‹ Les almanachs de la RévolutionChapitre 15 sur 58 · Dunkerque, 1793, in · texte numérisé non relu

Dunkerque, 1793, in

LES ALMA.NACHS POLITIQUES bj

sérieusement. Point de saints surtout. Ils ne doivent plus paraître qu'à la Monnoye. — D'après cet avis, j'ai entrepris ce petit almanach. » Le calendrier inventé par Saint-Vallié est assez curieux. Dans une première colonne il place les anciens noms des jours de la semaine, dans une seconde le quantième des jours, dans une troisième la liste des saints dévoués à la République, dans une quatrième le nom des anciennes provinces, dans une cinquième les chefs-lieux de départements, dans une sixième les saints habituels, dans une septième les évêchés et les évoques et dans une huitième les heures du lever et du coucher du soleil. Nous allions oublier les numéros et les noms des régiments d'infanterie et d'artillerie, qui se trouvent pêle-mêle avec les nouveaux saints comme Dumouriez. Avouons que pour celui-là Saint-Vallié avait joué de malheur. La citoyenne Anselme est une des saintes dévouées à la République, parce que « cette jeune héroïne commande une légion, le bonnet rouge sur la tête; elle ne quitte pas l'armée et attend avec impatience le moment de donner des preuves de sa valeur». H. Blanc et Xavier Bouchard dédient à tous les amis de la Révolution un almanach républicain '

i. Paris, an III, in-12.

dans lequel ils ont substitué, eux aussi, les noms d'hommes célèbres à ceux des ci-devant martyrs, vierges et confesseurs. C'est encore un défilé baroque de Régulus, de Gutenberg, de Triptolème, de Copernic , de Fabius , de Coligny e tutti quanti. Les auteurs mettent les mois en chansons. Voici un couplet spécimen sur Frimaire :

Chacun, auprès de son tison, Se console avec sa bergère...

L'amour adoucit la saison Et fait oublier le Frimaire.

Les sans-culottides sont fêtées à leur tour. Une chanson patriotique en l'honneur des sans-culottes invoque, comme leur ancêtre, Adam luimême. S'il faut croire, dit-elle, au paradis dont parlent les prêtres, on sait que, dans PÉden charmant,

Adam fut sans-culotte! (bis)

La grande préoccupation de Sylvain Maréchal, de Jaquin, de Dupin, de Blanc, de Bouchard et de Fabre d'Églantine, c'est d'anéantir, par leurs calendriers, le fanatisme religieux. Leurs petits livres secondaient bien les énergumènes qui, sous la Terreur, hurlaient dans les carrefours et à toutes les tribunes: «Guerre au fanatisme! «c'està-dire guerre à la religion ! Il ne fallait pas

laisser libres les prêtres factieux, dont le devoir pourtant était d'enseigner aux hommes une morale revêtue d'une sanction divine, car les jacobins avaient ouvertement manifesté leur dessein de détruire toute morale religieuse. De ces excitations, de ces paroles, de ces livres, de ces almanachs sortirent les plus détestables effets, et les malheureux ministres du culte se virent bientôt traqués, poursuivis, égorgés... C'était ce qu'on appelait alors, dans un langage détourné de son véritable sens : « Renoncer aux préjugés, abjurer le fanatisme et instaurer le règne de la philosophie! » La raison pure devait succéder à la superstition des prêtres; c'est ce que crut comprendre Esope Desloges, sourd et muet, habitant la maison nationale de Bicêtre, qui publia en l'an II un Almanach de la Raison '. Il saluait l'avènement de cette nouvelle religion et son triomphe récent à Notre-Dame. Il écrivait, plein d'enthousiasme, ces vers étranges :

Voûte si longtemps profanée Par le plain-chant du calotin, Tu ne seras plus parfumée Que par l'encens républicain !

C'était cependant un homme bien doux que cet

Page 1