Paris, an H, in
yO PREMIERE PARTIE
Ésope Desloges. Il avait commenté le nouveau calendrier d'une façon quelque peu poétique. Ne disait-il pas, à propos des travaux champêtres de Floréal : « Le cultivateur soulage d'un poids devenu inutile le docile animal dont la toison nous préserve des injures de l'air et nous tient chaud la nuit. » Et à propos de Fructidor : « La Nature bienfaisante récompense par des fruits rafraîchissants les peines de l'homme et lui donne le noyau dont le jus exprimé éclairera ses longues soirées d'hiver. » Il offrait à ses lecteurs un abrégé du catéchisme de politique et de morale pour l'instruction républicaine. En voici un extrait:
D. — Es-tu Français?
R. — Oui, grâce à l'Etre suprême et à l'insurrection du 14 juillet.
D. — Qu'est-ce qu'un Français?
R. — Un Français est tout citoyen qui, étant né ou naturalisé en France, croit et fait profession de la Constitution républicaine française, décrétée par la Convention nationale.
D. — Ceux qui , étant nés ou naturalisés en France, n'adoptent point la Constitution républicaine, sont-ils Français?
R. — Non, ce sont des brutes!...
Il y a de nombreuses fautes d'orthographe et plusieurs erreurs historiques dans cet almanach, mais le citoyen Ésope Desloges nous prie de les
LES ALMANACHS POLITIQUES Jl
excuser, parce qu'il est, dit-il lui-même, « sourd et muet et ne doit son éducation qu'à la Nature!... » Les poursuites et les violences dont souffraient les prêtres étaient naturellement dirigées contre tout suspect de contre-révolution. Les royalistes cherchent alors à défendre et leur foi et leurs convictions politiques. Dans YAlmanach des Honnêtes Gens de 1793 ' ils donnent, pour frapper l'esprit du peuple, les détails les plus émouvants sur les journées de Septembre, avec la liste des personnes massacrées dans les différentes prisons. Ils y ajoutent des gravures où Ton voit des maisons en flammes, des hommes assassinés, des femmes en pleurs, et la Vérité, la Justice et la Pitié qui remontent au ciel, emportant dans leurs bras le sceptre et la croix. Ils supposent un dialogue entre deux morts fameux, Mirabeau et le duc de La Rochefoucauld. Le comte de Mirabeau s'étonne de voir arriver sitôt aux enfers le noble duc. Quant à lui-même, sa mort rapide n'avait rien de surprenant, a Je menais les plaisirs, dit-il, comme les affaires : criant, disputant, écrivant la moitié de la journée, ivre l'autre moitié, libertin à l'excès; un tel genre de vie a avancé mon voyage de quelques années. » Mais le duc n'était-il pas un petit Caton?