‹ Les alliés qu'il nous faudraitChapitre 13 sur 16 · LE XII^ POINT DU PRÉSIDENT WILSOX · texte numérisé non relu

LE XII^ POINT DU PRÉSIDENT WILSOX

en leur faveur des circonstances on ne peut plus atténuantes.

Parmi les accusations dont certains journaux les accablent, j'ai relevé tout dernièrement cette énormité : « Les Turcs nous ont tout le temps trahis et nous trahiront toujours. » Vraiment? Je demande qu'on me fasse voir ces trahisons-là ! Ceux qui ont employé ce mot semblent en ignorer même le sens ; pour qu'il y ait trahison, il faut d'abord qu'il y ait traité, engagement, promesse. Or les Turcs non seulement ne nous avaient jamais rien promis, mais ne nous devaient rien non plus, moins que rien. Dans de précédents écrits, je crois bien avoir rappelé, établi jusqu'à l'évidence que, depuis la guerre de Crimée, nous n'avons fait autre chose que marcher avec leurs ennemis, leur nuire de toutes lés manières, leur causer déceptions sur déceptions et, ce qui leur a été plus sensible que tout, les insulter de parti pris, toujours et quand même. Ils avaient cent fois le droit de nous déclarer la guerre. Cependant ils ne l'ont fait que par contrainte, on sait comment, et encore n'est-ce pas à nous qu'ils l'ont déclarée, oh î non, mais aux Russes,

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leurs ennemis héréditaires, qui ne s'étaient jamais cachés de leur intention obstinée de les anéantir à bref délai ; c'est croyant trouver une occasion unique de leur échapper, à ceux-là, qu'ils se sont jetés dans les bras de l'Allemagne ; qui donc n'aurait pas fait comme eux ! Mais, avec notre tendance à croire que tout nous est dû, nous avons crié à la perfidie parce que, lâchés par nous, ils se sont défendus comme ils pouvaient contre l'anéantissement "dont ils se sentaient menacés pour demain. Ils ont du reste assez souvent exprimé leur regret profond d'avoir été obligés de se battre contre nous, et surtout, par leur façon fraternelle de traiter nos blessés et nos prisonniers, ils ont assez souvent prouvé combien, dans le fond, ils restaient nos amis !

En fait de trahisons, pendant la grande guerre, j'ai vu d'abord, et bien vu, celle de la Russie, qui restera une des plus colossales de l'histoire humaine. Ensuite, les cinq ou six petites trahisons successives, chroniques, pourrais-je dire, de la Bulgarie, tirant chaque fois dans le dos de ses alliés sans crier gare. Enfin j'ai vu les trahisons de la Grèce, celle d'Athè-

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nés, la plus odieuse de toutes, le massacre de nos matelots sans arme^, et puis toutes celles de Salonique, dont la série dura pendant tout notre séjour, d'ailleurs avec accompagnement ininterrompu, le long des quais> des vols les plus éliontés de notre matériel, de nos munitions, de nos vivres.

Oh! à côté- de ces procédés, combien est reposante la belle et sûre honnêteté turque î Dans cette Salonique devenue grecque, chaque mois il fallait fréter un bateau pour déporter des centaines d'espions et de traîtres, pris dans toutes les classes sociales de nos bons alliésy des officiers, des marchands, des popes, des prostituées... A deux pas de la ville, fonctionnait un poste de ravitaillement pour sous-marins boches, lequel était camouflé en scierie mécanique et où les goélettes à- pavillon de THellade, en faisant mine de se caréner, venaient du matin au soir s'emplir d'essence pour nos ennemis. Et> une belle nuit, quand apparut un zeppelin, nos bons alliés toujours, au mov; n de feux allumés sur leurs toits, jalonnèrent s;: route, afin qu'aucune de ses bombes ne fut perdue pour nos soldats...

Tout cela, oui, s'appelle traîtrises, et traîtrises qualifiées. Mais du côté des Turcs, que Ton me montre donc quelque chose qui puisse porter un tel nom!

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