte de

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soufflures. Dans ces dernières années, on a porté beaucoup d'attention à cette question à cause de la fabrication des tubes, cylindres, et différents corps ont élé ajoutés au cuivre en fusion dans le but de corriger les défauts inhérents.

Le cuivre pur n'est donc pas commercial, et quoique le cuivre soit maintenant produit sur une grande échelle, plus pur qu'auparavant, le métal retient des matières qui modifient les propriétés que le cuivre possèdeà l'état chimiquement pur. Les impuretés communes sont le fer, l'arsenic, l'antimoine, quelquefois le soufre. Ces éléments, môme en petite quantité, affectent sérieusement le cuivre, mais ils peuvent être en partie éliminés en les unissant à l'oxygène. Quand un tel métal est fondu au contact de l'air, une certaine quantité de cuivre est oxydée en donnant l'oxyde cuivreux Cu*0 qui rend la masse cassante et impossible à travailler ; de l'air ou de l'oxyde de carbone sont aussi retenus à l'état gazeux, et le métal se solidifiant d'abord à la surface, un peu de gaz sera occlus dans l'intérieur de la masse, produisant une structure poreuse. Pour prévenir l'accès de l'air, les métaux peuvent être couverts par du charbon de bois ; cette précaution, employée judicieusement, peut avoir un elTel utile, mais la grande difficulté est de savoir si le carbone a agi comme on le désirait. Le carbone au contact de l'air produit de l'oxyde de carbone, et ce gaz pénètre probablement à l'intérieur du cuivre et s'unit à l'oxygène ; mais s'il y a excès d'oxyde de carbone, il peut réduire les oxydes présents comme impuretés, aussi bien l'oxyde de cuivre que les autres, et les éléments libres s'allieront au cuivre, le rendant sec et analogue en propriétés à ce qui est techniquement connu sous le nom de cuivre suiraffiné. Etant donné que le cuivre commercial est impur, mais que les impuretés peuvent être neutralisées en grande partie par l'oxygène, le problème consiste à trou-

ver le pbint où cet effet est atteint sans introduire un excès d'oxygène. D'autre part, il peut être aussi efficace et beaucoup plus facile d'admettre un excès d'oxygène, et de le chasser ensuite par addition de quelque corps ayant plus d'affinité que le cuivre pour lui. C'est ainsi que M. Walton, des usines de cuivie Ansonia des Etats-Unis d'Amérique, a breveté un procédé de préparation de cuivre pour coulées ; en voici les propres termes : « Ma présente invention est pour traiter le cuivre en creusets de façon à exclure l'action de l'almosphère, soumettre le cuivre à l'action du carbone en quantité suffisante pour chasser l'oxygène, rendre un tel métal solide à létat coulé, augmenter sa malléabilité et sa ductilité. Je prends huit livres de zinc, à l'état d'oxyde ou de carbonate, et les mélange avec un boisseau de charbon pilé ; je mouille et en fais une pâte dure que je fractionne en 34 parts ; je les arrondis en forme de balles et les sèche à une chaleur modérée. Le cuivre est placé dans un creuset et chauffé dans un fourneau, et quand on est au point de fusion, on laisse tomber une des balles qui graduellement recouvre le cuivre fondu à la partie inférieure ; de cette façon, la surface du cuivre a été complètement à l'abri de l'atmosphère ; en même temps le zinc se lépand dans la masse et s'empare de l'oxygène qui peut être retenu dans le creuset. On pourrait supposer que l'oxyde de zinc imprégnera le cuivre ; mais tel n'est pas le cas : le charbon venant au contact du cuivre, et l'oxyde de zinc étant volatil sous l'action de la chaleur (1), aucune combinaison avec le cuivre n'a lieu ; le zinc est volatilisé et s'échappe par la cheminée, pendant que le charbon reste à la surface du cuivre, se combine avec quelque excès d'oxygène et brûle. Le cuivre ainsi traité devient parfaitement malléa-

(1) L'oxyde de zinc est pratiquement infusible. Voir Métallurgie de Percy, p. S32.

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ble, et est entièrement affiné ; en fait, ce traitement le rend meilleur. Mon perfectionnement est spécialement avantageux si le cuivre est fondu dans un creuset, mais il peut être employé si le métal est fondu sur une sole ou autrement. Les impuretés du cuivre commun se réunissent à la surface en un laitier ; le cuivre ainsi fait se travaillera mieux à froid ou à chaud, sera plus résistant et plus ductile.

« La méthode ci-dessus peut être appliquée au cuivre qui est employé dans l'industrie. Le cuivre ainsi traité restera à Tétat liquide beaucoup plus longtemps que le cuivre traité de la manière ordinaire ; il peut de plus être porté à une température plus élevée sans perdre son affinage. Si l'on coule des objets comme les tubes, ou de petites pièces, on pourra ajouter au moment de la coulée un peu de phosphore qui permet au cuivre de rester liquide, et empêche aussi l'absorption de l'oxygène de l'air pendant le refroidissement dans les moules.»

§ 22. — Après tout ce qui a été dit concernant les impuretés du cuivre, le sommaire suivant des effets des différents éléments ne sera pas sans utilité pour tous ceux qui s'intéressent aux alliages.

Phosphore. — Une petite quantité n'altère pas sensiblement la couleur du cuivre, mais une grande quantité le rend gris. Un pour cent le rend très cassant à chaud ; il est seulement laminable à froid sans rupture. Un peu de phosphore ajouté au cuivre fondu dans un creuset donne de la solidité dans une coulée subséquente. Le phosphore augmente la fusibilité et la dureté du cuivi'e ; en quantité, il le rend sec à la température ordinaire. Le cuivre contenant 11 p. 100 de phosphore est extrêmement dur, d'une couleur gris d'acier, susceptible de prendre un beau poli se l(;rnissant rapidement. En faisant du cuivre phosphore par addition directe de phosphore, le

métal ne doit pas être agité avec une tfge de fer ; il se formerait du fer phospiioré qui s'allierait au cuivre.

Silicium. — Fortement chauffé avec du sable et du charbon, le cuivre se trouve contaminé par le silicium. Le cuivre contenant 2 p. 100 de silicium ressemble au bronze quant à la couleur; il est tenace, plus dur que le cuivre, cassant à chaud, mais laminable à froid. M. Andersen de Woolwich trouve le cuivre contenant 1,82 p. 100 de silicium plus tenace que le bronze. Si la température employée pour chauffer le cuivre est trop basse, ou pas suffisamment prolongée, un peu de silicium seulement sera réduit, et le métal ressemblera beaucoup à du cuivre non affiné.

Arsenic. — Le cuivre et l'arsenic se combinent facilement quand l'arsenic métallique est jeté dans le cuivre fondu. Si on en ajoute ainsi une petite quantité, le métal peut être fondu en un lingot, sain, se contractant parle refroidissement comme le cuivre phosphore, pouvant être laminé à froid et étiré en fils fins. Une grande quantité d'arsenic rend le métal dur et sec. L'arsenic^se combine aussi facilement au cuivre si l'un de ses composés est chauffé avec du charbon au contact du cuivre.

Fer. — La malléabilité du cuivre est sérieusement modifiée par la présence du|fer, qui rend le cuivre plus dur, plus pâle en couleur, moins fusible et sec. Le fer peut cependant être éliminé par l'usage d'un flux oxydant.

• Plomb. — Un pour cent de plomb dans le cuivre le rend à la fois cassant à chaud et à froid ; on ne peut l'en débarrasser qu'à la condition de perdre un peu de cuivre qui passe dans le laitier. En quantité moindre, le plomb est quelquefois ajouté au cuivre intentionnellement pour l'opération du laminage.

Antimoine. — Le cuivre est rendu dur, sec ; il présente à

la surface de rupture une couleur terne, gris-jaunâlre ; ce corps est plus nuisible que l'arsenic.

Bismuth. — Ce métal est reconnu exercer une influence tout à fait nuisible sur le cuivre ; une très petite quantité le rend cassante chaud, et 1/200 suffit à le faire cassanl à froid.

7Anc. — En très petite quantité, il n'altère pas beaucoup le caractère du cuivre ; il tend à lui donner une couleur jaune et une cassure fibreuse. 6/1000 de zinc rendent le cuivre cassant à chaud, mais non à froid.

Nickel et cobalt. — Ils se trouvent occasionnellement dans les minerais de cuivre, et sont réduits en même temps que le cuivre. Ces métaux rendent le cuivre moins malléable, principalement en présence d'un peu d'antimoine. Le métal est alors plus dur et plus pâle en couleur.

Etain. — En très petite quantité, il ne semble pas affecter les propriétés nouvelles du cuivre, si ce n'est de le rendre un peu plus dur.

Les remarques précédentes concernant l'effet de petites quantités] de métaux étrangers sur les propriétés du cuivre ne s'appliquent pas au môme degré, quand les métaux sont ajoutés en grande quantité pour former ce qui est généralement connu sous le nom d'alliar/es. Par exemple, un pour cent de zinc rend le cuivre dur et cassant à chaud, mais 20 pour 100 de zinc alliés à 80 pour 100 de cuivre produiront un alliage excessivement malléable. Les alliages de cuivre seront ceux dans lesquels le cuivie est le principal constituant et non ceux dans lesquels le cuivre joue un rôle secondaire. Ainsi les monnaies d'or et d'argent contiennent du cuivre ; cène sont pas des alliages de cuivre, mais respectivement des alliages d'or et d'argent. Les principaux alliages de cuivre sont le laiton, le bronze et le maillechort ; ce sont ceux qui ont le plus d'applications dans des industries variées.

LAITONS 91

Laitons.

§ 23, — Dans cet ouvrage, !e terme laiton désignera tous les alliages dans lesquels le cuivre et le zinc sont les principaux constituants ; mais dans l'industrie, il est généralement réservé pour les alliages qui sont nettement jaunes ou qui ont la teinte jaune caractéristique du laiton commun. Les alliages de zinc et de cuivre sont connus dans le commerce sous une variété de noms, et en vérité unegrande confusion résulte de la multiplication de noms empiriques pour désigner une même substance. Cela tient sans doute à ce que tout d'abord chaque mélange fut jalousement gardé comme un grand secret, et à ce que des noms fantaisistes furent donnés pour cacher la composition réelle. Bien plus, quelques alliages qui nous sont connus depuis longtemps ont des appellations différentes suivant les localités. Le D' Percy mentionne « que les termes tombac, mHal du Prince, similor, or de Mannheim sont employés par quelques auteurs pour désigner des alliages contenant 85 0/0 de cuivre et lo 0/0 de zinc ; pour d'autres, au contraire, métal du Prince et or de Mannheim sont synonymes ; ce sont des alliages de 73 0/0 de cuivre et lo 0/0 de zinc ; d'après un autre auteur, le similor confient 71 ,5 0/0 de cuivre et 28,Sdezinc c\.Y or de Mannheim, 80 0/0 de cuivre et 20 de zinc; enlin, suivant un dernier auteur, simeVor et or de Mannheim sont synonymes et désignent des alliages contenant do 10 à 12 0/0 de zinc et de 6 à 8 0/0 d'étain » (1).

Le laiton était certainement connu des Anciens, mais sa préparation par le cuivre et le zinc est une invention des temps les plus modernes. Les mines contenant les minerais d'oîi ce

{!) Percy, Métallurgie, p. 606.

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mêlai jaune était extrait étaient très estimées, et il est regrettable qu'on n'ait plus ces minerais. Il fut observé qu'un certain minerai (probablement la calamine CO'Zn), fondu au contact du cuivre, produisait un mêlai jaune ; ce procédé fut longuement employé pour faire le laiton, mais on ne savait pas quel métal contenait le minerai et quel changement de propriétés il apportait au cuivre. La préparation du laiton par mélange direct des deux métaux cuivre et zinc fut probablement pratiquée dès que le zinc fut isolé. En 1743, il est établi que des usines de zinc furent installées à Bristol, et en 1738, un brevet fut pris par M. Champion de Bristol pour faire le zinc et le laiton, mais le laiton fut toujours préparé par le procédé indirect de la calamine CO^Zn ou de l'oxyde de zinc ZnO. Hutlon dit que l'industrie du lailou fut introduite à Birmingham vers 1740 par la famille de Turncr, et que le principal approvisionnement de ce métal était fourni parles compagnies Macclesfield, Cheadie et Bristol.

Le laiton commercial ne consiste jamais entièrement en cuivre et zinc ; les impuretés existant dans les métaux séparés se trouvent aussi dans l'alliage : les plus communes sont le plomb, l'étain, le fer et l'arsenic. Il arrive souvent que quelques-unes de ces matières sont introduites avec intention dans l'alliage pour produire un effet déterminé. La couleur du laiton présente de grandes variations, selon les proportions de constituants, allant de la couleur rouge du cuivre à la couleur blanc-bleuâtre du zinc. Mais le changement du rouge au blanc n'est pas aussi uniforme qu'un observateur accidentel pourrait le supposer. Ainsi les alliages contenant 94 à 99 0/0 de cuivre sont rouges, avec une faible teinte jaune ; de 83 à 87 0/0 de cuivre, la couleur est jauue-rougeâtrc ; de 79 à 86 0/0, une leinle rouge-jaunâtre prédomine ; jusqu'à 74 0/0 de cuivre, les alliages sont jaunes; avec 67,5 0/0, on

LAITONS 93

obtient une couleur jaune-rougeâtre : de 60 à 66 0/0, la couleur est tout à fait jaune ; avec 59 0/0, on obtient une couleur rougeâtre ; avec 32 0/0, la couleur est presque jaune d'or ; avec une moindre quantité de cuivre que ci-dessus, la couleur de zinc commence à dominer la couleur rouge du cuivre, les alliages prenant de plus en plus l'apparence du plomb à mesure que^la proportion du zinc augmente.

Le cuivre et le zinc peuvent ^tre unis en toutes proportions, donnant des alliages homogènes ; et la combinaison a ordinairement lieu avec dégagement de chaleur. Certaines variélés de laiton sont excessivement malléables et ductiles, et ces propriétés, combinées avecja variété des couleurs obtenues par des mélanges convenables et le prix modique, rendent les alliages cuivre-zinc très utiles pour l'ornementation. Le laiton possède tous les avantages nécessaires aux matériaux de construction pour les travaux d'art, et avec l'aide des vernis transpareuls, appelés laques, qui sont très perfectionnés, il résiste remarquablement bien à l'action de l'atmosphère. La malléabililé du laiton varie avec la composition, avec la température et avec la présence de métaux étrangers, qui existent quelquefois en minimes quantités. Quelques variétés ne sont malléables que si elles sont laminées à chaud, d'autres peuvent au contraire être laminées à n'importe quelle température. Les alliages contenant jusqu'à 35 0/0 de zinc peuvent être étirés en fils, mais les plus ductiles sont ceux qui en renferment 15 à 20 0/0. L'alliage connu sous le nom de clinquant, qui est un alliage de cuivre et de zinc contenant plus de cuivre que le laiton ordinaire, est un exemple de la grande malléabilité de certaines espèces de laiton. L'épaisseur des feuilles de clinquant est dite ne pas dépasser 1/2000 de millimètre.

Le laiton est plus dur que le cuivre, par conséquent plus

94 ALLIAGES METALLIQUES

apte à résister aux détériorations. Il' se comporte bien sous l'influence d'une force de percussion, comme dans le procédé de poinçonnage, s'il a été préalablement et convenablement recuit, a6n de contrarier les efl^ets de trempe locale due à la compression des particules qui peuvent prendre des positions non naturelles. Pendant l'opération du recuit, le métal se recouvre d'une couche d'oxyde par union du métal avec l'oxygène de l'air ; cet oxyde doit être éliminé à chaque opération. On obtient ce résultat en plongeant le métal dans Peau forte, ou l'acide sulfurique dilué, le frottant avec du sable si c'est nécessaire et rinçant bien à l'eau.

Le point de fusion du laiton est moindre que la moyenne des points de fusion des constituants, et ce point de fusion modéré est de la plus haute importance dans le cas d'une refonte pour les coulées ou d'autres usages.

Le point de fusion du zinc est beaucoup plus bas que celui du cuivre, et si un alliage de ces métaux est fortement chauffé, le zinc se volatilise, pendant que le cuivre reste, de sorte que la perte de zinc sera considérable si la température est portée trop haut et si la fusion est trop prolongée ; bien plus, l'affinité du zinc pour l'oxygène est beaucoup plus grande que celle du cuivre, et si l'air est librement admis, une quantité considérable de zinc sera oxydée ; on devra donc préserver autant que possible le métal de l'air, en le couvrant de charbon de bois ou de toute autre substance qui n'ait aucune action sur le métal. La fusibilité facile du laiton et sa fluidité à l'état fondu le rendent très propre aux coulées et susceptible de donner dos moulages 1res fins. Le laiton coulé est généralement plus ou moins cristallin, surtout dans les variétés aigres.

La formation des alliages cuivre-zinc est généralement accompagnée d'une contraction qui atteint son maximum dans

LAITONS 95

les alliages Cu^Zn^ el CuZn^ contenant respectivement 39,2 et 32,6 0/0 de cuivre. Ces alliages sont secs et ne présentent aucune des propriétés caractéristiques des constituants.

La densité du laiton est augmentée par un traitement mécanique, mais cet effet est partiellement annulé par un refroidissement rapide et encore plus par un refroidissement lent(l).

Dans les coulées de laiton, on emploie souvent du vieux cuivre provenant d'objets hors de service, du laiton en morceaux, etc. ; et comme ces matières contiennent souvent des corps étrangers qui modifient les propriétés de l'alliage, il faudra apporter beaucoup de soin dans leur choix. Pour certains travaux, ce n'est pas important ; mais si le métal doit être laminé en feuilles, étiré en fils ou s'il est destiné à faire les meilleures variétés de tubes en laiton, l'emploi d'un métal impur est souvent fatal, donnant beaucoup d'ennuis et une augmentation considérable de dépense à cause du déchet. Les impuretés les plus communes, comme il a déjà été dit, sont le plomb, l'étain, le fer et l'arsenic, qui durcissent le métal et tendent à le rendre sec. Pour les laitons destinés à être transformés en fils ou à être travaillés^au tour, on ajoute 1 à 2 0/0 de plomb afin de prévenir l'encrassement des outils pendant le travail. Le laiton contenant du plomb doit être très parfaitement mélangé avant d'être coulé, et le métal doit ensuite être refroidi aussi vite que possible ; autrement, le plomb se sépare dans la partie inférieure du produit en donnant des pailles invisibles, lin peu d'étain est souvent avantageux dans le laiton ; il rend le métal plus facilement fusible, moins sec, un peu plus solide et susceptible de prendre un beau poli. Un peu de fer augmente considérablement la

(1) Riche, Ann. Ch. Phys., (4) XXX.

dureté du laiton et en éclaircit la couleur; un toi métal se ternit beaucoup plus facilement à l'air que le laiton exempt de fer.

Si un lingot de laiton ordinaire est brisé à chaud, la cassure est grossièrement fibreuse ; si on opère à froid, elle est finement granulée. Si la cassure d'un lingot coulé de certains métaux est fibreuse, les directions des fibres seront perpendiculaires à la surface de refroidissement. Dans le cas d'une sphère, les fibres auront la direction des rayons ; dans le cas d'un carré, deux diagonales seront très visibles sur la surface de rupture, formées par les points de jonction des extrémités internes des fibres (1). M. F. H. Slorer (2) dit « que la tendance à former des fibres appartient aux alliages contenant de S7-58 0/0 de cuivre à 43-44 0/0, où elle disparaît graduellemenl. Cetle tendance est plus grande dans ces alliages qui contiennent presque des proportions atomiques égales de cuivre et de zinc, étant moins clairement marquée si l'on s'éloigne de ces proportions dans un sens ou dans l'autre ; on arrive à une texture fibreuse analogue à celle du cuivre d'une part, et à l'aspect particulier du zinc d'autre pari. Dans la préparation des cristaux, cet aspect se manifeste parfaitement dans les alliages immédiatement au dessous de ceux qui sont fibreux, et devient'de plus en plus visible au fur et à mesure que les alliages sont plus riches en zinc. La cassure de ces alliages blancs est en grande partie vitreuse. »

Le laiton est quelquefois obtenu en cristaux. Storer prépare les individus cristallins les plus parfaits avec une soudure contenant parties égales en poids de cuivre et de zinc ; il obtient une poudre grossière en chauffant suffisamment l'alliage et le pulvérisant dans un mortier lorsqu'il est encore

(1) Percy, Métallurgie, p. 608.

(2) Afem. of. Amer. Acad., 1860 (8), p. 35.

LAITONS 97

chaud. L'alliage contenant S à 6 0/0 de zinc cristallise remarquablement bien. II ressort des remarques précédentes que l'état cristallin des alliages cuivre-zinc ne dépend pas d'un excès de zinc, comme pourrait le faire supposer le caractère très cristallin du zinc. Il a été dit plus haut que le zinc devenait malléable quand il était travaillé à la température de lOO-loO" C, mais qu'il était cassant aux plus hautes températures. II est reconnu que l'aigreur est intimement liée à l'état cristallin. Kalischer a examiné différentes variétés de laitons ayant les compositions suivantes :

I II m IV

Cuivre .... 66 62,5 60 S6,8 Zinc 34 37,S 40 43,2

TÔÔ 100.0 TÔÔ 100,0

Les numéros I et II étaient cristallins ; le numéro III montrait des traces de cristallisation, et le numéro IV ne devenait pas cristallin, même parla chaleur.

I II m

Cuivre 73,74 80,38 90,09

Zinc . 25,96 19,29 9,91

Elain 0,30 0,33 »

Ces trois échantillons étaient cristallins.

I II

Etain S 2.95

Aucune cristallisation dans ces spécimens.

La résistance à la tension des alliages cuivre-zinc est très variable ; la plus grande, d'après Mallet, est celle de l'alliage contenant 32,83 0/0 de cuivre ; mais c'est probablement une

HlORNS 1

ALLIAGES METALLIQUES

erreur, et la plus grande ténacité appartient aux alliages contenant plus de SO 0/0 de cuivre.

§ 24. — Le tableau suivant qui donne la composition et les propriétés des alliages cuivre-zinc est extrait du tableau de M. Mallet et des observations de Karsten (1) :

Constitulion atomique.

Composition pour cenl.

Poids spécifique.

Couleur.

Ordre d'inlensilc.

Cassure.

Rcsislanco de tension

en kg.

par mm*

Cu

lOCu+Zn

Jaune rougeatre.

9Cu+Zn

id.

8Cu+Zn 7 Cu-(- Zn

id.

id.

6Cu+Zn

Rouge jaunâtre.

5 Cu-f- Zn

Rouge jaunâtre.

id.

4Cu-|-Zn

id.

Jaune laiton.

3Cu+Zn

— pâle.

— laiton.

Jaune laiton

rougeatre.

2Cu-|-Zn

Très jaune.

Jaune.

Jaune rougeatre.

Presque jaune d'or.

Cu+Zn

Très jaune.

Blanc rougeatre.

Blanc ; vu oblique-

ment, jaune foncé.

Blanc bleuâtre.

Cu+ 2 Zn

Jaune foncé ?

8Cu+17Zn

Blanc d'argent ?

8Cu4-18Zn

id.

8Cu4-19Zn

Gris d'argent.

8Cu+20Zn

Gris cenilré.

8Cu+21Zn

Gris d'argent.

8Cu+22Zn

id.

8 Cu+23 Zn

Gris cendré.

Gris plomb clair.

Cu-f 3 Zn

Gris cendré.

Gris plomb clair.

Cu+ 4 Zn

Gris cendré.

Cu+ 5 Zn

Gris très brillant.

Gris plomb clair.

Gris plomb brillant.

Zn

(1) Percy, Métallurgie, p. 611.

LAITONS

§ 26. — Table d'alliages divers cuivre-zinc-

Noms

Auteurs

Cuivre

Zinc

EUin

Plomb

Fer

Laiton anglais . . .

Lavater

— Heegermahl .

Id.

— d'Augsbourg.

Id.

— de Neustadt .

Kadernatsch.

— de Romilly .

Chandet.

— inconnu . . .

Karsten.

Regnault.

trace

Chaudet.

— Stolberg. . .

Uoues de montre . .

Faisst.

Id.

Id.

Clous de navire, mau-

vais

Percy.

Clous de navire, bons

Id.

Tombac anglais. . .

Faisst.

trace

— allemand. .

Karsten.

Monnaie de Titus

Claudius

Giraldin.

Monnaie de Titus (79

Phillips.

Monnaie de Adrien

Id.

Monnaie de Faustina

jun. (163 A.D.). . .

Id.

Bracelet antique

(Naumberg) ....

Gœbel.

Statue de Louis XIV.

Darcet.

— Napoléon .

Laiton pour dorure .

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Laiton jaune pâle. .

— foncé .

Kœnig.

— rouge .

Id.

Ht

Laiton orange ....

Id.

— rouge de cuivre

Id.

— violet

Id.

trace

trace

— vert

Id.

métal jaune. Leur composition varie de 56 à 63 0/0 de cuivre etde42à37 0 Odezinc{l)'.

M. George-Frédéric Muntz, de Birmingham, a pris en 1832 son premier brevet relatif au métal jaune pour doublage de la carène des navires. Les proportions spécialement recommandées sont 60 0/0 de cuivre et 40 0/0 de zinc ; mais ces nombres peuvent varier de 56 à 63 0/0^ de cuivre. On doit employer du cuivre best selected et du zinc étranger. Le métal est fondu en lingots et laminé en feuilles lorsqu'il est encore chaud ; ces feuilles sont attaquées par l'acide sulfurique dilué pour enlever la couche d'oxyde, puis lavées à l'eau. La même année, M. Muntz prit un second brevet pour la fabrication perfectionnée des chevilles et autres pièces de liaison des navires : les mômes proportions de cuivre et de zinc que précédemment sont indiquées. En 1846, il fut donné à M. Muntz un troisième brevet pour l'emploi d'un alliage contenant 56 0/0 de cuivre, 40,25 de zinc et 3 ,75 de plomb. Il est spécifié qu'on ne doit employer que les métaux purs, que l'alliage est coulé en lingots qui sont laminés au rouge ; la suite du traitement est la même que dans le premier brevet. Le D"^ Pcrcy indique qu'il a réussi à bien laminer des laitons qui ne contenaient pas moins de 8 0/0 de plomb.

M. Muniz donne la théorie suivante ralativement à l'emploi de son alliage : sous l'influence de l'eau de mer, le zinc est lentement et uniformément attaqué sur toute la surface, ce qui empoche la fixation des coquillages. Le métal jaune a complètement remplacé le cuivre dans le doublage des vaisseaux marchands. Les avantages spéciaux sont qu'il conserve la carène des navires plus propre, et qu'il coule moins cher que le cuivre. Il a été établi par des expériences que la pro-

(i) Pemcy, Métallurgie, p. 6i9.

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