EE
Terrain nerveux.
Syphilis nerveuse.
Période entre le chancre et la paralysie générale :
10, 15 OU 20 ans.
Début de la paralysie :
brusque avec excitation.
Psychoses.
Intégrité physique.
Gâtisme.
Terrain toxi-infectieux.
Syphilis banale.
Période entre le chancre et la paralysie générale :
2 à 4 ans, ou 25 à 30 ans et plus.
Début de la paralysie :
lent avec dépression.
Confusion mentale.
Intégrité psychique.
Démence.
SCHÉMA POUR L'INFLUENCE DE LA NATURE ET DE L'ALLURE DE LA SYPHILIS SUR LE CONJOINT ET LA DESCENDANCE
Hérédite nerveuse.
Héréditésomatique(toxiinfect.).
\ Syphilis.
Syphilis nerveuse.
Conjoint noncontaminé.
Pas de fausses couches.
Wassermann négatif.
Enfants chétifs, nerveux, intelligents: sans signes d’hérédo-syphilis.
Wassermann négatif.
Syphilis banale.
Conjoint contaminé.
Fausses couches fréquentes.
Mortinatalite.
Wassermann positif.
Enfants contaminés, peu intelligents; caractère calme, etc.
Wassermann positif.
Définition
Étant donné que les deux formes de paralysie générale que nous avons isolées s'appuient sur une qualité d’ordre pathogénétique, nous devons essayer de leur donner un nom qui indique clairement leur mode d'origine et d’évolution.
Puisque la paralysie générale de la première forme a son lieu d'activité surtout dans les cellules du cortex ou palum, nous l'appellerons pallio-paralysie générale(ou cytopallium-paralysie générale) tandis que la paralysie générale de la deuxième forme, dont les lésions se localisent principalement sur les artères, peut être appelée artérioparalysie générale (ou angio-paralysie générale).
La première est une paralysie générale dont le spirochète original s’est,par l'influence du milieu, changé en neurotréponème, évoluant surtout dans le manteau gris du cerveau, avec accompagnement de manifestations cliniques surtout d'ordre psychique, tandis que, les organes n'étant point spécialement lésés, la vie végétative du malade, avant la période de gâtisme, continue presque normalement.
L'artério-paralysie générale est une paralysie dans laquelle le spirochète a évolué banalement dans les viscères, sans être changé en neurotréponème ; les manifestations cliniques y sont surtout d'ordre artériel, par lésions artérioméningées ; et la dépression et confusion psychiques de la
période préparalytique et initial est plutôt un effet indirect du désordre de la circulation sanguine qu’un effet direct du virus comme dans la première forme.
La période d'évolution est, dans la première forme, de dix à quinze ou vingt ans environ ; dans la deuxième
forme, trois à quatre ans ou vingt-cinq à trente et plus.
Notes sur les classifications dans la paralysie générale progressive
Comme dans toutes les maladies où les symptômes sont nombreux, des classifications assez diverses et variées ont été proposées dans l'étude de la paralysie générale. Ces classifications sont nées « ou de la symptomatologie pSychique, ou de l'évolution de la maladie, ou encore de l’examen des symptômes atypiques liés à une localisation ou à une diffusion exceptionnelle du processus psychique » (Tanzi).
Toute classification vise à une compréhension synthétique de la maladie étudiée. Au terme de notre travail, nous nous croyons autorisés à envisager le vaste et polymorphe ensemble de la maladie de Bayle, en nous guidant sur nos observations cliniques et anatomo-pathologiques, pour en établir une synthèse rationnelle et expérimentale.
Nous avons vu comment la qualité et l'allure de la syphi-
lis rencontrée à l’origine dejtoute paralysie générale rendent possible une intelligence plus nette des différents syndromes cliniques par lesquels se manifeste la maladie de Bayle.
Nous avons pu noter également, grâce àun examen histopathologique, la raison intime qu'a l’organisme d'exprimer sa souffrance soit par des manifestations d’exaltation ou de dépression avec de la déchéance organique, soit par un état de bonne santé physique au contraire avec de la déchéance psychique. C'est la nature spéciale du spirochète, sa tendance biologique, favorisée par le terrain où il tombe (terrain prépare lui-même l’hérédité) qui le fait se fixer sur tel système organique plutôt que sur tel autre; et l'organe ainsi lésé traduit sa souffrance spéciale à sa manière.
Nous en sommes venus ainsi à une interprétation pathogénétique des symptômes externes de la paralysie, meilleur moyen nous semble-t-il de comprendre les raisons des symptômes cliniques et des lésions histologiques, ce qui apporte, croyons-nous, un peu plus d'ordre et de lumière là où apparaissait pas mal de confusion.
-" Cette méthode nous a permis,;en nous basant sur l'étude de l'allure de la syphilis, d'interpréter Je pourquoi de l’orientation pathologique de la paralysie et de ses lésions spécifiques. Ainsi sommes-nous arrivés à ce qui représente toujours la manière la plus sûre: pouvoir « penser anatomiquement » dans l'interprétation des symptômes cliniques
de la maladie de Bayle. Sur cette base anatomo-patholo-
gique nous avons cru pouvoir considérer à nouveau les différentes classifications qui furent faites de la paralysie générale, et les rapporter avec quelque avantage aux lois pathogénétiques qui la gouvernent.
Ces lois se réduisent à deux : ou le spirochète se change en neurotrope et donne des lésions corticales presque exclusives, avec une paralysie de type psychique : ou bien il reste le spirochète banal, et donne des lésions viscérales à prédominance artérielle ; avec une paralysie de type somatique.Ces deux formes avaient été isolées depuislongtemps : mais cette classification était seule symptomatique et dénuée de toute explication de la genèse du mal. Nous avons pu les isoler en interprétant des données d'ordre pathogénétique. Ce que nous avons appelé, en nous inspirant de l’histo-pathologie et de la symptomatologie à la fois, pallio-paralysie générale-et artério-paralysie générale nous semble bien être les deux formes fondamentales de la maladie de Bayle, celles qui peuvent le mieux, croyonsnous, grouper tous les éléments des classifications citées dans les traités de psychiâtrie.
La pallio-par alysie générale se rencontre, comme il appa= raît par notre étude, chez des malades à type psychique délirant. Dans cette forme rentrent, il nous le semble du moins, les formes avec exaltation des facultés psychiques de la classification de Bianchi, et les formes qu'il range en dehors de ses quatre types principaux de paralysie géné-
rale, c'est-à-dire les paralysies qui débutent par de la lipé-
manie aiguë, du délire de persécution (comme dans la paranoïa)et de grandeur sans symptômes prémonitoires. Les formes délirantes de la classification de Régis, forme maniaque, expansive ou mégalomaniaque, à délire hypocondriaque, la forme circulaire ou maniaque dépressive, la forme systématisée,et la forme hallucinatoire ou sensorielle ; et, de la classification de Tanzi, la forme à délire ambitieux ou expansive, à délire hypocondriaque, et la forme circu-
laire.
L'artério-faralysie générale se trouve au contraire chez des malades à type dépressif, dont la’paralysie débute lentement par une période de profonde confusion mentale, grave amnésie, dépression psychique persistante, comme dans quelques sens dans la période aiguë des formes toxiinfectieuses ; après quoi cette période fait place au cortège des symptômes somatiques. Dans ces cas le délire est une poussée, et la forme hypocondriaque qu'il affecte le plus. souvent n'est pas systématisée.
Cette forme comprend les deuxième, troisième et quatrième formes de la classification de Bianchi, c'est-à-dire celle qui commence par une dépression psychique progressive sans idées délirantes, celle qui débute surtout par des symptômes somatiques légers (céphalée, névralgies, altérations du langage), et celle enfin qui est marquée à son début par un ictus apoplectiforme ou épileptiforme. La forme simple, ou démente, sans délire, de la classification
de Régis, sa forme confusionnelle, et la forme apathique
ou démentielle (sans délire) de Tanzi. Ici aurait sa place | également la forme congestive, avec attaques apoplectiformes et épileptiformes, déjà décrite autrefois.
Nous n'avons reproduitquequelques classifications,mais tous les symptômes qui composent l’ensemble des classifications peuvent trouver place dans l'une ou dans l’autre de nos deux formes, parce que tout symptôme se rattache à une cause pathogénétique.ll en va de même pour les classifications anatomo-pathologiques.Elles tiennenttoutes aux lésions cytologiques variées et multiples du cortex, du pallium; ou aux lésions qui dépendent de l'altération
méningo-artérielle et de la circulation encéphalique.
Pour résumer graphiquement ce que nous venons de dire, on pourrait établir ces données dans le tableau suivant :
Paralysie générale D EN EU PRIS MA 0 1 2 no 2
Par le neurotréponème : Par l'agent banal de la
| Pallio-paralysie, ou paralysie générale à symptômes psychiques, avec integrité organique relative.
| Toutes les formes avec délires destraités.
syphilis :
| Artério-paralysie,ou paralysie générale à symptômes somatiques,avec relative intégrité psychique.
| Toutes les formes sans délire des traités, et les syndromes par lésions en
‘fo yer.
.Considérations thérapeutiques
La nature différente du spirochète, déterminant une paralysie générale de la première ou de la deuxième forme, indique que les conditions de son biochimisme ne sont pas toujours les mêmes.
De cette notion a, croyons-nous, tiré parti la thérapeutique de la paralysie générale. L’inconstance d'efficacité du traitement spécifique nous montre qu’il doit bien exister une raison pour laquelle un paralytique peut relativement bénéficier d’un traitement mercuriel intensif; tandis que tel autre n’est nullementinfluencé par un traitement arsenical ultra-moderne. Nous croyons que la nature de la - Syphilis, cause de lA paralysie, peut expliquer ce caprice thérapeutique. Dans les cas où le traitement mercuriel peut agir et favoriser des rémissions, nous sommes en présence surtout de la paralysie artérielle (deuxième forme). Et cela s'explique aisément: c’est le spirochète banal qui accomplit son rôle en elle, et il peut être encore combattu parle mercure ou l’arsenic. Mais dans la forme qui a pour cause le neurotréponème, le spirochète banal n'est plus l'agent de la paralysie; c’est à la biologie qu'il faut demander le pourquoi dans ce cas de l'échec thérapeutique. Quand une infection demeure active et dure depuis longtemps, on admet, en pathologie générale, que cela se produit parce que
manquent les réactions défensives (anticorps); mais c’est
dm been
une opinion toute moderne que le bacille s’habitue aux agents nuisibles. Les recherches que Centanni (1) a introduites en pathologie générale et que l’école de Ehrlich a reproduit, ont fait comprendre que le bacille d’une infection chronique s’habitue aux agents nuisibles, parce qu'il perd ses récepteurs (s/omiti) spécifiques ou anticorps; de telle façon que dans le courant dela maladie le bacille se modifie continuellement jusqu’à former des races différentes. Le bacille, transformé par la lutte continuelle, fabriquerait des poisons différents de ceux du bacille qui est plus proche de son origine. Ces idées du savant italien ne sont-elles pas traduites de façon éclatante par les belles expériences du professeur Charles Richet sur l'adaptation des micro-organismes dans les désinfectants ?
La clinique nous montre que chez les paralytiques géné- raux tout traitement échoue ; et il s'agit alors surtout de la pallio-paralysie, parce que le spirochète n’est plus le même. La théorie de Centanni explique d’une façon plausible le pourquoi de cet échec thérapeutique. Dans ce cas, le trai- ‘tement doit être cherché ailleurs. Pourquoi ne le serait-il pas sur les poisons différents que le neurotréponème peut élaborer ? C’est là un problème que la biochimie seule,
croyons-nous, pourra résoudre.
1. L'étude de l’enfance chez le malade et ensuite sa descendance, quand elle est faite selon la méthode exacte et minutieuse qu'André Collin recommande (/oc. cit.),la rendant si féconde pour le pronostic de la vie entière de l’enfant, permet d'établir les influences spéciales que produit la qualité du spirochète.
Uneautre voie serait celle fournie par la sérothérapie. Ce sera peut-être la plus féconde en résultats, car ce merveilleux instrument de défense cytologique que Charles Richet a découvert peut éveiller dans le champ des activités cellulaires les forces de réactions antispécifiques dont nous sommes encore entièrement dénués.
Ford Robertson, guidé par son point de vue, a essayé, avec Son bacillus paralyticans, des expériences thérapeutiques qui, au moins, semblent témoigner qu’à la sérothérapie, dans la paralysie générale (et nous dirons surtout dans la forme à Spirochète neurotrope) est réservé un avenir.
De toute façon la notion que la syphilis bénigne peut toujours donner la paralysie générale, doit faire surveiller le syphilitique (ponctions lombaires périodiques) et instaurer précocement, sur les résultats de là Wassermann dans le sang et le liquide céphalo-rachidien, un traitement spécifique intensjf, comme, dureste, dans la deuxième forme
de paralysie générale.